Le Premier ministre tchèque Andrej Babiš maintient la pression sur la Banque nationale tchèque (ČNB) pour qu’elle abaisse ses taux d’intérêt, malgré les mises en garde contre une possible résurgence de l’inflation. Selon BFM Business, le chef du gouvernement, qui s’inspire des méthodes économiques de Donald Trump, défend une politique monétaire plus accommodante, arguant que les ménages et les entreprises devraient bénéficier d’un accès facilité au crédit.
Ce qu'il faut retenir
- La Banque nationale tchèque a maintenu son taux principal à 3,5 % lors de sa dernière réunion, malgré les appels répétés d’Andrej Babiš à une baisse.
- Le Premier ministre, 7e fortune du pays avec un patrimoine estimé à 3,9 milliards de dollars, souhaite aligner la politique monétaire tchèque sur celle de l’Union européenne, où les taux sont fixés à 2 %.
- L’inflation en République tchèque est contenue autour de 2,5 % en 2026, avec une projection à 2,2 % en 2027, mais la hausse des prix de l’énergie fait craindre un emballement.
- Le pays affiche un taux de chômage parmi les plus bas d’Europe (environ 3 %) et une dette publique de seulement 44 % du PIB, offrant une marge de manœuvre budgétaire significative.
- La coalition conservatrice au pouvoir, formée en décembre 2025, a réduit le budget de la défense de 2,35 % à 2,1 % du PIB et mis en place des mesures expansionnistes, comme des hausses de salaires et des prestations sociales.
La Banque nationale tchèque a choisi de maintenir ses taux directeurs à 3,5 % lors de sa dernière réunion, malgré les pressions exercées par Andrej Babiš. Ce dernier, qui se présente comme un « trumpiste et pacifiste », a multiplié les déclarations en faveur d’une politique monétaire plus souple. « J’appelle, encore, le gouverneur à baisser les taux, à maintenir le taux principal au plus bas », a-t-il déclaré, soulignant que la République tchèque, non membre de la zone euro, n’est pas contrainte par les décisions de la Banque centrale européenne (BCE).
Selon BFM Business, cette insistance s’inscrit dans une stratégie plus large visant à stimuler la consommation intérieure. Andrej Babiš, ancien communiste reconverti en milliardaire pro-Kremlin, a bâti une partie de sa popularité sur des promesses électorales centrées sur la baisse des loyers et l’accès au crédit. Sa campagne de 2025, marquée par des meetings aux accents trumpistes – casquettes rouges siglées « silné Česko » (« République tchèque forte ») – a mis en avant des mesures économiques expansionnistes, comme des investissements dans les transports et une augmentation des budgets sociaux.
Pourtant, les indicateurs économiques actuels ne plaident pas en faveur d’une baisse des taux. La croissance du pays reste robuste, avec un produit intérieur brut (PIB) en hausse de 2,6 % en 2025, et des prévisions de 1,8 % en 2026 avant un rebond à 2,4 % en 2027. De même, l’inflation, bien que maîtrisée, montre des signes de tension avec une progression des prix de l’énergie. Les économistes s’inquiètent d’un possible effet domino si les taux étaient abaissés trop rapidement, risquant de relancer une inflation déjà sous surveillance dans l’ensemble des grandes économies.
La République tchèque se distingue par des fondamentaux économiques solides : un taux de chômage historiquement bas, autour de 3 % selon l’institut national des statistiques, et une dette publique contenue à 44 % du PIB, bien en dessous de la moyenne européenne. Ces atouts permettent au gouvernement de mener une politique budgétaire ambitieuse, avec des investissements ciblés dans l’éducation et la recherche et développement, tout en réduisant le budget de la défense. La nouvelle coalition conservatrice, arrivée au pouvoir en décembre 2025, a en effet révisé à la baisse les dépenses militaires, passant de 2,35 % à 2,1 % du PIB dans le budget 2026.
« Les Tchèques devraient bénéficier d’un argent aussi accessible que le reste de l’Europe. La République tchèque n’est pas dans la zone euro et ne dépend pas de la BCE. »
Cette divergence entre le gouvernement et la Banque nationale tchèque reflète un clivage plus large au sein des pays européens non membres de l’euro. Contrairement à la Pologne ou à la Hongrie, où les banques centrales ont parfois cédé aux pressions politiques, la ČNB a jusqu’ici résisté aux appels à une politique monétaire plus laxiste. Pourtant, Andrej Babiš, qui mise sur une relance économique pour consolider son pouvoir, pourrait intensifier ses critiques si la banque centrale maintient sa position. « La priorité accordée aux Tchèques avec plus d’argent à dépenser pour les consommateurs » est au cœur de son discours, résumant une approche qui mêle populisme économique et nationalisme.
Côté inflation, les dernières projections de la ČNB restent optimistes, avec une estimation à 2,5 % pour 2026 et 2,2 % pour 2027. Cependant, les analystes soulignent que la dépendance du pays aux importations d’énergie, couplée à une demande intérieure soutenue, pourrait inverser cette tendance. Les tensions géopolitiques, notamment avec la Russie – dont Babiš est un soutien connu –, ajoutent une couche d’incertitude sur les coûts énergétiques et les chaînes d’approvisionnement.
La confrontation entre Andrej Babiš et la Banque nationale tchèque illustre les défis auxquels font face les gouvernements cherchant à concilier relance économique et stabilité des prix. En République tchèque, où les marges de manœuvre budgétaires sont larges, la question n’est pas tant de savoir si une baisse des taux interviendra, mais à quel rythme et sous quelles conditions. Pour l’heure, la ČNB semble déterminée à préserver sa crédibilité, quitte à s’opposer frontalement au Premier ministre le plus influent du pays.
La ČNB craint qu’une baisse des taux ne relance l’inflation, déjà sous surveillance en raison de la hausse des prix de l’énergie. Avec une croissance soutenue et un chômage bas, les conditions ne justifient pas, selon elle, un assouplissement monétaire. La banque centrale privilégie la stabilité des prix, un objectif inscrit dans sa mission légale.