« Ce n’est pas sur le carburant que les distributeurs font leurs marges. » Dans une déclaration cinglante prononcée jeudi 6 mai 2026 lors d’une conférence de presse à Paris, Judith Jiguet, déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), a directement visé les raffineurs, au lendemain de la publication de chiffres officiels sur l’évolution des prix des carburants. Selon BFM Business, ces données gouvernementales révèlent qu’en avril 2026, sur un plein de gazole de 50 litres facturé 112 euros au consommateur, la marge nette de la distribution ne s’élève qu’à environ 1,50 euro.
Ce qu'il faut retenir
- En avril 2026, un plein de gazole de 50 litres coûtait 112 euros au consommateur, dont seulement 1,50 euro de marge nette pour les distributeurs, selon les chiffres du gouvernement cités par la FCD.
- La FCD accuse les raffineurs, et non les distributeurs, de profiter de la crise des carburants, pointant leurs marges élevées comme principal facteur de hausse des prix.
- Judith Jiguet, déléguée générale de la FCD, dénonce un « discours de fantasme de la marge » du gouvernement, destiné selon elle à détourner l’attention des taxes.
- Le ministère de l’Économie a confirmé que les marges brutes des distributeurs n’ont pas explosé malgré le record des prix de l’essence, en réponse à la flambée des cours du pétrole depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
- La FCD rejette toute réouverture générale des négociations commerciales avec les fournisseurs agroalimentaires, sauf pour quelques produits comme les sacs-poubelle ou le papier toilette.
- Un rendez-vous est prévu lundi 12 mai 2026 au ministère de l’Agriculture pour discuter d’une éventuelle reprise des négociations suspendues en raison de la hausse des coûts des emballages et des matières premières.
Des marges distribuées sous contrôle, selon les chiffres officiels
Les données publiées par le gouvernement et relayées par la FCD confirment que la grande distribution ne profite pas de la hausse des prix des carburants. « Les marges ont été tenues », a souligné Judith Jiguet, rappelant que les distributeurs ne sont pas les acteurs qui bénéficient le plus de la crise actuelle. En avril 2026, alors que le prix du gazole atteignait des niveaux records depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, la marge nette des stations-service et des grandes surfaces spécialisées est restée marginale.
Cette position tranche avec les accusations répétées des autorités, qui ont passé « deux mois et demi » à scruter les marges des distributeurs. Pour la FCD, il est temps que l’exécutif se tourne vers les raffineurs, dont les profits ont été pointés du doigt ces derniers mois. « Ceux qui font leur marge, ce sont les indépendants ou les majors », a-t-elle martelé, visant explicitement des groupes comme TotalEnergies, dont les résultats du premier trimestre 2026 ont montré des bénéfices records.
Un débat relancé par les profits des majors et la hausse des taxes
La polémique sur la répartition des marges dans la filière carburant n’est pas nouvelle, mais elle s’est intensifiée avec la flambée des prix à la pompe et la publication de résultats financiers exceptionnels par certains acteurs. Selon le ministère de l’Économie, les marges brutes des distributeurs sont restées stables, voire en légère baisse, malgré la hausse des cours du pétrole brut. Une situation qui contredit l’idée d’une spéculation généralisée au niveau des stations-service. — En toile de fond, les taxes représentent une part croissante du prix final des carburants. Entre la TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) et la TVA, l’État capte une part significative du prix payé par le consommateur, ce que la FCD met en avant pour expliquer la pression sur le pouvoir d’achat.
Négociations commerciales agroalimentaires : pas de feu vert généralisé
Parallèlement au dossier des carburants, la FCD a abordé la question des négociations commerciales entre distributeurs et fournisseurs agroalimentaires, traditionnellement âpres et tendues. Ces discussions, qui déterminent les prix en rayon, se sont achevées juste avant l’éclatement du conflit au Moyen-Orient, lequel a entraîné une hausse des coûts des emballages, des engrais et du gazole agricole. — Interrogée sur une éventuelle réouverture de ces négociations, Judith Jiguet a indiqué avoir « fait le tour de ses adhérents » : selon elle, il n’existe pas de demande généralisée en ce sens, « hormis sur les sacs-poubelle et le papier toilette ». Ces produits, dont les coûts ont fortement augmenté en raison de la hausse des matières premières, pourraient faire l’objet d’un ajustement spécifique.
Une réunion ministérielle prévue pour relancer les discussions
Face à cette situation, un rendez-vous est organisé lundi 12 mai 2026 au ministère de l’Agriculture. L’objectif ? Évaluer la possibilité de reprendre les négociations commerciales suspendues en raison de la crise économique actuelle. « Un rendez-vous est prévu lundi au ministère de l’Agriculture pour évoquer une éventuelle reprise de ces négociations », a rappelé la FCD, sans préciser si un accord était envisageable à court terme.
Cette rencontre intervient dans un contexte où les acteurs de la grande distribution et les industriels sont sous tension, certains secteurs subissant des hausses de coûts bien supérieures à l’inflation générale. La question des prix en rayon, et donc du pouvoir d’achat des ménages, reste un enjeu politique majeur à six mois des élections législatives.
Si la question des carburants reste un sujet de tension sociale et politique, elle s’inscrit dans un débat plus large sur la répartition des coûts de la transition énergétique et la fiscalité environnementale. Les prochains mois diront si les mesures prises par les pouvoirs publics suffiront à apaiser les inquiétudes des consommateurs et des professionnels.
Selon les chiffres du gouvernement cités par la FCD, les marges nettes des distributeurs sont minimes (1,50 euro sur un plein de 50 litres à 112 euros), tandis que les raffineurs, comme TotalEnergies, affichent des profits records. La fédération estime donc que la hausse des prix à la pompe provient davantage de la fixation des prix en amont par les raffineurs que des marges des stations-service.
Le prix final des carburants en France est fortement impacté par la TICPE (Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques) et la TVA. Ces deux taxes représentent une part significative du coût à la pompe, ce qui limite la marge de manœuvre des distributeurs sur les prix affichés.