Marian Shammah, une femme de ménage de 34 ans basée à Kano, dans le nord du Nigeria, espérait trouver une solution abordable à ses besoins en électroménager. Comme des millions de Nigérians, elle s'est tournée vers le marché d'appareils d'occasion, attirée par des prix bien inférieurs à ceux des produits neufs locaux. Selon Courrier International, elle a ainsi déboursé 50 000 nairas (31 euros) pour un réfrigérateur d'occasion dans l'un des plus grands marchés de l'État de Kano, à Sabon Gari. Un mois plus tard, l'appareil tombait en panne : seul le compartiment supérieur fonctionnait, laissant le congélateur hors service. « Il n'y avait plus que le compartiment du haut qui marchait, le congélateur était HS », a-t-elle confié à Al-Jazeera English, dont les propos sont repris par Courrier International.

Selon Courrier International, Marian Shammah aurait pu investir 50 000 nairas supplémentaires dans un réfrigérateur neuf fabriqué localement. Pourtant, comme beaucoup de ses compatriotes, elle reste convaincue que les appareils d'occasion en provenance d'Europe et d'Amérique « durent plus longtemps » que ceux vendus au Nigeria. Ce choix, répété à grande échelle, révèle un phénomène de fond : le Nigeria est devenu l'un des principaux débouchés pour la mise au rebut de l'électronique des pays développés. Une tendance qui soulève des questions majeures sur la qualité des produits importés, leur impact environnemental et les risques sanitaires encourus par les consommateurs.

Ce qu'il faut retenir

  • 50 000 nairas (31 euros) : le prix payé par Marian Shammah pour un réfrigérateur d'occasion, bien inférieur à celui d'un appareil neuf local.
  • Le Nigeria est désormais l'un des principaux pays destinataires des déchets électroniques en provenance d'Europe et d'Amérique.
  • Les appareils importés, souvent en fin de vie, contiennent des matières dangereuses pour la santé et l'environnement.
  • Marian Shammah, comme des millions de Nigérians, croit à tort que les appareils d'occasion sont plus durables que les produits neufs locaux.
  • En 2006, Al-Jazeera English a lancé sa déclinaison anglophone, destinée à un public non arabophone, et dont les enquêtes alimentent régulièrement des médias internationaux comme Courrier International.

Un marché florissant mais risqué

À Sabon Gari, le marché de Kano est l'un des plus grands centres de vente d'électroménager d'occasion au Nigeria. Les rayons regorgent de réfrigérateurs, téléviseurs, machines à laver et autres appareils en provenance directe d'Europe ou d'Amérique. Selon les données compilées par Courrier International, ces produits, souvent en fin de vie, inondent le marché nigérian en raison de leur faible coût. Pour des consommateurs comme Marian Shammah, dont les revenus sont limités, cette offre représente une aubaine. Pourtant, derrière cette apparente solution se cachent des risques majeurs.

Les appareils importés sont fréquemment dépourvus de garantie et leur durée de vie est souvent bien inférieure à celle annoncée. « La nourriture perdue, ses économies disparues », confie Marian Shammah, qui a dû racheter un autre réfrigérateur après la panne de son premier appareil. Le cycle se répète pour des milliers de ménages nigérians, piégés par une offre qui semble économique mais qui, à terme, coûte bien plus cher.

L'illusion de la durabilité

L'un des arguments avancés par les consommateurs pour justifier leur préférence pour l'électronique d'occasion est la croyance en une meilleure durabilité. « Comme des millions de Nigérians, elle est encline à penser que les appareils d'occasion en provenance d'Europe et d'Amérique “durent plus longtemps” que les appareils neufs vendus au Nigeria », explique Courrier International. Cette conviction repose sur une méconnaissance des normes de qualité locales et des pratiques d'exportation des pays développés. En réalité, les appareils exportés sont souvent des modèles obsolètes, voire en fin de vie, que les pays riches cherchent à écouler sur des marchés moins exigeants.

En 2006, lorsque Al-Jazeera English a lancé sa chaîne anglophone, l'objectif était de toucher un public international avec des contenus accessibles. Depuis, la chaîne a couvert de nombreux sujets, dont celui de la gestion des déchets électroniques. Comme le rapporte Courrier International, ses enquêtes révèlent une réalité préoccupante : le Nigeria, faute de réglementations strictes, devient une décharge à ciel ouvert pour des millions d'appareils électroniques en fin de vie.

Un fardeau environnemental et sanitaire

Le problème ne se limite pas à la qualité des produits importés. Les appareils électroniques, surtout lorsqu'ils sont en fin de vie, contiennent des substances toxiques : plomb, mercure, cadmium ou encore plastiques bromés. Selon les experts cités par Courrier International, ces matières dangereuses posent un risque majeur pour la santé des consommateurs et pour l'environnement. Une fois jetés, ces appareils libèrent des particules polluantes dans l'air et les sols, affectant les populations locales et les écosystèmes.

Le Nigeria, comme de nombreux pays africains, est particulièrement vulnérable à ce phénomène. Malgré des initiatives locales pour recycler les déchets électroniques, les infrastructures restent insuffisantes. Les décharges improvisées, où s'entassent des montagnes d'appareils, deviennent des sources de pollution durable. « La plupart du temps toxiques en raison des matières dangereuses », souligne Courrier International, qui cite Al-Jazeera English. Ce constat s'ajoute à une économie déjà fragilisée par la dépendance à des produits importés de qualité douteuse.

Et maintenant ?

Face à l'ampleur du phénomène, les autorités nigérianes pourraient être amenées à renforcer les contrôles sur les importations d'électroménager d'occasion. Une réglementation plus stricte, couplée à des campagnes de sensibilisation, pourrait inciter les consommateurs à privilégier les produits locaux ou à exiger des garanties sur les appareils importés. Une première échéance pourrait intervenir d'ici la fin de l'année 2026, si le gouvernement nigérian décide de légiférer sur le sujet. Reste à voir si cette mesure suffira à inverser la tendance, alors que des millions de Nigérians continuent de dépendre de ces importations pour répondre à leurs besoins quotidiens.

Cette situation illustre un paradoxe mondial : alors que les pays développés exportent leurs déchets électroniques vers des nations en développement, ces dernières paient le prix fort en termes de santé publique et d'environnement. Le cas du Nigeria montre que le problème dépasse le cadre commercial pour toucher à des enjeux écologiques et sociaux majeurs. Une prise de conscience internationale, couplée à des politiques responsables, sera nécessaire pour éviter que d'autres pays ne subissent le même sort.

Ces appareils sont exportés vers le Nigeria car ils sont souvent en fin de vie ou obsolètes dans les pays développés. Leur faible coût en fait une solution attractive pour les consommateurs nigérians aux revenus limités, malgré les risques de qualité et de durabilité.

Les appareils électroniques en fin de vie contiennent souvent des substances toxiques comme le plomb, le mercure ou des plastiques bromés. Une fois jetés, ces composants libèrent des particules polluantes dans l'air et les sols, exposant les populations locales à des risques accrus de maladies respiratoires et de contamination.