Marie-Thérèse Gilet, 76 ans, mène un combat judiciaire sans précédent pour faire reconnaître son cancer comme maladie professionnelle liée à son exposition prolongée aux pesticides. Selon Ouest France, cette ancienne assistante maternelle, installée depuis cinquante ans à Villeneuve-en-Retz, au sud de Nantes en Loire-Atlantique, tente ainsi d’obtenir gain de cause auprès de l’Assurance maladie, une procédure qui pourrait faire jurisprudence.

Ce qu'il faut retenir

  • Marie-Thérèse Gilet, 76 ans, cherche à faire reconnaître son cancer comme maladie professionnelle après une exposition de cinquante ans aux pesticides.
  • Le couple vit depuis 1976 dans un environnement exposé aux épandages de produits phytosanitaires à Villeneuve-en-Retz (Loire-Atlantique).
  • Cette procédure, inédite, pourrait ouvrir la voie à d’autres demandes similaires pour les riverains des zones agricoles.
  • Les pesticides sont au cœur de débats récurrents sur leur impact sanitaire, notamment dans les zones rurales.

Un combat judiciaire pour la reconnaissance d’un lien de cause à effet

Installée à Villeneuve-en-Retz depuis 1976, Marie-Thérèse Gilet partage sa vie avec son mari Guy au cœur d’un territoire marqué par l’agriculture maraîchère intensive. Pendant des décennies, leur domicile a été exposé aux épandages de pesticides utilisés sur les cultures voisines. En 2025, elle a reçu un diagnostic de cancer, une maladie qu’elle attribue directement à cette exposition prolongée. Désormais, elle engage une procédure pour faire reconnaître ce lien par l’Assurance maladie, une démarche qui, si elle aboutit, constituerait une première en France.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question des pratiques agricoles et de leurs conséquences sur la santé des populations riveraines. Les études scientifiques sur le sujet restent divisées, mais des associations de victimes et certains experts pointent du doigt le rôle potentiel des produits phytosanitaires dans l’apparition de cancers. « Je ne veux pas que mon cas reste une exception. Si on peut aider d’autres personnes à obtenir justice, ce sera ma victoire », a déclaré Marie-Thérèse Gilet à Ouest France.

Villeneuve-en-Retz, un territoire sous pression agricole

La commune de Villeneuve-en-Retz, située en Loire-Atlantique, est emblématique des tensions entre développement agricole et protection de la santé publique. Avec des centaines d’hectares de cultures maraîchères, le territoire est régulièrement arrosé de pesticides, malgré les réglementations en vigueur. Les riverains, comme le couple Gilet, se retrouvent ainsi exposés à des substances dont les effets à long terme sont de plus en plus questionnés par la communauté scientifique.

Les données de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) indiquent que plus de 70 000 tonnes de pesticides sont épandues chaque année en France, principalement dans les régions agricoles. Villeneuve-en-Retz n’échappe pas à cette tendance, avec des cultures de légumes de plein champ qui nécessitent des traitements fréquents. Pour les habitants, l’inquiétude grandit face à l’absence de données précises sur l’impact sanitaire de ces expositions chroniques.

Une procédure inédite qui pourrait faire jurisprudence

La demande de Marie-Thérèse Gilet s’appuie sur des éléments médicaux et des témoignages d’experts, mais elle se heurte à la complexité des procédures administratives. L’Assurance maladie, de son côté, exige des preuves tangibles du lien entre la maladie et l’exposition professionnelle. Si elle obtient gain de cause, cette affaire pourrait ouvrir la voie à d’autres recours similaires pour les riverains des zones agricoles.

Les associations de victimes des pesticides, comme l’Association Phyto-Victimes, suivent de près cette procédure. Leur porte-parole a souligné que « chaque victoire judiciaire est une avancée pour la reconnaissance des droits des populations exposées ». Pourtant, les obstacles restent nombreux, notamment en raison du manque de consensus scientifique sur les effets des faibles doses de pesticides sur la santé humaine.

« Ce n’est pas juste une question de justice pour moi, c’est une question de santé publique. Si mon combat peut sauver d’autres vies, alors il en vaut la peine. » — Marie-Thérèse Gilet

Et maintenant ?

La procédure engagée par Marie-Thérèse Gilet pourrait s’étendre sur plusieurs mois, voire années, en fonction des expertises médicales et des décisions administratives. Une audience préliminaire est prévue pour le mois de septembre 2026, date à laquelle les premiers éléments de preuve seront examinés. Si l’Assurance maladie donne un avis favorable, cette reconnaissance pourrait inspirer d’autres demandes similaires dans les zones agricoles françaises.

Cette affaire rappelle également l’urgence de renforcer les études épidémiologiques sur les liens entre pesticides et cancers, un sujet qui divise encore la communauté scientifique. En attendant, Marie-Thérèse Gilet continue de se battre, soutenue par son mari et par une poignée d’associations déterminées à faire évoluer les mentalités.

Pour qu’un cancer soit reconnu comme maladie professionnelle, il faut prouver un lien direct entre l’exposition à un agent cancérogène (comme les pesticides) et la maladie. Cette reconnaissance repose sur des études scientifiques, des expertises médicales et des preuves d’exposition prolongée. La procédure est complexe et nécessite souvent l’intervention d’un avocat spécialisé.