D’après Le Monde, les tensions entre les États-Unis et le Mexique prennent une nouvelle dimension sous l’administration Trump. Dans un entretien accordé au quotidien, Carlos Perez Ricart, politiste spécialisé dans les relations internationales, dénonce l’instrumentalisation de la justice américaine pour servir des objectifs politiques, notamment en Amérique latine.
Ce qu'il faut retenir
- Carlos Perez Ricart, politiste, affirme que les États-Unis utilisent la lutte antidrogue comme un outil de politique étrangère sous Donald Trump.
- Cette stratégie permet à Washington d’intervenir légalement en Amérique latine, selon ses déclarations.
- La présidente mexicaine Claudia Scheinbaum serait particulièrement exposée à cette pression.
- Les tensions entre les deux pays s’inscrivent dans un contexte de renforcement des relations de pouvoir.
Une justice américaine détournée à des fins politiques
Selon Carlos Perez Ricart, l’administration Trump n’hésite pas à mobiliser le système judiciaire américain pour étendre son influence en Amérique latine. « Derrière la lutte affichée contre le narcotrafic, Donald Trump utilise la justice américaine comme un instrument de politique étrangère », déclare-t-il. Cette approche, qui se présente sous couvert de coopération internationale, permet à Washington d’intervenir dans les affaires intérieures de ses voisins, un mécanisme que le politiste qualifie de « chantage permanent ».
Cette stratégie repose notamment sur des enquêtes judiciaires menées aux États-Unis contre des acteurs mexicains, qu’ils soient publics ou privés. Ces procédures, bien que légales, sont perçues comme une forme d’ingérence déguisée. « Le Mexique se retrouve sous une pression constante, où chaque décision politique peut être remise en cause par des poursuites judiciaires transfrontalières », précise-t-il.
Claudia Scheinbaum, cible d’une stratégie de pression
Le politiste souligne que la présidente mexicaine Claudia Scheinbaum, en poste depuis décembre 2024, fait face à un environnement particulièrement hostile. « Elle est soumise à un chantage permanent des États-Unis », affirme-t-il. Cette pression s’exerce à travers des poursuites judiciaires ciblant des personnalités proches du pouvoir ou des entreprises mexicaines, souvent accusées de corruption ou de blanchiment d’argent.
Les relations entre les deux pays, déjà tendues par des divergences économiques et migratoires, se compliquent davantage avec cette tactique. Perez Ricart rappelle que le Mexique, en tant que partenaire commercial majeur des États-Unis, est particulièrement vulnérable à ce type de mesures coercitives. « C’est une manière pour Washington de rappeler qui détient l’avantage dans cette relation asymétrique », explique-t-il.
Un contexte géopolitique déjà fragilisé
Ces révélations interviennent dans un contexte où les tensions entre les États-Unis et l’Amérique latine se multiplient. Depuis le début du mandat de Trump, les relations avec plusieurs pays de la région se sont dégradées, notamment sur les questions migratoires et commerciales. Le Mexique, en première ligne, subit les conséquences de cette politique agressive.
Carlos Perez Ricart rappelle que cette stratégie n’est pas nouvelle, mais qu’elle prend une ampleur inédite sous la présidence Trump. « L’administration américaine a toujours utilisé des leviers juridiques pour influencer ses voisins, mais aujourd’hui, c’est systématique », note-t-il. Cette approche s’inscrit dans une logique de « realpolitik » où la coopération internationale est subordonnée aux intérêts nationaux.
Reste à voir si cette instrumentalisation de la justice américaine parviendra à ses fins. Pour l’instant, elle alimente un climat de méfiance qui dépasse largement le cadre bilatéral.