La Corse pourrait voir son statut juridique évoluer avec le projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie, actuellement en débat à l’Assemblée nationale depuis le 16 juin. Mais ce texte suscite déjà des inquiétudes du côté des défenseurs de l’environnement, qui y voient une menace pour les réglementations existantes.
Selon Reporterre, des écologistes et membres de collectifs locaux redoutent que cette réforme n’ouvre la porte à un « détricotage » des législations environnementales. Jérôme Mondoloni, porte-parole du collectif antimafia Massimu Susini, met en garde contre les risques d’affaiblissement des protections en matière d’urbanisme, de biodiversité ou de gestion des ressources naturelles.
Ce qu'il faut retenir
- Le projet de loi sur l’autonomie de la Corse est examiné à l’Assemblée nationale depuis le mardi 16 juin 2026.
- Il vise à attribuer à la collectivité territoriale des compétences législatives et réglementaires propres.
- Des écologistes, comme Jérôme Mondoloni, craignent un recul des normes environnementales.
- Le texte est présenté comme une avancée politique pour l’île, mais suscite des débats sur ses conséquences.
Un texte historique, mais des inquiétudes partagées
Porté depuis des années par les élus corses, ce projet de loi constitutionnelle marque une étape majeure dans les revendications autonomistes de l’île. Les élus locaux espèrent ainsi renforcer la gouvernance territoriale et adapter certaines règles aux spécificités insulaires.
Pourtant, côté environnement, les craintes sont réelles. Jérôme Mondoloni, membre du collectif Massimu Susini, explique que « ça pourrait être le début de la fin » pour des textes protecteurs, évoquant notamment la loi Littoral ou les directives européennes sur les espaces naturels. « On craint que cette autonomie ne serve de levier pour contourner des obligations écologiques », a-t-il précisé à Reporterre.
Un débat qui dépasse le cadre juridique
Le projet, soutenu par une partie de la classe politique corse, divise déjà au-delà des cercles écologistes. Certains y voient une opportunité pour concilier développement économique et préservation des milieux, tandis que d’autres dénoncent une réforme potentiellement dangereuse pour les équilibres naturels.
Les opposants pointent du doigt les risques de dérèglement des procédures d’évaluation environnementale, essentielles pour encadrer les projets d’aménagement. Un enjeu d’autant plus sensible que la Corse abrite des écosystèmes uniques en France, comme les réserves naturelles de Scandola ou les forêts de pins laricios.
Des scénarios déjà envisagés par les spécialistes
Selon plusieurs juristes interrogés par Reporterre, l’autonomie pourrait permettre à la collectivité corse de moduler l’application des lois nationales, à condition que ces adaptations ne contredisent pas les principes constitutionnels ou les engagements internationaux de la France. « Tout dépendra de l’interprétation qui sera faite des pouvoirs transférés », souligne un constitutionnaliste sous couvert d’anonymat.
Certains craignent également que ce texte ne serve de précédent pour d’autres régions, ouvrant la voie à des revendications similaires dans d’autres territoires ultramarins ou métropolitains.
En attendant, les associations environnementales préparent déjà leurs stratégies pour peser dans les discussions. Une mobilisation citoyenne est également attendue sur place, avec des rassemblements prévus dans les principales villes de l’île au cours du mois de juillet.
Les écologistes citent notamment la loi Littoral, qui encadre l’urbanisation en bord de mer, ainsi que les directives européennes sur les habitats naturels et les espèces protégées. Ils redoutent que l’autonomie ne permette à la Corse de déroger à ces règles sous prétexte d’adaptation locale.