Selon Euronews FR, la baleine à bosse Timmy, surnommée « Hope » par certains défenseurs de l’animal, aurait très probablement péri après avoir été relâchée en mer du Nord par une initiative privée de sauvetage. L’équipe de biologistes marins du Musée allemand de la mer à Stralsund considère que l’état de faiblesse extrême de l’animal, couplé à ses échouages répétés, rend improbable sa survie en eaux profondes. « Comme la baleine se trouvait dans un état extrêmement affaibli et qu’elle s’est échouée à plusieurs reprises en peu de temps après de précédentes tentatives de sauvetage, il est très probable qu’elle n’avait pas assez de force pour nager longtemps en eau profonde et qu’elle n’est plus en vie », ont précisé les experts dans un communiqué.

Ce qu'il faut retenir

  • La baleine à bosse Timmy, d’environ 12 tonnes, a été relâchée à 70 km au nord de Skagen (Danemark) après un transfert controversé en mer du Nord.
  • Les scientifiques du Musée allemand de la mer à Stralsund estiment qu’elle est « très probablement morte », en raison de son état de faiblesse et de ses multiples échouages.
  • Une balise de localisation avait été installée, mais des experts remettent en cause son utilité, affirmant qu’elle ne fournit pas de données de position fiables.
  • L’opération, financée à hauteur d’au moins 1,5 million d’euros par une initiative privée, a suscité de vives critiques, notamment de la part de Greenpeace et de vétérinaires.
  • 45 % des zones marines protégées en mer du Nord et en mer Baltique allemandes sont en « délabrement inquiétant », selon le WWF.

Un sauvetage acclamé avant de virer au scandale

L’initiative privée, portée par l’entrepreneuse Karin Walter-Mommert et le fondateur de MediaMarkt Walter Gunz, avait d’abord été saluée pour avoir « sauvé » Timmy après son échouage dans la baie de Wismar, en mer Baltique. L’animal, retrouvé avec des morceaux de filet de pêche dans la bouche, avait été transporté jusqu’en mer du Nord, où il devait être libéré dans une zone plus adaptée à sa survie. Pourtant, les conditions de son relâchement restent floues. Selon des rapports relayés par le journal Taz et des témoignages sur les réseaux sociaux, l’équipage aurait été « heureux d’être débarrassé de cette sale bête ».

La vétérinaire de l’initiative, le Dr Kirsten Tönnies, n’a pas assisté à la libération de l’animal et a critiqué un abandon « trop tôt » et « en secret ». Elle a souligné que le point de relâchement prévu initialement se situait plus à l’ouest, dans une zone moins fréquentée. « Il était prévu de relâcher la baleine plus à l’ouest, dans la mer du Nord libre », a-t-elle déclaré. Or, Timmy a été libéré sur une route maritime très fréquentée, à proximité immédiate du port danois de Skagen.

Une balise de localisation sous le feu des critiques

Les organisateurs du sauvetage avaient équipé Timmy d’une balise censée transmettre des données vitales. Pourtant, cette technologie fait débat. Le biologiste marin danois Peter Madsen, de l’université d’Aarhus, a balayé cette affirmation dans une interview accordée à BILD : « De véritables paramètres vitaux nécessiteraient des capteurs spéciaux. Il n’existe pas d’émetteur GPS disponible dans le commerce qui puisse fournir des données vitales de la baleine. Celui qui prétend cela ne dit pas la vérité. »

Depuis le week-end dernier, aucune trace de l’animal n’a été enregistrée par les systèmes de suivi des baleines. Le site du Hebridean Whale & Dolphin Trust, qui recense les déplacements de cétacés, indique que plusieurs baleines à bosse ont été observées au large de l’Islande, mais que Timmy n’a pas pu parcourir une telle distance en si peu de temps. Quant à la balise, elle ne serait, selon les experts, qu’un simple émetteur de position déguisé en outil de surveillance médicale.

Des filets de pêche dans la bouche : un signe ignoré ?

Lorsque Timmy s’est échoué pour la première fois dans la baie de Wismar, des morceaux de filet de pêche ont été retrouvés dans sa bouche. Pourtant, l’équipe de sauvetage a affirmé que la baleine avait « recraché » le plastique. Une version contestée par les biologistes marins, qui rappellent que l’ingestion de déchets plastiques est une cause majeure de mortalité chez les cétacés. « Ce type d’accident illustre les dangers que représentent les déchets marins pour la faune », a souligné un porte-parole du WWF Allemagne.

Cette affaire a aussi révélé les tensions entre les défenseurs de l’animal et les autorités. Greenpeace et d’autres organisations de protection des mers s’étaient opposées au transfert de Timmy, jugeant l’opération trop risquée. Pourtant, le ministre de l’Environnement du Mecklembourg-Poméranie occidentale, Till Backhaus, n’a pas tenu compte de ces avertissements. « La science n’a pas été écoutée », a déploré un biologiste du Musée de Stralsund, qui espérait étudier les causes des échouages répétés de baleines à bosse dans la région.

Un coût exorbitant et des questions sur l’éthique du sauvetage

L’opération de sauvetage de Timmy a coûté « au moins 1,5 million d’euros » à ses mécènes, selon Karin Walter-Mommert. Ce montant ne comprend ni les frais des bateaux ni ceux de l’équipage mobilisé pour le transfert. Un investissement jugé disproportionné par certains observateurs, alors que les fonds pourraient être alloués à des mesures de protection plus globales des écosystèmes marins.

« Cette affaire pose une question fondamentale : faut-il sauver un animal individuel au risque de détourner des ressources nécessaires à la préservation des habitats marins ? », s’interroge Heike Vesper, directrice de la Transformation Politique & Économie au WWF Allemagne. « 45 % des zones marines protégées en mer du Nord et en mer Baltique allemandes sont en état de délabrement inquiétant. Ce ne sont pas les instruments et les mesures de protection qui manquent, mais l’ambition et l’application des objectifs. La politique doit retrousser ses manches. »

Et maintenant ?

La polémique autour de Timmy pourrait relancer le débat sur les protocoles de sauvetage des cétacés échoués en Europe. Les associations demandent désormais une enquête indépendante sur les circonstances de la libération de l’animal et sur l’efficacité des balises utilisées. Par ailleurs, le WWF et Greenpeace appellent à un renforcement des mesures de protection des mers du Nord et Baltique, notamment contre la pêche intensive et la pollution plastique. Une pétition européenne, lancée après l’affaire Timmy, exige aussi la transparence sur l’utilisation des fonds alloués aux sauvetages de cétacés.

Reste à savoir si cette mobilisation citoyenne conduira à des changements concrets. Les prochaines semaines pourraient être déterminantes, alors que la Commission européenne doit publier un rapport sur l’état des mers régionales d’ici la fin de l’année 2026.

Le réchauffement des océans et la pêche intensive, menaces majeures pour les cétacés

Au-delà du cas de Timmy, les experts alertent sur l’état des écosystèmes marins en Europe. Greenpeace rappelle que le réchauffement climatique perturbe les habitats des mammifères marins, forçant certaines espèces à migrer vers des zones moins accueillantes. « Le réchauffement massif de l’eau a de graves conséquences. Il déclenche des déplacements entiers d’espèces : les poissons et les mammifères marins migrent vers les pôles. De nombreux coraux ne supportent pas la chaleur et meurent », explique l’organisation. Par ailleurs, l’exploitation des réserves d’énergie fossile en mer menace directement la faune et la flore.

Dans ce contexte, l’affaire Timmy pourrait-elle servir de déclic pour une prise de conscience collective ? Les défenseurs de l’environnement espèrent que l’émotion suscitée par le sort de la baleine incitera le public à s’engager davantage pour la protection des océans. « L’intérêt du public pour le sort de la baleine Timmy conduira-t-il désormais les gens à s’engager pour la protection des océans et des animaux qui y vivent ? Cela reste à voir », concluent les observateurs.

Les biologistes marins du Musée allemand de la mer à Stralsund estiment que l’état de faiblesse extrême de Timmy, couplé à ses multiples échouages, rend improbable sa survie en eaux profondes. « Il est très probable qu’elle n’avait pas assez de force pour nager longtemps en eau profonde et qu’elle n’est plus en vie », ont-ils indiqué.

Plusieurs points ont été soulevés : le relâchement de Timmy dans une zone maritime très fréquentée, l’absence de transparence sur les conditions de libération, le coût élevé de l’opération (1,5 million d’euros minimum), et l’utilisation d’une balise de localisation jugée inefficace par les experts. De plus, des témoignages suggèrent que l’équipage était impatient de se débarrasser de l’animal.