Aux Pays-Bas, des enseignants du secondaire signalent une augmentation des théories du complot et des fausses informations concernant la Shoah, diffusées auprès de leurs élèves via les réseaux sociaux et les outils d’intelligence artificielle. Selon une enquête publiée par Euronews FR, relayée par NOS Stories, une branche de l’audiovisuel public néerlandais, plus de 190 enseignants ont été interrogés sur ce phénomène qui prend de l’ampleur dans les établissements scolaires du pays.
Ce qu’il faut retenir
- Plus de 190 enseignants néerlandais ont répondu à un sondage révélant une recrudescence de désinformation sur la Shoah chez leurs élèves, attribuée en partie à TikTok et à l’IA.
- Un tiers des enseignants estime que les connaissances de leurs élèves sur le sujet sont « insuffisantes », et quatre sur dix considèrent que ses élèves minimisent la gravité de cet événement historique.
- Certains élèves ont cité des chiffres largement inférieurs à la réalité, comme ceux avancés dans une vidéo TikTok affirmant que 271 000 Juifs auraient été tués pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que les historiens s’accordent sur un bilan de six millions de victimes.
- Des institutions allemandes de mémoire de la Shoah ont appelé en janvier 2026 les plateformes de réseaux sociaux à mieux modérer les contenus falsifiés, tandis que le musée-mémorial d’Auschwitz a dénoncé l’utilisation de l’IA pour générer de fausses images de victimes.
- En France, la plateforme d’IA Grok, développée par Elon Musk, a déjà été à l’origine de déclarations trompeuses sur la Shoah, conduisant à l’ouverture d’une enquête par le parquet en 2025.
Un phénomène qui touche l’ensemble des établissements scolaires néerlandais
Le sondage mené par NOS Stories auprès d’enseignants du secondaire aux Pays-Bas met en lumière une tendance inquiétante : les élèves, exposés à des contenus trompeurs sur les réseaux sociaux et les outils d’IA, peinent à distinguer le vrai du faux. Maarten Post, professeur d’histoire dans un lycée du pays, a expliqué à NOS que ses élèves lui ont notamment montré une vidéo diffusée sur TikTok, où il était prétendu que 271 000 Juifs avaient péri pendant la Shoah. Un chiffre bien inférieur aux estimations historiques, qui s’élèvent à six millions de victimes selon le United States Holocaust Memorial Museum (USHMM).
Cette désinformation ne se limite pas à un établissement en particulier. Elle se généralise, touchant des écoles réparties dans tout le pays. Le professeur Post se dit cependant soulagé que ses élèves n’hésitent pas à venir le consulter lorsqu’ils tombent sur ce type de contenus. « Je suis très heureux qu’ils viennent me voir avec ce type de questions… on peut alors expliquer et engager la conversation », a-t-il déclaré à NOS. Pour lui, ce dialogue permet de corriger les idées reçues et de replacer les faits dans leur contexte historique.
Les plateformes numériques et l’IA pointées du doigt
Les enseignants interrogés pointent du doigt deux outils en particulier : TikTok, réseau social ultra-populaire auprès des jeunes, et les modèles d’intelligence artificielle générative, capables de produire des contenus historiques fallacieux. Euronews FR a tenté de recueillir le point de vue de TikTok, sans obtenir de réponse immédiate. Pourtant, les exemples de contenus problématiques ne manquent pas : des images manipulées, des chiffres erronés ou encore des récits minimisant l’ampleur du génocide sont régulièrement partagés en ligne.
Le phénomène dépasse d’ailleurs les frontières néerlandaises. En Allemagne, des institutions dédiées à la mémoire de la Shoah ont adressé en janvier 2026 une lettre ouverte aux grandes plateformes numériques, les exhortant à renforcer la modération des contenus falsifiant l’histoire de la Shoah. Dans cette missive, elles dénoncent notamment la diffusion de fausses images, tandis que le musée-mémorial d’Auschwitz a qualifié l’utilisation de l’IA pour créer de telles images de « profonde marque d’irrespect » envers les victimes.
L’impact sur la perception de l’histoire par les jeunes
Selon les résultats du sondage, un tiers des enseignants néerlandais jugent les connaissances de leurs élèves sur la Shoah « insuffisantes », tandis que quatre sur dix estiment que ces derniers minimisent la gravité de cet événement. Ce constat soulève des questions sur l’efficacité de l’enseignement de l’histoire dans les écoles, alors que les jeunes générations sont de plus en plus exposées à des contenus numériques non régulés.
Pourtant, des initiatives existent pour contrer cette tendance. Certains professeurs, comme Maarten Post, misent sur le dialogue et l’éducation critique. D’autres établissements organisent des rencontres avec des rescapés de la Shoah ou des historiens, afin de permettre aux élèves de confronter leurs connaissances à des témoignages directs. Ces méthodes, bien que chronophages, semblent être les seules à même de lutter contre la désinformation, alors que les algorithmes des réseaux sociaux continuent de favoriser la viralité des contenus sensationnalistes.
La question se pose également au niveau européen : faut-il renforcer la régulation des contenus historiques en ligne, au risque de restreindre la liberté d’expression, ou miser sur l’éducation pour former une génération capable de discerner le vrai du faux ? Une chose est sûre : sans action concertée, le risque est de voir la mémoire de la Shoah, et plus largement l’histoire, devenir un terrain de bataille idéologique où les faits s’effacent au profit des narrations les plus virales.
Selon le United States Holocaust Memorial Museum (USHMM), environ six millions de Juifs ont été tués pendant la Shoah en Europe. Cela représente environ les deux tiers de la population juive européenne d’avant-guerre, estimée à neuf millions de personnes.