Le Congrès annuel américain sur le cancer, qui s’est achevé ce mardi 2 juin 2026 à Chicago, a été marqué par des annonces majeures pour la lutte contre le cancer du poumon, le plus meurtrier en France avec près de 30 000 décès par an. Selon Franceinfo – Santé, deux études ont révélé l’efficacité de nouveaux traitements, dont une immunothérapie de nouvelle génération et une thérapie ciblée, contre le cancer non à petites cellules (CPNPC), la forme la plus répandue de cette maladie.

Ce qu'il faut retenir

  • Une immunothérapie chinoise, l’ivonescimab, montre une supériorité par rapport aux traitements actuels, prolongeant la durée d’efficacité et réduisant le risque de décès.
  • Une thérapie ciblée, testée sur des patients porteurs d’une anomalie génétique appelée RET, a réduit de 90 % le taux de rechute après deux ans de traitement.
  • Ces avancées concernent des sous-groupes spécifiques, comme les non-fumeurs ou « peu fumeurs », pour lesquels les causes de la maladie restent mal connues.
  • Les chercheurs insistent sur la nécessité de dépister plus tôt les patients pour améliorer les chances de guérison.

Des résultats encourageants pour une maladie aux enjeux majeurs

Chaque année, le Congrès de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO), qui se tient à Chicago, concentre l’attention des spécialistes du monde entier. En 2026, parmi les avancées les plus significatives figurent celles concernant le cancer du poumon, responsable de près d’un quart des décès par cancer en France. Si l’immunothérapie, comme le Keytruda, est déjà un traitement de référence, une nouvelle génération de molécules suscite un vif intérêt. C’est le cas de l’ivonescimab, testé dans une étude chinoise et présenté comme plus efficace que les médicaments actuels.

« On a ce médicament, l’ivonescimab, qui montre une supériorité à notre médicament classique », explique le professeur Nicolas Girard, responsable de l’oncologie médicale à l’Institut Curie à Paris. « Avec cet ivonescimab, on prolonge la durée d’efficacité du traitement et il y a un vrai impact pour réduire le risque de mourir de l’évolution de la maladie. » Cet essai, mené uniquement sur des patients chinois, doit désormais être reproduit pour vérifier son efficacité sur les populations occidentales.

Une thérapie ciblée prometteuse contre les rechutes

Parallèlement, une seconde étude internationale, à laquelle a participé le professeur Benjamin Besse, directeur de la recherche clinique à l’Institut Gustave-Roussy à Villejuif, s’est concentrée sur un sous-groupe de patients atteints d’une anomalie génétique rare, la translocation RET. Ce type de cancer, majoritaire chez les non-fumeurs ou « peu fumeurs », reste mal compris, faute de facteurs de risque identifiés. « Ces patients non-fumeurs nous demandent toujours pourquoi ils ont ce cancer, et on ne sait pas », souligne le professeur Besse.

Dans le cadre de cette étude, les participants ont reçu, après une chirurgie, une thérapie ciblée sous forme de comprimés, administrée pendant trois ans. Les résultats, après deux ans de suivi, sont « très prometteurs » : seuls 10 % des patients traités ont récidivé. « Il faut plus de suivi, car le traitement est donné pendant trois ans. Il faudra qu’on s’assure que ce médicament ne décale pas la récidive, mais guérit davantage les patients traités », tempère toutefois le chercheur.

« Ces données sont très prometteuses, mais il est trop tôt pour parler de guérison. Il faudra attendre plusieurs années de suivi pour en tirer des conclusions définitives. »
— Professeur Benjamin Besse, directeur de la recherche clinique à l’Institut Gustave-Roussy

Vers une chronicisation de certains cancers du poumon

Au-delà de ces avancées, les experts soulignent une tendance de fond : la possibilité de transformer certains cancers du poumon en maladies chroniques, grâce à des traitements de plus en plus ciblés et durables. C’est notamment le cas pour les patients atteints de mutations ALK, pour lesquels le médicament Lorlatinib a montré une efficacité prolongée, parfois supérieure à sept ans. « On est en train de parler de chronicisation de certains cancers du poumon », indique le professeur Girard.

Ces progrès, bien que limités à des sous-groupes précis, représentent une étape importante dans la lutte contre cette maladie. En France, ces nouveaux traitements ne concerneront que 100 à 200 patients par an, mais leur potentiel ouvre des perspectives encourageantes. « De petits pas en petits pas, la recherche contre le cancer du poumon avance bien », estime le professeur Girard.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à étendre les essais cliniques à des populations plus larges, notamment en Occident pour l’ivonescimab, et à prolonger le suivi des patients traités par thérapie ciblée. Un autre défi majeur reste le dépistage précoce : détecter la maladie à un stade où elle est encore traitable pourrait multiplier les chances de guérison. Des discussions sont en cours pour intégrer ces nouvelles approches dans les recommandations thérapeutiques, avec une publication attendue d’ici la fin de l’année 2026.

Un enjeu de santé publique

Malgré ces avancées, le cancer du poumon reste un fléau en France, où il représente la première cause de mortalité par cancer chez les hommes et la troisième chez les femmes. Si les traitements progressent, les experts rappellent que la prévention, notamment via la lutte contre le tabac, reste la priorité absolue. « Le dépistage précoce est crucial, mais il ne doit pas occulter l’importance de la prévention primaire », insiste le professeur Besse.

Alors que la recherche continue de progresser, ces résultats rappellent que chaque avancée, même limitée à un petit groupe de patients, représente une lueur d’espoir dans la lutte contre cette maladie. Pour les quelque 30 000 familles touchées chaque année en France, ces découvertes pourraient, à terme, changer la donne.

Les effets secondaires des immunothérapies et thérapies ciblées varient selon les patients. Pour l’ivonescimab, les essais cliniques chinois ont rapporté des réactions cutanées et des troubles digestifs, tandis que la thérapie ciblée contre la translocation RET pourrait entraîner des effets comme la fatigue ou des troubles hépatiques. Les protocoles de surveillance mis en place dans les essais visent à minimiser ces risques.

L’ivonescimab et la thérapie ciblée contre la translocation RET font actuellement l’objet d’essais cliniques supplémentaires en Occident. Une autorisation de mise sur le marché en France n’est pas attendue avant 2027 ou 2028, sous réserve des résultats définitifs des essais et des décisions des autorités sanitaires comme l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).