Depuis près de dix ans, la province du Cabo Delgado, située à l’extrême nord du Mozambique, est le théâtre d’une insurrection armée menée par les shebabs, un groupe jihadiste ayant prêté allégeance à l’État islamique (EI). Face à cette menace, les Forces armées du Mozambique (FADM) interviennent pour sécuriser la région, mais leurs méthodes ont également été pointées du doigt pour leurs exactions contre les populations civiles. Comme le rapporte RFI, cette situation place les habitants dans une position particulièrement difficile : pris entre la violence des groupes armés et les préjudices infligés par les forces gouvernementales.
Ce qu'il faut retenir
- Le Cabo Delgado est en proie à un conflit armé depuis 2017, déclenché par le groupe shebab affilié à l’EI.
- Les FADM sont accusées de violations des droits humains, notamment par Amnesty International dans un rapport publié en 2021.
- Les civils subissent une double violence : celle des groupes armés et celle de l’armée régulière.
- La région, riche en ressources naturelles, attire également l’attention des acteurs économiques malgré l’instabilité.
Un conflit aux racines profondes et aux conséquences dramatiques
Le conflit dans le Cabo Delgado a éclaté en 2017, lorsque des militants islamistes ont lancé une série d’attaques contre des postes de police et des villages. Depuis, le groupe shebab, localement appelé « Al-Shabaab » (sans lien avec le groupe somalien du même nom), a étendu son influence en s’alliant à l’État islamique. Selon RFI, ces combattants profitent du mécontentement social et de l’absence de services publics pour recruter parmi les populations locales. Les attaques, souvent d’une brutalité extrême, visent aussi bien les forces de sécurité que les civils, entraînant des déplacements massifs et une crise humanitaire.
Les FADM sous le feu des critiques
Face à la progression des shebabs, les Forces armées du Mozambique (FADM) ont lancé des opérations militaires pour reprendre le contrôle de la région. Pourtant, leurs méthodes ont été vivement critiquées. Dans un rapport daté de 2021, Amnesty International a documenté des cas de tortures, exécutions sommaires et violences sexuelles perpétrées par des soldats contre les populations civiles. Ces exactions, selon l’ONG, visent parfois des personnes suspectées à tort de soutenir les jihadistes. RFI souligne que ces agissements ont aggravé la méfiance des habitants envers leur propre armée, les poussant à se méfier tout autant des shebabs que des FADM.
Une population civile en première ligne
Les habitants du Cabo Delgado se retrouvent dans une situation intenable. Entre les attaques des shebabs et les représailles des forces gouvernementales, ils n’ont souvent d’autre choix que de fuir ou de vivre dans la clandestinité. Les villages sont régulièrement pris pour cible, et les infrastructures essentielles, comme les écoles ou les centres de santé, sont souvent détruites. Selon RFI, plus de 1,3 million de personnes ont été déplacées depuis 2017, selon les estimations de l’ONU. Cette crise humanitaire s’ajoute à la précarité économique de la région, riche en gaz naturel mais où la majorité de la population vit dans une pauvreté extrême.
Un enjeu économique et géopolitique
Le Cabo Delgado n’est pas seulement un théâtre de violence. La province abrite d’importantes réserves de gaz naturel, attirant des investissements étrangers, notamment de la part de groupes comme TotalEnergies. Le projet de liquéfaction de gaz de Afungi, porté par le géant français, a été suspendu à plusieurs reprises en raison des attaques jihadistes. RFI rappelle que la stabilisation de la région est devenue une priorité pour le gouvernement mozambicain, qui compte sur ces ressources pour relancer l’économie nationale. Pourtant, tant que le conflit persistera, ces ambitions resteront hors de portée.
Alors que le Mozambique tente de surmonter cette crise, la communauté internationale suit de près l’évolution de la situation. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si le pays parviendra à sécuriser la région ou si le Cabo Delgado sombrera davantage dans la violence.