Le réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen, déjà remarqué pour As Bestas et Madre, présente en compétition officielle à Cannes « L’Etre aimé », un film qui explore les rapports familiaux, la masculinité et les mécanismes de la rédemption. Selon Franceinfo - Culture, cette œuvre, saluée pour son approche intime et ses choix esthétiques audacieux, met en scène Javier Bardem dans le rôle d’Esteban, un cinéaste célèbre qui tente de renouer avec sa fille Emilia, interprétée par Victoria Luengo. Présenté le 16 mai 2026 lors du Festival de Cannes, le long-métrage interroge les dynamiques du pouvoir, tant sur les plateaux de tournage qu’au sein des relations père-fille.
Ce qu'il faut retenir
- Un film en compétition à Cannes 2026, projeté le 16 mai 2026 et sorti dans les salles françaises le même jour.
- Rodrigo Sorogoyen aborde les thèmes de la paternité, de la masculinité et des rapports de pouvoir à travers une intrigue centrée sur un réalisateur et sa fille.
- Javier Bardem incarne Esteban, un père autoritaire et violent, tandis que Victoria Luengo joue Emilia, sa fille abandonnée.
- Le film joue sur les formats cinématographiques (couleur, noir et blanc, pellicule) pour refléter les tensions psychologiques des personnages.
- Sorogoyen souligne l’évolution des normes sociales, notamment dans le milieu du cinéma, où certains comportements autrefois tolérés ne le sont plus.
Un récit né de réflexions sur la paternité et la violence
Selon Rodrigo Sorogoyen, « L’Etre aimé »* trouve son origine dans des discussions personnelles avec la scénariste Isabelle Lafon et l’actrice Victoria Luengo. « On voulait raconter une histoire intime, de personnes normales, sans tueur ni assassin », a-t-il déclaré à Franceinfo - Culture. Le réalisateur explique que l’idée est partie d’un hommage à la paternité, « à cette personne qui a joué ce rôle dans nos vies, qui nous a aimés d’une façon, que nous avons aimé d’une autre ». C’est cette ambiguïté des relations familiales qui a inspiré l’intrigue, où Esteban, personnage central, incarne à la fois la force et la faiblesse, la violence et la vulnérabilité.
Le film plonge ainsi dans les conséquences d’un abandon paternel et la quête de réconciliation. Esteban, réalisateur à succès, propose à Emilia de jouer le rôle principal dans son nouveau film. Mais derrière cette offre se cache une tentative désespérée de demander pardon. « Il ne sait pas dire pardon, et donc il lui faut faire ce voyage pour pouvoir dire ce qu’il ressent », précise Sorogoyen. Ce parcours devient une métaphore de la perte de contrôle, où Esteban, habitué à tout maîtriser, doit apprendre à accepter l’échec.
Un film ancré dans le milieu du cinéma
Rodrigo Sorogoyen a choisi de situer son récit dans l’univers du cinéma, un milieu qu’il connaît bien. « C’est un univers très hiérarchisé, où toute une équipe se mobilise chaque jour pour raconter une histoire qui ne lui appartient pas », explique-t-il. Cette dimension permet d’explorer les rapports de pouvoir, tant professionnels que personnels. Le réalisateur souligne aussi l’ironie du métier : « On est là pour raconter des histoires, mais parfois, on ne sait pas raconter la nôtre ». Le film joue ainsi sur les niveaux de récit, entre la fiction du tournage et la réalité des relations entre Esteban et Emilia.
Le choix du milieu cinématographique n’est pas anodin. Sorogoyen y voit un terrain idéal pour illustrer les tensions entre domination et soumission, notamment à travers le personnage d’Esteban, figure charismatique mais profondément blessée. « Ce qui était accepté autrefois n’est plus toléré aujourd’hui, et c’est une bonne chose », ajoute-t-il, évoquant les changements sociétaux dans la perception de la masculinité.
Une esthétique au service des émotions
Visuellement, « L’Etre aimé »* se distingue par une approche stylistique ambitieuse. Rodrigo Sorogoyen alterne les formats (pellicule, numérique), les couleurs et le noir et blanc pour refléter l’état psychologique des personnages. « Le film commence dans une ambiance normale, puis au fur et à mesure que les tensions montent, on bascule dans le noir et blanc ou des formats différents », explique-t-il. La scène du repas, où la violence d’Esteban éclate, devient un moment charnière : « J’y ai mis tout ce que je pouvais pour faire sentir les différents points de vue et émotions ».
La première scène, filmée en plans serrés, symbolise l’absence et la distance entre Esteban et Emilia. « Je voulais que leur corps soit présent dans l’image de l’autre, alors que tout le reste disparaît », précise le réalisateur. Pour lui, cette séquence illustre l’obsession d’Emilia pour ce père qui l’a abandonnée, mais aussi l’incapacité d’Esteban à exprimer ses sentiments autrement que par la violence.
« On raconte l’histoire d’un homme qui a toujours gagné, tout le temps, toute sa vie, et qui doit apprendre à perdre. Mais en perdant, il va aussi gagner quelque chose. »
— Rodrigo Sorogoyen, réalisateur de « L’Etre aimé »
Javier Bardem, un choix « parfait » pour incarner Esteban
Le rôle d’Esteban a naturellement conduit Rodrigo Sorogoyen à envisager Javier Bardem. « Il est génial, c’est une star, et pour moi, c’était un rêve de travailler avec lui depuis vingt ans », confie-t-il. Bardem, connu pour sa capacité à mêler violence et sensibilité, incarne parfaitement ce personnage complexe. Sorogoyen souligne la force de son visage et sa capacité à incarner à la fois la brutalité et la vulnérabilité. « Il y a chez lui la violence et la sensibilité, donc c’était le casting idéal », résume-t-il.
Victoria Luengo, qui joue Emilia, complète ce duo avec une présence à la fois fragile et déterminée. Leur alchimie à l’écran porte le film, notamment lors des scènes de confrontation où les non-dits explosent. Selon Sorogoyen, « cette relation père-fille est au cœur du récit, et c’est ce qui rend l’histoire universelle ».
Le film laisse en suspens plusieurs questions : jusqu’où peut-on aller pour se racheter ? Les normes sociales évoluent-elles assez vite dans le milieu du cinéma ? Et surtout, une réconciliation entre Esteban et Emilia est-elle vraiment possible, ou leur relation reste-t-elle condamnée par le passé ? Autant de thèmes qui devraient alimenter les débats après la projection du film.
Le réalisateur explique que ce milieu lui est familier et qu’il permet d’explorer des thèmes comme la hiérarchie, le pouvoir et la collaboration. « C’est un univers où toute une équipe travaille au service d’une histoire qui ne lui appartient pas », précise-t-il. De plus, ce cadre renforce la métaphore centrale du film : la difficulté à raconter sa propre histoire.
Selon Sorogoyen, cette scène est conçue pour révéler la « part monstrueuse » d’Esteban. « On dit au spectateur que c’est un personnage violent, mais on ne le voit pas tout de suite », explique-t-il. Cette explosion de violence permet de comprendre les raisons de l’enfance difficile d’Emilia et illustre l’incapacité d’Esteban à communiquer autrement que par la brutalité.