Au moins deux pétroliers ont réussi à franchir le détroit d'Ormuz pour entrer dans le Golfe persique en direction de l'Iran, malgré le blocus imposé lundi 13 avril par les États-Unis sur les ports iraniens, comme le rapporte BFM Business ce jeudi 16 avril 2026. Ces navires, dont l'identité et la destination présumée ont été confirmées par l'Agence France-Presse via les données de l'entreprise d'analyse maritime Kpler, défient ainsi les mesures coercitives américaines en vigueur depuis 48 heures.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux pétroliers de type VLCC — le RHN et l'Alicia — ont franchi le détroit d'Ormuz pour se diriger vers les côtes iraniennes, malgré le blocus américain en vigueur depuis le 13 avril.
  • Ces navires, battant pavillon de Curaçao, ont initialement déclaré l'Irak comme destination avant de modifier leur statut en « en attente d'ordres ».
  • Plus de 10 000 soldats américains ont été déployés dans le cadre de cette opération, selon le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).
  • Trois autres navires — dont un VLCC et un transporteur de GPL — ont également traversé le détroit ces deux derniers jours, selon MarineTraffic et Kpler.
  • Un conseiller de Mojtaba Khamenei a menacé de couler les navires américains s'ils tentaient d'interférer dans le détroit d'Ormuz.

Un blocus américain mis en place, mais contourné

Depuis lundi 13 avril, les États-Unis ont instauré un blocus visant à empêcher tout navire, quelle que soit sa nationalité, d'entrer ou de sortir des ports iraniens. Selon le Centcom, plus de 10 000 militaires ont été mobilisés pour faire respecter cette mesure, présentée comme une réponse aux activités régionales de Téhéran. Pourtant, malgré l'annonce d'une application « pleine et entière » du blocus dans les 48 premières heures, au moins deux pétroliers de très grande capacité — des Very Large Crude Carrier (VLCC) — ont réussi à franchir le détroit d'Ormuz mercredi et jeudi.

Ces deux navires, le RHN et l'Alicia, battant pavillon de l'État de Curaçao dans les Caraïbes, ont été repérés par Kpler près des côtes iraniennes jeudi 16 avril. Selon les données de cette société d'analyse maritime, ils se dirigeaient initialement vers l'Irak, avant de modifier leur statut pour passer en « en attente d'ordres » au moment de leur passage dans le détroit. Une stratégie qui suggère une volonté d'éviter toute interception américaine, tout en maintenant une ambiguïté sur leur destination finale.

D'autres navires franchissent le détroit malgré les tensions

BFM Business souligne que ces deux VLCC ne sont pas les seuls à avoir contourné le blocus. Un troisième pétrolier, l'Agios Fanouris I, ainsi qu'un transporteur de gaz de pétrole liquéfié (GPL), le G Summer, ont également traversé le détroit ces deux derniers jours. Comme les deux premiers navires, ils avaient initialement déclaré l'Irak comme destination avant de modifier leur statut, selon les données de Kpler et MarineTraffic.

Deux autres bâtiments ont également franchi le détroit sans encombre : le porte-conteneurs Zaynar 2 et le cargo Neshat, ce dernier naviguant à vide. Selon MarineTraffic, ces deux navires ont été détectés près du port iranien de Bandar Abbas, un point stratégique pour le commerce maritime dans le Golfe.

Des déclarations iraniennes qui durcissent le ton

Face à ce contournement du blocus, les autorités iraniennes n'ont pas tardé à réagir. Un conseiller de Mojtaba Khamenei, fils du Guide suprême iranien et figure influente du régime, a menacé de couler les navires américains s'ils tentaient de faire « la police » dans le détroit d'Ormuz. Cette déclaration, rapportée par BFM Business, s'inscrit dans un contexte de tensions accrues entre Washington et Téhéran, marquées par une escalade des mesures coercitives et des ripostes verbales.

Le détroit d'Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, est depuis des décennies un point de friction géopolitique. Toute restriction de son accès a des conséquences immédiates sur les marchés énergétiques et les routes commerciales. Dans ce contexte, le franchissement de navires malgré le blocus américain interroge sur l'efficacité réelle des mesures imposées par Washington, d'autant que d'autres acteurs régionaux pourraient être tentés de suivre cette voie.

« Les États-Unis ont déployé plus de 10 000 soldats pour faire respecter ce blocus, mais la réalité du terrain montre que des navires continuent de circuler vers l'Iran. Cela pose la question de la faisabilité à long terme de cette stratégie. » — Analyste maritime non identifié, cité par BFM Business

Un contexte régional déjà tendu

Ce blocus intervient dans un contexte où les relations entre les États-Unis et l'Iran restent extrêmement tendues, notamment après plusieurs années de tensions militaires et diplomatiques. En 2025, les États-Unis avaient déjà imposé des sanctions strictes sur les exportations pétrolières iraniennes, visant à asphyxier l'économie du pays. Cependant, Téhéran a toujours trouvé des moyens de contourner ces mesures, en utilisant des pavillons de complaisance ou en modifiant les déclarations de cargaison en temps réel.

Le détroit d'Ormuz, large de seulement 34 kilomètres à son point le plus étroit, est un passage obligé pour tout navire quittant ou entrant dans le Golfe persique. Son contrôle est donc un enjeu stratégique majeur, tant pour les pays riverains que pour les puissances internationales. La présence militaire américaine dans la région, renforcée depuis plusieurs mois, vise à garantir la liberté de navigation, mais elle alimente aussi les risques d'incidents ou d'escalade.

Et maintenant ?

Alors que le blocus américain est en place depuis seulement 72 heures, son efficacité réelle reste à démontrer. Les prochains jours seront cruciaux pour évaluer si d'autres navires tenteront de franchir le détroit, ou si les États-Unis parviendront à resserrer leur contrôle. Une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU, prévue la semaine prochaine, pourrait également relancer les discussions sur une désescalade des tensions dans la région.

Par ailleurs, les marchés pétroliers surveillent de près l'évolution de la situation, car toute perturbation dans le Golfe persique pourrait entraîner une hausse des prix de l'or noir. Les compagnies maritimes, quant à elles, devront évaluer les risques liés au passage dans cette zone, alors que les menaces iraniennes se multiplient.

Dans l'immédiat, la question reste entière : Washington parviendra-t-il à faire respecter son blocus, ou l'Iran et ses partenaires parviendront-ils à contourner ces mesures ? Une chose est sûre : dans ce bras de fer, chaque navire qui franchit le détroit d'Ormuz envoie un message clair sur l'équilibre des forces en présence.

Le détroit d'Ormuz est le passage obligatoire pour environ 20 % du pétrole mondial. Tout blocage ou restriction de son accès aurait des répercussions immédiates sur les prix de l'énergie et les chaînes d'approvisionnement. Pour l'Iran, contrôler ou menacer ce détroit permet de peser dans les négociations internationales, tandis que les États-Unis cherchent à garantir la liberté de navigation pour éviter une crise énergétique mondiale.

En 2026, les États-Unis maintiennent un embargo strict sur les exportations pétrolières iraniennes, interdisant toute transaction financière avec les entreprises liées à Téhéran. Ce blocus maritime s'ajoute à des sanctions économiques et technologiques déjà en place, visant à isoler l'économie iranienne. Cependant, l'Iran contourne ces mesures en utilisant des pavillons de complaisance et des routes alternatives.