Depuis plusieurs semaines, la ville d’El Paso, au Texas, fait face à une recrudescence des opérations de l’agence fédérale Immigration and Customs Enforcement (ICE). Selon Le Monde, ces interventions, désormais plus fréquentes et ciblées, poussent une partie de la population hispanique — qui représente près de 80 % des quelque 700 000 habitants de la ville — à se cloîtrer chez elle par crainte des arrestations. Cette situation s’aggrave depuis l’ouverture récente d’un centre de détention de 5 000 places dans une zone militaire située à proximité, un projet qui cristallise les tensions autour des politiques migratoires américaines.

Ce qu'il faut retenir

  • El Paso, ville texane frontalière avec le Mexique, compte 80 % de Hispaniques parmi ses habitants.
  • L’agence ICE a renforcé ses actions de contrôle et d’arrestation dans la région depuis début 2026.
  • Un centre de détention de 5 000 places a été ouvert dans une zone militaire près d’El Paso.
  • Les habitants évitent désormais de sortir par crainte d’être interpellés, certains ne se rendant plus à leur travail.
  • Cette situation reflète l’accentuation des politiques migratoires restrictives sous l’administration actuelle.

Selon des témoignages recueillis par Le Monde, la population d’El Paso vit dans un climat de méfiance et d’anxiété. « Les gens se terrent chez eux, certains ne vont même plus au travail », confie une habitante sous couvert d’anonymat. Elle précise que les rues, autrefois animées, sont désormais désertes en journée, les commerces locaux peinant à attirer des clients. Les craintes se concentrent particulièrement sur les opérations de l’ICE, dont les agents multiplient les contrôles dans les quartiers à forte densité hispanique, comme le sud de la ville, en bordure de la frontière mexicaine.

L’ouverture du nouveau centre de détention, situé sur un ancien site militaire à une dizaine de kilomètres du centre-ville, a encore aggravé la situation. Inauguré en mars 2026, ce site, capable d’accueillir jusqu’à 5 000 personnes, est présenté par les autorités comme une mesure nécessaire pour « sécuriser la frontière et lutter contre l’immigration illégale ». Pourtant, pour les associations locales, il symbolise au contraire une militarisation croissante de la région et une répression accrue envers les communautés migrantes. « On a l’impression d’être dans un état policier », témoigne un membre d’une association de défense des droits des migrants, qui préfère rester anonyme par crainte de représailles.

Les statistiques officielles confirment cette tendance. D’après les données de l’ICE, le nombre d’arrestations à El Paso a augmenté de 40 % depuis le début de l’année, passant de 1 200 en janvier à plus de 1 700 en avril. Les profils ciblés sont majoritairement des hommes en situation irrégulière, souvent employés dans le secteur agricole ou la construction. Les femmes et les enfants, bien que moins exposés, subissent également les conséquences indirectes de cette politique, notamment en termes de scolarité et d’accès aux soins, de nombreux parents préférant garder leurs enfants à la maison.

Et maintenant ?

Plusieurs recours juridiques ont été engagés contre l’ouverture du centre de détention, notamment par des associations de défense des droits humains qui dénoncent des conditions de détention « contraires aux standards internationaux ». Une audience devant un tribunal fédéral texan est prévue pour le 20 juin 2026, où sera examinée la légalité de ce centre. Dans l’intervalle, les autorités locales ont appelé à la « prudence », tout en réaffirmant leur volonté de « faire respecter les lois migratoires ».

Pour les habitants d’El Paso, la question reste entière : combien de temps encore la population acceptera-t-elle cette situation ? Les tensions sociales pourraient s’aggraver si les opérations de l’ICE se poursuivent à ce rythme. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si la ville parviendra à retrouver un semblant de normalité ou si, au contraire, la peur continuera de s’installer durablement.

Les associations de défense des droits humains dénoncent notamment des conditions de détention jugées indignes, un manque de transparence sur les procédures judiciaires et une criminalisation systématique des migrants en situation irrégulière. Elles soulignent également que ce centre, situé dans une zone militaire, pourrait être utilisé pour des détentions prolongées sans accès rapide à une assistance juridique.