Le producteur et écrivain Jean Nainchrik a défendu avec force, ce mercredi 20 mai 2026, le rôle central de Canal Plus dans le financement du cinéma français lors d’un entretien accordé à la Matinale de Franceinfo. Selon Franceinfo – Culture, cette intervention s’inscrit dans un contexte de tensions accrues autour de la place de la chaîne cryptée dans l’écosystème cinématographique, alors que des professionnels du secteur expriment des craintes liées à la concentration des médias et à une possible influence éditoriale de Vincent Bolloré, propriétaire de Vivendi qui contrôle Canal Plus.

Ce qu'il faut retenir

  • 135 millions d’euros investis par Canal Plus dans le cinéma en 2025, soit près de 104 films accompagnés – un financement qui représente près de la moitié des 290 films agréés en France l’an dernier.
  • Canal Plus reste le premier financeur privé du cinéma français, devant tous les autres acteurs du secteur.
  • Jean Nainchrik, producteur de plus de 150 films, affirme que sans Canal Plus, certains projets « n’auraient pas pu voir le jour ».
  • Une tribune signée par des personnalités du cinéma alerte sur les risques d’une mainmise éditoriale, bien que les signataires ne remettent pas en cause Canal Plus en tant que telle.
  • À Cannes, l’ambiance est électrique : certains films projetés suscitent des réactions contrastées lors de leur présentation, entre applaudissements et sifflets en présence des logos de financeurs.

Un financement vital pour un secteur en péril

Interrogé par Jean-Baptiste Marteau, Jean Nainchrik a rappelé l’importance vitale de Canal Plus pour l’industrie cinématographique française. « Je crois qu’il faut apaiser tout ça, parce que Canal Plus est absolument indispensable à l’existence du cinéma français », a-t-il déclaré. Selon ses chiffres, la chaîne a consacré 135 millions d’euros à la production cinématographique en 2025, un montant qui a permis la réalisation de 104 films, soit un film sur deux agréés en France l’année dernière. « Le cinéma français est le troisième au monde, et Canal Plus participe largement à son existence », a-t-il souligné.

Pour illustrer son propos, le producteur a évoqué son propre film, dont la sortie est prévue à l’automne 2026. « J’ai eu besoin de Canal Plus pour monter ce projet. Sans eux, le film n’aurait pas pu se faire », a-t-il expliqué. Il a également reconnu que, bien que d’autres financeurs comme France Télévisions soient impliqués, « ça ne suffit pas ». Canal Plus comble ainsi un vide structurel dans le financement des œuvres, un rôle que personne d’autre ne peut jouer à cette échelle.

Les craintes d’une influence éditoriale malgré la diversité des projets

Les tensions actuelles trouvent leur origine dans la reprise en main de Canal Plus par Vincent Bolloré, dont le groupe Vivendi possède désormais la chaîne. Une tribune signée par plusieurs personnalités du cinéma, dont certains présents à Cannes, a récemment alerté sur les risques d’une dérive éditoriale. « On ne critique pas Canal Plus, mais Vincent Bolloré », a précisé Jean-Matthieu Perrin, soulignant que la pétition visait davantage la gouvernance que l’entreprise elle-même.

Murielle Rousselin, présente sur la Croisette, a confirmé cette nuance. « Les signataires ne remettent pas en cause les équipes de Canal Plus, mais craignent une possible influence sur les scénarios », a-t-elle indiqué. Pourtant, les chiffres et les exemples montrent une grande diversité des projets soutenus. « Depuis 1985, année de création de Canal Plus, la chaîne a permis au cinéma français de tenir son rang mondial. Il n’y a pas de liste noire, pas de censure systématique », a rappelé Jean Nainchrik. « La variété des films est totale, et cette peur est peut-être irrationnelle. Il n’y a pas de feu au lac. »

Sur le terrain, l’ambiance à Cannes reflète cette division. Certains professionnels, interrogés lors des conférences de presse ou des projections, réagissent avec hostilité en voyant les logos de Canal Plus défiler avant le début des films. « On observe soit un silence de plomb, soit des huées, parfois même des applaudissements en réponse », a détaillé Murielle Rousselin. Une atmosphère qui tranche avec la diversité des œuvres présentées.

Un équilibre fragile entre financement et liberté artistique

Le débat dépasse le simple cadre de Canal Plus. Il interroge plus largement le modèle de financement du cinéma français, de plus en plus dépendant des grands groupes médiatiques. « Canal Plus a besoin du cinéma, et le cinéma a besoin de Canal Plus », a rappelé Jean Nainchrik. Pourtant, la concentration des médias sous l’égide de Vincent Bolloré soulève des questions légitimes : jusqu’où peut-on aller sans risquer de sacrifier la liberté créatrice au profit d’une logique industrielle ?

Les signataires de la tribune, parmi lesquels des réalisateurs et scénaristes primés comme Justine Triet, n’ont pas pour autant appelé au boycott de Canal Plus. Leur objectif est avant tout préventif : alerter sur les dérives possibles sans remettre en cause le financement indispensable de la chaîne. « On ne peut pas se passer de Canal Plus, mais on peut craindre que demain, certains sujets ou certains angles ne soient plus acceptés », a glissé l’un d’eux, cité par Franceinfo – Culture.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient voir se préciser les contours d’un compromis entre les producteurs, les réalisateurs et la direction de Canal Plus. Une réunion est prévue début juin avec les principaux syndicats du cinéma pour discuter des garanties à apporter sur l’indépendance éditoriale. Dans l’immédiat, la question reste ouverte : le modèle actuel, basé sur une poignée de financeurs dominants, est-il viable à long terme sans risquer d’étouffer la diversité qui fait la force du cinéma français ?

Jean Nainchrik, lui, reste convaincu que la solution passe par un dialogue apaisé. « Il faut dédramatiser. Canal Plus est un acteur clé, mais il ne faut pas en faire un bouc émissaire. Le vrai sujet, c’est de trouver un équilibre pour que le cinéma continue de vivre, de se renouveler et de surprendre. »

Canal Plus est le premier financeur privé du cinéma français, avec 135 millions d’euros investis en 2025 et 104 films accompagnés, soit près de la moitié des projets agréés. Sans son soutien, de nombreux films, comme celui cité par Jean Nainchrik, n’auraient pas pu être produits.

Les signataires d’une tribune récente craignent une influence éditoriale de Vincent Bolloré, propriétaire de Vivendi qui contrôle Canal Plus. Ils redoutent que certains sujets ou angles ne soient plus acceptés, sans pour autant remettre en cause le rôle indispensable de la chaîne dans le financement.