Une approche mini-invasive développée à la Clinique Universidad de Navarra (Espagne) montre des résultats remarquables après dix ans de suivi dans le traitement de certains cancers agressifs de la prostate. Selon Top Santé, cette thérapie focale, alternative à la chirurgie lourde, permet de freiner l’évolution tumorale tout en réduisant significativement les risques d’incontinence urinaire et de troubles de la fonction sexuelle, complications fréquentes des interventions classiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Dix ans de suivi pour évaluer l’efficacité et la sécurité de la thérapie focale dans le traitement du cancer de la prostate.
  • Cette méthode mini-invasive cible uniquement la tumeur, sans recourir à une prostatectomie totale.
  • Réduction notable des effets secondaires : moins de 5 % de cas d’incontinence et préservation de la fonction sexuelle pour la majorité des patients traités.
  • La Clinique Universidad de Navarra, basée à Pampelune, est à l’origine de ces travaux publiés après une décennie d’observation clinique.

Une alternative prometteuse aux traitements conventionnels

Le cancer de la prostate représente l’un des cancers masculins les plus fréquents en Europe. Traditionnellement, son traitement repose sur la chirurgie (prostatectomie) ou la radiothérapie, deux options associées à des séquelles fonctionnelles majeures. La thérapie focale, en revanche, consiste à détruire uniquement la tumeur en épargnant les tissus sains environnants. Selon les données rapportées par Top Santé, cette approche a permis à plus de 85 % des patients traités de conserver une qualité de vie satisfaisante dix ans après l’intervention.

Les chercheurs de la Clinique Universidad de Navarra ont suivi 212 patients atteints de cancers localisés de la prostate, classés à risque intermédiaire ou élevé. Après une ablation ciblée par ultrasons focalisés de haute intensité (HIFU), seulement 3 % des patients ont développé une incontinence urinaire sévère, contre 20 à 30 % après une prostatectomie classique. Côté fonction sexuelle, 70 % des hommes traités ont conservé une activité normale, contre 50 % dans le groupe opéré.

Des résultats validés par une décennie d’études cliniques

Les résultats publiés par l’équipe espagnole s’appuient sur un suivi médian de dix ans, une durée rare dans les études oncologiques. Le Dr Rafael Sanchez-Salas, urologue à la Clinique Universidad de Navarra et co-auteur de l’étude, a indiqué que « cette thérapie focale offre un équilibre optimal entre efficacité thérapeutique et préservation de la qualité de vie ». Il précise : « Nos données montrent que le risque de récidive locale après HIFU est comparable à celui de la chirurgie, avec des marges de tolérance bien meilleures. »

Les chercheurs ont également noté une baisse significative des marqueurs tumoraux chez 90 % des patients dans les trois mois suivant le traitement. Cependant, ils rappellent que cette méthode n’est pas adaptée à tous les cas : les cancers métastatiques ou étendus restent traités par chimiothérapie ou hormonothérapie.

Un enjeu de santé publique en Europe

En France, le cancer de la prostate touche près de 50 000 hommes chaque année, selon les chiffres de l’Institut national du cancer (INCa). Avec un vieillissement de la population, ces chiffres pourraient encore augmenter dans les années à venir. Face à ce constat, des centres hospitaliers français, comme l’hôpital Saint-Louis à Paris, commencent à intégrer la thérapie focale dans leurs protocoles, bien que son remboursement par l’Assurance maladie reste partiel en 2026.

Les spécialistes soulignent que cette approche pourrait révolutionner la prise en charge des cancers localisés, à condition de bien sélectionner les patients. Comme le rappelle Top Santé, « cette méthode nécessite une imagerie de haute précision et une équipe pluridisciplinaire expérimentée ».

Et maintenant ?

La Clinique Universidad de Navarra prévoit de publier une mise à jour de ses résultats d’ici fin 2026, incluant des données sur la survie globale à quinze ans. En France, l’Institut national du cancer devrait rendre publics, d’ici mi-2027, des recommandations officielles sur l’intégration de la thérapie focale dans les parcours de soins. Pour l’heure, son adoption dépend largement de la disponibilité des équipements et de la formation des praticiens.

Cette avancée pourrait-elle inciter davantage d’hôpitaux à adopter cette technique ? La question reste ouverte, d’autant que son coût – estimé entre 12 000 et 18 000 euros par patient – limite encore son accessibilité.

Cette méthode est généralement réservée aux cancers localisés de la prostate, classés à risque faible ou intermédiaire. Les patients doivent présenter une tumeur visible à l’IRM et confirmée par biopsie, sans extension extra-prostatique. Une évaluation individuelle par une équipe médico-chirurgicale est indispensable.