Depuis mardi 6 mai 2026, les téléspectateurs burkinabè ne peuvent plus capter la chaîne française TV5Monde. La décision, prise par les autorités de la junte militaire au pouvoir, vise à sanctionner ce que Ouagadougou qualifie de « désinformation systématique » et de « propagation d’un discours complaisant envers les groupes jihadistes » opérant au Sahel. Cette interdiction s’inscrit dans une série de restrictions imposées à plusieurs médias internationaux depuis le coup d’État de septembre 2022, selon Ouest France.
Ce qu'il faut retenir
- La junte burkinabè a officiellement interdit la diffusion de TV5Monde le 6 mai 2026, invoquant des motifs de « désinformation » et d’« apologie du terrorisme »
- Cette mesure s’ajoute à une série de restrictions contre des médias étrangers depuis le coup d’État de septembre 2022
- Les autorités reprochent à la chaîne d’avoir couvert les violences jihadistes au Burkina Faso et au Mali d’une manière jugée partiale
- La décision a été annoncée par la junte, qui renforce ainsi son contrôle sur l’espace médiatique national
Dans un communiqué rendu public mardi, le gouvernement de transition burkinabè a justifié cette mesure par le « traitement biaisé » de l’actualité sécuritaire. Selon les autorités, TV5Monde aurait « minimisé la réalité des exactions commises par les groupes armés » tout en « diffusant des discours de légitimation » à leur égard. La chaîne, qui diffuse une partie de sa programmation en français, est régulièrement reprise par des millions de téléspectateurs en Afrique francophone.
Cette interdiction s’ajoute à une liste déjà longue de restrictions. Depuis quatre ans, plusieurs médias internationaux ont vu leur diffusion suspendue ou interdite au Burkina Faso. Parmi eux figurent RFI, France 24, ou encore des titres de la presse écrite française. Ces décisions s’inscrivent dans une stratégie plus large de contrôle de l’information, souvent justifiée par les autorités par la nécessité de « lutter contre la propagande terroriste ». Bref, pour la junte, la priorité est claire : encadrer strictement l’accès à l’information, quitte à restreindre la liberté de la presse.
« Nous ne tolérerons plus que des médias étrangers servent de caisse de résonance à des groupes qui attaquent notre pays. La désinformation tue autant que les balles. »
— Déclaration d’un porte-parole du gouvernement burkinabè, rapportée par Ouest France
Cette mesure intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu. Depuis 2015, le Burkina Faso est en proie à une insurrection jihadiste qui a fait plus de 20 000 morts et déplacé plus d’2 millions de personnes. Les groupes armés liés à Al-Qaïda et à l’État islamique multiplient les attaques contre les forces de sécurité et les civils, malgré les opérations militaires soutenues par des partenaires internationaux comme la France ou les Nations unies.
Côté français, la réaction ne s’est pas fait attendre. Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a indiqué, via un porte-parole, « prendre note » de cette décision tout en rappelant « l’importance du pluralisme médiatique ». De son côté, TV5Monde n’a pas encore réagi officiellement, mais des sources internes évoquent une « surprise » face à une mesure jugée « disproportionnée » au regard des standards journalistiques internationaux.
Cette affaire soulève une fois de plus la question de la liberté de la presse dans les pays sous régime militaire. Alors que le Burkina Faso tente de stabiliser sa situation sécuritaire, le contrôle de l’information devient un enjeu central — autant pour les autorités que pour les citoyens. La communauté internationale, déjà engagée aux côtés de Ouagadougou dans la lutte antiterroriste, pourrait être amenée à réagir plus fermement si la répression des médias s’accentue.
Non. Depuis le coup d’État de septembre 2022, plusieurs médias internationaux ont été suspendus ou interdits, dont RFI et France 24, accusés eux aussi de « désinformation » ou de « partialité ».
Les autorités burkinabè reprochent à TV5Monde un « traitement biaisé » de l’actualité sécuritaire, accusant la chaîne de « minimiser les exactions des groupes jihadistes » et de « diffuser des discours de légitimation » à leur égard.