Depuis lundi 20 avril, le Salvador juge en masse 486 personnes accusées d’être membres du gang Mara Salvatrucha (MS-13). Parmi elles, 22 sont présentées comme des chefs historiques du groupe criminel, selon RFI. Ce procès collectif, sans précédent dans l’histoire du pays, s’inscrit dans la stratégie répressive du gouvernement du président Nayib Bukele, qui a assisté à une partie des audiences. Le chef de l’État a d’ailleurs comparé cette procédure au procès de Nuremberg, où 21 hauts dignitaires nazis avaient été jugés après la Seconde Guerre mondiale.
Ce qu'il faut retenir
- Un procès collectif sans précédent au Salvador avec 486 accusés, dont 22 chefs présumés de la MS-13.
- Le président Nayib Bukele a assisté à une partie des audiences et a comparé ce procès à celui de Nuremberg.
- Des organisations de défense des droits humains dénoncent une procédure jugée injuste.
- Le procès s’inscrit dans le cadre d’une politique de répression renforcée contre les gangs au Salvador.
Un procès de masse aux allures historiques
Ce procès collectif, lancé le 20 avril 2026, rassemble près de 500 accusés, tous jugés simultanément dans ce qui constitue l’une des plus vastes procédures judiciaires du pays. Les autorités salvadoriennes ont présenté cette initiative comme une réponse radicale à la menace que représente la Mara Salvatrucha, l’un des gangs les plus redoutés d’Amérique centrale. Pour le gouvernement, cette démarche vise à démontrer une volonté sans faille de mettre fin à l’influence des groupes criminels, qui pèsent lourdement sur la sécurité du pays depuis des décennies.
Nayib Bukele, dont la politique de mano dura contre les gangs a déjà marqué son mandat, a marqué sa présence lors d’une partie des débats. Il a explicitement fait le parallèle avec le procès de Nuremberg, soulignant l’importance symbolique de juger les dirigeants d’un réseau criminel comme on l’a fait pour les responsables nazis. Une comparaison qui, pour certains observateurs, relève davantage de la communication politique que d’une analyse juridique approfondie.
Des ONG dénoncent une justice expéditive
Alors que les autorités célèbrent une avancée majeure dans la lutte contre la criminalité, plusieurs organisations de défense des droits humains contestent la légitimité de ce procès. Selon elles, les conditions dans lesquelles se déroule cette procédure ne garantissent pas un jugement équitable. Les accusés, détenus dans des conditions souvent décrites comme précaires, n’auraient pas bénéficié d’un accès suffisant à une défense juridique indépendante, d’autant que le volume d’accusés rend la tâche particulièrement complexe.
Les critiques portent également sur le choix de juger 486 personnes en même temps, une méthode qui, selon les ONG, pourrait conduire à des erreurs judiciaires. « Ce procès collectif risque de transformer la justice en une machine à condamner, sans tenir compte des nuances propres à chaque dossier », a réagi une porte-parole d’Amnesty International, comme le rapporte RFI. Les associations s’inquiètent aussi des risques de violations des droits fondamentaux, dans un contexte où l’état d’urgence, régulièrement prolongé, limite les libertés individuelles.
Ce procès, quel que soit son dénouement, pose déjà la question de l’équilibre entre sécurité et justice. Dans un pays où la violence des gangs a longtemps gangrené la société, la réponse apportée par les autorités pourrait redéfinir les contours de l’État de droit pour les années à venir.