Les navires marchands évitent désormais massivement le détroit d’Ormuz depuis le lancement de l’opération « Project Freedom » par l’administration Trump. Selon Libération, cette initiative, présentée comme une réponse à la pression iranienne sur la navigation internationale, a paradoxalement aggravé les tensions au point de paralyser l’une des routes maritimes les plus stratégiques au monde.

Ce qu'il faut retenir

  • 40% des cargaisons pétrolières mondiales transitaient par Ormuz avant la crise — un chiffre désormais en chute libre depuis mars 2026.
  • Washington a déployé trois porte-avions, des drones et des systèmes de défense anti-missile, mais sans obtenir la réouverture du détroit.
  • Téhéran a multiplié les frappes de missiles balistiques sur des positions américaines en Irak et en Syrie, faisant 12 victimes parmi les forces coalisées.
  • L’Union européenne a suspendu ses importations de pétrole iranien, aggravant la crise énergétique en Europe.
  • Le Qatar et les Émirats arabes unis ont fermé leurs terminaux pétroliers, réduisant l’offre mondiale de 2,5 millions de barils par jour.

Une stratégie qui se retourne contre ses objectifs

Lancée en février 2026 sous le nom de « Project Freedom », l’opération visait officiellement à « rétablir la liberté de navigation » dans le détroit d’Ormuz, détroit par lequel transite près du tiers du trafic pétrolier mondial. Pourtant, selon les analystes cités par Libération, la manœuvre a été perçue par Téhéran comme une provocation directe. « Trump a cru pouvoir intimider l’Iran en affichant une puissance militaire disproportionnée », explique un diplomate européen sous couvert d’anonymat. « Résultat : l’Iran a riposté en ciblant des infrastructures critiques, et le détroit est aujourd’hui plus bloqué que jamais. »

Les premières semaines de l’opération ont été marquées par des escarmouches navales mineures, mais depuis avril, les tensions se sont radicalisées. Le 18 avril, une frappe de missile iranien a détruit un dépôt de munitions américain à Erbil, en Irak, faisant 8 morts. En représailles, les États-Unis ont bombardé des sites de missiles iraniens près de Chiraz, tuant 4 civils. « On est entré dans une logique d’escalade incontrôlable », résume un expert en géopolitique du Moyen-Orient interrogé par Libération.

L’impact économique : une crise énergétique mondiale

Les conséquences se font déjà sentir sur les marchés. Le prix du baril de Brent a dépassé les 120 dollars la semaine dernière, un niveau inédit depuis 2022. Les pays européens, déjà fragilisés par la guerre en Ukraine, subissent de plein fouet cette hausse. L’Allemagne, dépendante à 60 % des importations de gaz et de pétrole du Moyen-Orient, a annoncé des plans d’urgence pour rationner l’énergie d’ici l’été. « Nous sommes dans une situation où chaque décision prise à Washington ou à Téhéran fait monter les prix », déplore un haut fonctionnaire de la Commission européenne.

Côté iranien, l’économie, déjà asphyxiée par les sanctions américaines, souffre davantage du blocus. Le rial iranien a perdu 30 % de sa valeur en deux mois, et les pénuries de carburant s’intensifient dans les grandes villes. Téhéran a riposté en menaçant de fermer totalement le détroit, une mesure qui plongerait le monde dans une crise pétrolière sans précédent. « Le détroit d’Ormuz est une épée de Damoclès, et personne ne sait quand elle va tomber », confie un trader basé à Dubaï.

Une crise qui aurait pu être évitée, selon les observateurs

Plusieurs analystes estiment que l’escalade actuelle aurait pu être évitée si Washington avait adopté une approche plus diplomatique. « Dès 2024, l’Iran avait fait des propositions pour discuter d’un nouveau cadre de sécurité régionale, mais Trump a choisi la voie de la confrontation », rappelle Serge July, auteur de l’article original. « Aujourd’hui, les deux camps sont enfermés dans une logique où aucun ne peut reculer sans perdre la face. »

Les pourparlers menés sous l’égide de l’ONU à Genève en mars 2026 ont échoué après que les États-Unis ont refusé de lever partiellement les sanctions contre l’Iran. « Nous ne négocierons pas sous la menace militaire », avait alors déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian. Depuis, aucun canal de dialogue n’a été rouvert, et les canaux diplomatiques sont au point mort.

Et maintenant ?

La situation reste extrêmement volatile. Les prochaines semaines seront décisives : l’Iran a annoncé des manœuvres militaires dans le golfe Persique pour le 15 mai, tandis que les États-Unis préparent un nouveau déploiement de forces. Selon des sources militaires citées par Libération, une frappe préventive contre les capacités balistiques iraniennes est « à l’étude » à Washington, mais cette option risquerait d’enflammer davantage la région. Côté européen, la France et l’Allemagne tentent de relancer un groupe de contact international pour désamorcer la crise, mais les chances de succès semblent minces tant que les positions restent figées.

Une chose est sûre : le détroit d’Ormuz, artère vitale de l’économie mondiale, ne rouvrira pas sans un compromis — et pour l’instant, aucun des deux camps n’est prêt à faire le premier pas.

Le détroit d’Ormuz est le point de passage obligatoire pour 40 % du pétrole mondial. Une fermeture totale paralyserait les approvisionnements énergétiques de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du Nord, provoquant une crise économique majeure. Historiquement, ce détroit a déjà été le théâtre de crises majeures, comme en 1984 pendant la guerre Iran-Irak ou en 2019 après des attaques contre des tankers.