Strasbourg a accueilli ce mardi 19 mai 2026 la première cérémonie de remise de l’Ordre européen du Mérite, un événement organisé par le Parlement européen pour honorer vingt personnalités engagées en faveur de l’Union européenne. Selon Euronews FR, cette initiative, lancée à l’occasion du 75e anniversaire de la déclaration Schuman, a pris une tournure largement nostalgique, avec une majorité de lauréats issus d’une époque révolue.

Ce qu'il faut retenir

  • La cérémonie a récompensé 20 personnalités, mais seulement 13 lauréats étaient présents à Strasbourg pour la remise des distinctions.
  • Parmi les figures honorées figuraient Angela Merkel et Lech Wałęsa, tandis que des personnalités contemporaines comme Volodymyr Zelensky, Bono ou Giannis Antetokounmpo ont décliné l’invitation.
  • L’hymne européen a retenti devant une scène symbolisant « un continent qui vieillit », selon les observateurs présents.
  • Angela Merkel a reconnu que l’UE était « très loin » des promesses de paix et de prospérité de ses débuts, sous les applaudissements mitigés des députés.
  • Les discours les plus percutants sont venus de lauréats actuels, comme Maia Sandu (présidente de Moldavie) et Oleksandra Matviïtchouk (avocate ukrainienne), qui ont rappelé l’attachement de leurs concitoyens aux valeurs européennes.
  • Plusieurs participants ont souligné un déséquilibre dans le choix des lauréats, jugés trop centrés sur le passé.

L’événement, organisé dans l’hémicycle du Parlement européen, devait marquer une passerelle entre les « poids lourds » ayant façonné l’UE et les nouvelles figures appelées à porter son avenir. Pourtant, Euronews FR relève que la soirée a surtout mis en lumière un passé glorifié, au détriment d’une représentation équilibrée des générations.

Un hommage déséquilibré entre passé et présent

Sur les vingt lauréats désignés, treize seulement se sont déplacés pour recevoir leur distinction des mains de Roberta Metsola, présidente du Parlement européen. Parmi eux, une majorité d’anciens dirigeants ou figures historiques : Angela Merkel, l’ex-chancelière allemande, Lech Wałęsa, ancien président polonais, ou encore Javier Solana, ancien haut représentant pour la politique étrangère de l’UE. Leur présence a donné à la cérémonie une atmosphère de célébration des « vieux souvenirs », comme le note Euronews FR.

À l’inverse, les personnalités contemporaines, censées incarner l’avenir de l’Europe, étaient quasi absentes. Volodymyr Zelensky, décoré de la plus haute distinction de l’Ordre, n’a pas fait le déplacement. Bono (U2), le chef José Andrés ou le basketteur Giannis Antetokounmpo ont également décliné l’invitation, selon Euronews FR. Un choix qui interroge sur la capacité de l’UE à célébrer des engagements actuels et inspirants.

Des discours contrastés entre nostalgie et réalisme

L’ancienne dirigeante allemande n’a pas mâché ses mots. « Pour être honnête, nous sommes très loin de ces promesses » de paix, de prospérité et de démocratie qui ont accompagné la fondation de l’UE, a-t-elle déclaré, sous les applaudissements tièdes d’une partie des députés présents. Son intervention a révélé les tensions autour de son héritage politique, certains eurodéputés contestant ouvertement son bilan.

D’autres allocutions ont adopté un ton plus optimiste. Javier Solana a rappelé le rôle de médiateur joué par l’Europe dans les conflits internationaux, tandis que Jerzy Buzek, ancien président du Parlement européen, a décrit l’UE comme « un rêve » et « un jeu d’imagination ». Pourtant, ces discours, bien que souriants, semblaient tous ancrés dans une grandeur passée, difficile à projeter dans le contexte géopolitique actuel.

Un contraste saisissant avec les prises de parole de deux lauréates contemporaines. Maia Sandu, présidente de Moldavie, a raconté comment son peuple a choisi l’Europe « malgré les menaces russes ». De son côté, Oleksandra Matviïtchouk, avocate ukrainienne des droits humains, a lancé en larmes : « Europe, nous sommes de retour. » Ces mots, prononcés au nom de l’Ukraine, ont marqué la cérémonie par leur émotion brute, loin des commémorations convenues des anciens dirigeants.

Une cérémonie jugée déconnectée des citoyens

Alors que la soirée s’achevait dans une ambiance de retrouvailles entre personnalités du passé, un eurodéputé anonyme confiait à Euronews FR : « Ces récompenses me semblent servir surtout à ceux qui les décernent et être déconnectées du ressenti des gens ordinaires. » Une critique que partage un responsable du Parlement européen, interrogé par le média. Selon lui, les gouvernements des États membres ont souvent privilégié des candidats ayant joué un rôle clé dans l’adhésion ou l’intégration de leur pays, plutôt que des profils incarnant les défis actuels de l’UE.

« Il faudrait probablement, l’an prochain, un meilleur équilibre entre les lauréats », a estimé ce responsable, soulignant que l’Ordre européen du Mérite vise à « honorer des actes de courage et d’inspiration » pour inspirer d’autres Européens. Un objectif louable, mais qui semble s’être heurté à la réalité de cette première édition, où le passé a largement éclipsé le présent.

Et maintenant ?

Pour sa deuxième édition, l’Ordre européen du Mérite pourrait revoir sa méthode de sélection afin d’intégrer davantage de profils contemporains. La présidence française du Conseil de l’UE, qui s’achèvera en décembre 2026, pourrait être l’occasion de réorienter cette distinction vers des enjeux plus actuels, comme la transition écologique ou la résilience face aux crises géopolitiques. Reste à voir si les États membres sauront saisir cette opportunité pour donner un nouveau souffle à cette initiative.

Lancé à l’occasion du 75e anniversaire de la déclaration Schuman – texte fondateur de l’unité européenne –, l’Ordre du Mérite devait symboliser la capacité de l’UE à célébrer ses valeurs et à inspirer ses citoyens. Pourtant, pour certains observateurs, cette première édition a surtout révélé un décalage entre les symboles d’hier et les défis de demain.

Alors que l’Europe fait face à des remises en question internes et externes – montée des populismes, guerre en Ukraine, tensions migratoires –, la question de sa légitimité et de son attractivité se pose avec une acuité nouvelle. La cérémonie de Strasbourg, avec ses têtes grisonnantes et ses discours nostalgiques, aura au moins eu le mérite de poser ce débat.

Selon le Parlement européen, l’Ordre du Mérite récompense des « actes de courage et d’inspiration » qui peuvent servir d’exemples pour les autres Européens. En pratique, les États membres proposent des candidats, souvent des personnalités ayant joué un rôle clé dans l’adhésion ou l’intégration de leur pays à l’UE, ou des figures historiques marquantes. Les profils contemporains, comme des militants, entrepreneurs ou artistes, semblent moins représentés dans cette première édition.

Volodymyr Zelensky, décoré de la plus haute distinction de l’Ordre, incarne la résistance ukrainienne face à l’invasion russe. Sa présence aurait symbolisé l’adhésion de l’Ukraine aux valeurs européennes, en pleine guerre. Son absence a été perçue comme un manque de représentation des enjeux actuels de l’UE, où la guerre aux portes de l’Europe reste une préoccupation majeure.