Alors que les intentions de vote se resserrent à l’approche de l’élection présidentielle brésilienne prévue en octobre 2026, le président Luiz Inácio Lula da Silva a dévoilé un plan ambitieux pour lutter contre le crime organisé. Cette initiative intervient dans un contexte où la sécurité constitue l’une des principales préoccupations des électeurs, et alors que son rival d’extrême droite, Flavio Bolsonaro, en a fait un argument central de sa campagne électorale. Selon Le Monde, cette annonce marque une volonté de montrer une prise de contrôle ferme face à la montée des violences liées aux trafics et aux gangs dans le pays.

Ce qu'il faut retenir

  • Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a lancé un plan national contre le crime organisé à quelques mois de l’élection présidentielle d’octobre 2026.
  • La sécurité figure parmi les principales préoccupations des électeurs, selon les sondages en cours.
  • Son rival d’extrême droite, Flavio Bolsonaro, en a fait un argument central de sa campagne, mettant la pression sur le gouvernement sortant.
  • Ce plan s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire l’influence des gangs et des réseaux criminels qui gangrènent certaines régions du pays.
  • L’initiative inclut des mesures renforcées de coopération entre les forces de l’ordre et les services de renseignement.

Un plan conçu pour répondre à une urgence sécuritaire

Le Brésil traverse une période de tensions sécuritaires, avec une recrudescence des violences urbaines et des conflits entre gangs dans plusieurs États, notamment à Rio de Janeiro et à São Paulo. Le plan présenté par Lula s’articule autour de trois axes principaux : le renforcement des unités spéciales de police, l’intensification des opérations de démantèlement des réseaux criminels et une meilleure coordination avec les autorités locales. D’après Le Monde, cette stratégie vise à « briser l’emprise des organisations illégales qui minent la stabilité institutionnelle du pays », comme l’a souligné un haut responsable gouvernemental sous couvert d’anonymat.

Les chiffres officiels révèlent une hausse de 12 % des homicides liés au trafic de drogue en 2025 par rapport à l’année précédente. Autant dire que la question sécuritaire pèse lourdement sur l’opinion publique, alors que les sondages donnent Lula en difficulté face à ses adversaires. Flavio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, mise justement sur ce terrain pour fédérer son électorat, en promettant un durcissement encore plus radical des politiques répressives.

Un bras de fer politique qui dépasse la sécurité

Cette annonce de Lula ne peut être dissociée du contexte politique brésilien. En effet, le président sortant, qui brigue un troisième mandat non consécutif, fait face à une chute de popularité dans les sondages. Selon une enquête publiée ce mois-ci par l’Institut Datafolha, sa cote de popularité est tombée sous la barre des 35 %, tandis que Flavio Bolsonaro caracole en tête avec 28 % des intentions de vote parmi les électeurs indécis. Le crime organisé, et plus particulièrement la lutte contre les factions criminelles comme le PCC ou le Comando Vermelho, devient donc un enjeu électoral majeur.

Lors d’une allocution retransmise en direct à la télévision nationale, Lula a martelé : « Le Brésil mérite la paix, et nous ne laisserons pas les groupes criminels dicter leur loi ». Il a également rappelé que son gouvernement avait déjà démantelé plus de 500 cellules criminelles depuis le début de l’année, sans pour autant préciser les moyens alloués à ce nouveau plan. Flavio Bolsonaro, de son côté, a réagi en critiquant « l’inaction du gouvernement » et en promettant, s’il était élu, de « déployer l’armée dans les favelas et de rétablir l’ordre par tous les moyens ».

Des mesures concrètes, mais des défis persistants

Parmi les mesures phares du plan annoncé figurent le renforcement des unités de police spécialisées dans la lutte antidrogue, la création de tribunaux d’exception pour juger rapidement les membres des gangs et l’octroi de pouvoirs élargis aux forces armées pour appuyer les opérations policières. Le gouvernement prévoit également d’investir 1,2 milliard de réaux (environ 220 millions d’euros) dans des programmes sociaux ciblant les jeunes des quartiers défavorisés, afin de les éloigner des réseaux criminels. — Une approche qui rappelle les politiques menées dans les années 2000, mais qui reste controversée.

Cependant, des experts en sécurité interrogés par Le Monde soulignent les limites structurelles de cette initiative. « Sans une réforme profonde de la police, souvent critiquée pour sa corruption et son inefficacité, ces mesures resteront lettre morte », estime le sociologue José Maria Nascimento, chercheur à l’Université de Brasilia. D’autres, comme l’ancien ministre de la Justice Sergio Moro, mettent en garde contre une « militarisation excessive » qui pourrait, selon eux, « aggraver les tensions sociales ».

Et maintenant ?

Le calendrier électoral brésilien impose une accélération des décisions. Si les élections sont prévues pour le 5 octobre 2026, les prochains mois seront décisifs pour évaluer l’impact du plan de Lula. Une première évaluation de son efficacité est attendue d’ici la fin de l’été, alors que les campagnes des candidats entreront dans leur phase la plus intense. Reste à voir si ces annonces suffiront à inverser la tendance dans les sondages, ou si Flavio Bolsonaro parviendra à exploiter davantage ce thème pour creuser l’écart.

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : la question de la sécurité continuera de dominer le débat politique brésilien dans les mois à venir, au risque de polariser davantage une société déjà profondément divisée.

Le plan du gouvernement vise principalement les deux factions criminelles les plus puissantes du pays : le Primeiro Comando da Capital (PCC), basé à São Paulo, et le Comando Vermelho (CV), actif dans l’État de Rio de Janeiro. Ces deux organisations contrôlent une grande partie du trafic de drogue et des activités illégales, et sont responsables d’une partie significative de la violence urbaine.