À moins d’un an de la fin du quinquennat, l’exécutif se prépare à vivre une nouvelle permutation d’envergure. Baptiste Rossi, conseiller « plume » du président Emmanuel Macron depuis 2022, a annoncé son départ de l’Élysée pour rejoindre France Télévisions en qualité de directeur de cabinet de la présidente Delphine Ernotte. Selon Le Figaro – Politique, cette transition interviendra début juillet, dans un contexte de forte turbulence pour le groupe audiovisuel public, déjà sous le feu des projecteurs après la commission d’enquête Alloncle.

Ce mouvement s’inscrit dans une série de départs anticipés des conseillers macronistes, qui anticipent la fin de mandat pour sécuriser leur avenir professionnel. Rossi, âgé de 32 ans, incarne une génération de hauts fonctionnaires polyvalents, à la croisée des mondes culturel et politique. Auteur de deux romans publiés à un âge précoce, diplômé de l’ENA et ayant gravi les échelons de l’administration avant de devenir l’une des plus jeunes plumes présidentielles, il quitte l’Élysée avec un mélange de nostalgie et de lucidité. « Je pars avec une grande tristesse, c’est une vraie page qui se tourne. J’ai appris beaucoup de choses à l’Élysée », a-t-il confié, soulignant l’impact d’un discours présidentiel « qui change la vie du pays ».

Ce qu’il faut retenir

  • Baptiste Rossi, conseiller « plume » d’Emmanuel Macron depuis 2022, quitte l’Élysée pour rejoindre France Télévisions en juillet 2026.
  • Il prendra le poste de directeur de cabinet de Delphine Ernotte, présidente du groupe audiovisuel public.
  • Âgé de 32 ans, Rossi est un haut fonctionnaire polyvalent, auteur de deux romans et diplômé de l’ENA.
  • Son départ s’inscrit dans une vague de reconversions anticipées avant la fin du mandat présidentiel.
  • France Télévisions traverse une période de forte tension, marquée par la commission d’enquête Alloncle.

Un parcours façonné entre culture et institutions

Baptiste Rossi n’est pas un inconnu dans le paysage médiatique et littéraire français. Avant de rejoindre les rangs de l’Élysée, il a publié deux romans, révélant une sensibilité littéraire peu commune parmi les conseillers en communication politique. Son parcours, à la fois administratif et créatif, reflète une volonté de concilier rigueur institutionnelle et expression artistique. Nommé conseiller discours en 2022, il a rapidement gagné la confiance d’Emmanuel Macron, devenant l’un des artisans des allocutions présidentielles les plus commentées de la fin de mandat.

Cette double casquette – à la fois haut fonctionnaire et écrivain – a nourri sa réputation d’intellectuel engagé, capable de manier avec dextérité les codes de la langue française. Pourtant, malgré les opportunités offertes par l’Élysée, Rossi a choisi de poursuivre sa carrière dans un secteur en pleine mutation. France Télévisions, en butte à des critiques récurrentes sur son indépendance éditoriale et son financement, attend de lui qu’il apporte une expertise à la fois politique et rédactionnelle.

Un contexte politique et médiatique sous tension

Le départ de Rossi intervient à un moment charnière pour l’audiovisuel public. La commission d’enquête parlementaire Alloncle, qui a passé au crible la gestion de France Télévisions et de Radio France, a révélé des dysfonctionnements structurels et des tensions managériales persistantes. Dans ce cadre, la nomination de Rossi pourrait être perçue comme un signal fort, destiné à rassurer sur la capacité du groupe à se réinventer tout en maintenant un lien avec le pouvoir exécutif.

Delphine Ernotte, présidente du groupe depuis 2015, mise sur des profils hybrides pour redorer le blason de l’audiovisuel public. Rossi, qui a côtoyé les plus hautes sphères du pouvoir, apportera une connaissance fine des arcanes gouvernementales. Cependant, son arrivée ne manquera pas de susciter des interrogations sur l’équilibre entre neutralité éditoriale et proximité avec l’exécutif, un débat récurrent dans les médias publics.

L’héritage d’un quinquennat en fin de course

Avec moins d’un an avant l’élection présidentielle de 2027, les conseillers d’Emmanuel Macron sont nombreux à préparer leur transition. Certains, comme Rossi, opteront pour des postes dans le privé ou le secteur parapublic, tandis que d’autres pourraient rejoindre des cercles plus proches du futur candidat. Ce mouvement de « reconversion anticipée » reflète une stratégie classique en fin de mandat, mais elle prend cette fois une dimension particulière, dans un contexte politique particulièrement incertain.

Rossi, lui, assume pleinement son choix, malgré les risques inhérents à une prise de fonction en pleine tourmente. « Un discours du président, ça change la vie du pays », a-t-il rappelé, suggérant que son passage à l’Élysée a été marqué par une conscience aiguë du poids des mots dans l’action publique. Son départ marque ainsi la fin d’une ère pour les plumes présidentielles, tout en ouvrant un nouveau chapitre pour France Télévisions.

« Je pars avec une grande tristesse, c’est une vraie page qui se tourne. J’ai appris beaucoup de choses à l’Élysée. »
Baptiste Rossi, lors de son départ de l’Élysée

Et maintenant ?

La nomination de Rossi devra être validée par le conseil d’administration de France Télévisions, une formalité généralement acquise pour les profils de cette envergure. Début juillet, il prendra officiellement ses fonctions, alors que le groupe devra présenter un plan de redressement d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, son arrivée pourrait relancer le débat sur l’influence du pouvoir politique dans les médias publics, un sujet qui promet de s’intensifier à l’approche de la présidentielle. Reste à savoir si cette transition permettra à France Télévisions de retrouver une crédibilité auprès des téléspectateurs et des pouvoirs publics.

Ce départ illustre, une fois de plus, la porosité entre sphères politique et médiatique, surtout en période de transition. Alors que l’Élysée se prépare à une mue institutionnelle majeure, les médias publics devront eux aussi se réinventer pour faire face aux défis de demain.

En tant que directeur de cabinet de Delphine Ernotte, Rossi sera chargé de superviser la stratégie de communication du groupe, d’assurer le lien avec les instances politiques et de participer à la définition des orientations éditoriales. Son rôle consistera également à soutenir la présidente dans la mise en œuvre du plan de redressement du groupe, notamment après les conclusions de la commission Alloncle.

Cette vague de départs s’explique par une stratégie de reconversion anticipée, permettant aux conseillers de sécuriser leur avenir professionnel avant la fin du quinquennat. Beaucoup anticipent une période de transition politique et préfèrent anticiper leur repositionnement plutôt que de risquer une période de chômage après le départ d’Emmanuel Macron.