Quelques heures seulement après la signature d’un accord historique avec la Centrale ouvrière bolivienne (COB), principal syndicat du pays, le président Rodrigo Paz a décrété, dans la soirée du vendredi 19 juin 2026, un état d’exception sur l’ensemble du territoire national. Pourtant, cet accord prévoyait la levée des blocages après cinquante jours de conflit, selon RFI.

Ce qu'il faut retenir

  • Signature d’un accord entre le gouvernement et la COB pour mettre fin aux blocages après 50 jours de mobilisation.
  • Le président Rodrigo Paz annonce un état d’exception sur tout le territoire national, quelques heures après l’accord.
  • D’autres organisations syndicales et sociales restent mobilisées malgré l’accord trouvé.
  • L’état d’exception permet au gouvernement de renforcer les pouvoirs de l’exécutif et de limiter certaines libertés.

Un accord fragile et rapidement remis en cause

Le gouvernement bolivien et la COB avaient trouvé un terrain d’entente vendredi 19 juin 2026, mettant fin à près de sept semaines de protestations. Selon RFI, cet accord prévoyait notamment la levée des blocages routiers et la reprise des activités économiques, après des semaines de tensions ayant paralysé une partie du pays. Pourtant, malgré cette avancée, le président Rodrigo Paz a choisi de décréter un état d’exception, une mesure exceptionnelle permettant de suspendre certaines libertés fondamentales.

Cette décision surprend d’autant plus que l’accord avec la COB était présenté comme une issue à la crise. Juan Carlos Huarachi, secrétaire général de la COB, avait annoncé la fin des mobilisations, saluant un compromis obtenu après des négociations intenses. Mais le gouvernement semble vouloir maintenir une pression maximale sur les mouvements sociaux, d’autant que d’autres organisations, comme les paysans et les mineurs, continuent de manifester.

Un état d’exception pour rétablir l’ordre ?

L’état d’exception, annoncé par le président Paz, donne aux forces de l’ordre des pouvoirs étendus pour maintenir l’ordre public. Cette mesure permet notamment de restreindre les rassemblements, de procéder à des arrestations préventives ou encore de contrôler les médias, selon les dispositions légales boliviennes. Le gouvernement justifie cette décision par la nécessité de « préserver la stabilité institutionnelle » et d’éviter une reprise des violences, après des semaines de heurts entre manifestants et forces de l’ordre.

Cependant, cette annonce risque d’alimenter les tensions. Plusieurs observateurs craignent que cette mesure ne soit perçue comme une provocation par les syndicats et les mouvements sociaux, déjà fragilisés par des mois de crise économique et politique. « Nous ne céderons pas à la répression », a réagi un porte-parole d’une organisation paysanne non nommée, contacté par RFI. D’autres appellent à une « réponse unie » face à ce qu’ils qualifient de « coup de force ».

Un contexte politique et économique déjà tendu

La Bolivie traverse une période particulièrement instable, marquée par des tensions sociales récurrentes et une crise économique persistante. Depuis le début de l’année 2026, le pays fait face à une inflation élevée, une pénurie de carburant et des difficultés à maintenir les services publics. Les protestations, initiées par la COB, s’étaient rapidement élargies à d’autres secteurs, avec des appels à la démission du président Paz, accusé de mauvaise gestion et de corruption.

Dans ce contexte, l’accord avec la COB était perçu comme une bouffée d’oxygène pour le gouvernement. Pourtant, la décision de décréter l’état d’exception montre que les autorités ne comptent pas relâcher la pression. Selon des analystes locaux cités par RFI, cette mesure pourrait « aggraver la polarisation » et pousser d’autres groupes sociaux à rejoindre le mouvement de protestation. « Le gouvernement joue avec le feu », estime un politologue de l’université de La Paz, qui préfère rester anonyme.

Et maintenant ?

La situation reste extrêmement volatile. Si l’état d’exception doit, en théorie, permettre de rétablir rapidement l’ordre, son application pourrait entraîner de nouvelles escalades de violence. Une réunion d’urgence de la COB est prévue pour ce lundi 22 juin afin d’évaluer la réponse des autorités et décider des prochaines étapes. Par ailleurs, la communauté internationale, notamment les pays voisins et les organisations régionales comme l’OEA, pourraient intervenir pour tenter de désamorcer la crise.

Dans l’immédiat, le gouvernement bolivien devra composer avec une population de plus en plus méfiante et des syndicats déterminés à ne pas lâcher prise. La question reste entière : cet état d’exception parviendra-t-il à briser les mobilisations, ou au contraire, à les radicaliser ?

Alors que le pays s’enfonce dans une nouvelle phase de confrontation, une question s’impose : jusqu’où ira le gouvernement pour imposer sa ligne ?