Un nouveau cycle de violences en Cisjordanie, marqué par des affrontements meurtriers entre colons israéliens et Palestiniens, alimente les craintes d’une troisième intifada. Selon Courrier International, ces événements surviennent dans un contexte où les tensions intercommunautaires atteignent un niveau critique, au point que certains observateurs israéliens évoquent une escalade délibérée, encouragée par les actions du gouvernement en place.
Ce qu'il faut retenir
- Une vingtaine de colons israéliens pénètrent illégalement dans le village palestinien de Tell, près de Naplouse, le 24 juillet 2025, déclenchant des affrontements ayant causé la mort de deux Israéliens et quatre Palestiniens.
- Des groupes de colons lancent des représailles en incendiant deux mosquées, des habitations et des véhicules dans plusieurs villages palestiniens.
- L’analyse de Nahum Barnea, dans le quotidien israélien Yediot Aharonot, souligne que ces violences ne sont pas des incidents isolés mais s’inscrivent dans une stratégie délibérée.
- Le gouvernement israélien, incluant le Premier ministre Benyamin Nétanyahou et les ministres Bezalel Smotrich, Israël Katz et Itamar Ben Gvir, est pointé du doigt pour son inaction face à ces provocations.
- Des voix au sein de l’armée israélienne (Tsahal) sont critiquées pour leur passivité, qualifiée de « cacher sa tête dans le sable » par l’analyste.
Un week-end de violences aux conséquences dramatiques
Le 24 juillet 2025, une vingtaine de colons israéliens ont pénétré dans le village de Tell, situé près de Naplouse, en violation des règles d’accès à cette zone placée sous l’autorité de l’Autorité palestinienne. Selon les autorités locales, ces colons ont été accueillis par des habitants palestiniens, donnant lieu à des échanges de tirs au cours desquels deux Israéliens et quatre Palestiniens ont perdu la vie. Cet incident, bien que localisé, a servi de détonateur à une série de représailles immédiates.
Dans les heures qui ont suivi, des groupes de colons ont mené des attaques ciblées contre plusieurs villages palestiniens. Parmi les cibles figuraient des lieux de culte : deux mosquées ont été incendiées, tandis que des habitations et des véhicules ont également été la proie des flammes. Ces actes, qualifiés de « représailles » par leurs auteurs, ont été condamnés par la communauté internationale, mais aucune mesure concrète n’a encore été prise pour les stopper, d’après les observateurs.
Une escalade attribuée à une stratégie gouvernementale
Dans une analyse publiée par Yediot Aharonot et reprise par Courrier International, le journaliste Nahum Barnea avance une thèse audacieuse : ces violences ne seraient pas le fruit du hasard, mais s’inscriraient dans une logique calculée. « La troisième intifada, si elle éclate, sera différente des deux précédentes : ce sera la première à naître conformément à la vision du gouvernement israélien », écrit-il. Selon lui, certains responsables politiques « sèment le vent dans l’espoir de récolter la tempête ».
Barnea critique ouvertement l’attitude de l’armée israélienne (Tsahal), qualifiée de « souveraine légale en Cisjordanie », mais accusée de « choisir d’enfouir sa tête dans le sable ». Pour l’analyste, les événements récents ne relèvent ni d’un fait divers ni d’une série d’incidents isolés, mais bien d’une stratégie organisée. « Il ne s’agit ni d’une simple excursion, ni d’un attentat, ni d’une sortie non coordonnée, ni simplement d’une bande de délinquants », insiste-t-il.
Un gouvernement israélien sous le feu des critiques
Le gouvernement dirigé par Benyamin Nétanyahou se trouve au cœur des controverses. Outre le Premier ministre, les ministres Bezalel Smotrich (Finances), Israël Katz (Défense) et Itamar Ben Gvir (Sécurité nationale) ont été cités parmi les décideurs dont les politiques sont pointées du doigt. Ces responsables, souvent associés à une ligne dure envers les Palestiniens, sont accusés de tolérer, voire d’encourager, les actions des colons radicaux.
Lors d’une séance plénière à la Knesset le 23 juillet 2025 — la veille des affrontements à Tell —, ces quatre figures politiques étaient réunies, un détail qui n’a pas échappé aux observateurs. Leur présence conjointe, alors que les tensions en Cisjordanie atteignaient un paroxysme, a été interprétée comme un signe de soutien tacite aux colons. Aucune déclaration officielle n’a depuis été faite pour condamner les violences commises par ces derniers.
Un contexte régional déjà explosif
Ces événements surviennent dans un environnement déjà extrêmement tendu au Proche-Orient. La Cisjordanie, territoire palestinien occupé depuis 1967, est le théâtre régulier d’affrontements entre colons israéliens et Palestiniens, mais l’ampleur des violences actuelles suscite des craintes d’embrasement à plus grande échelle. Les deux précédentes intifadas — en 1987 et en 2000 — avaient été marquées par des soulèvements massifs de la population palestinienne, avec des conséquences humaines et politiques désastreuses.
L’hypothèse d’une troisième intifada, évoquée par certains médias israéliens, repose sur plusieurs facteurs : la radicalisation croissante des colons, la fragmentation du leadership palestinien et l’affaiblissement des mécanismes de médiation internationaux. Pour l’heure, les autorités israéliennes semblent prises au piège entre la nécessité de répondre à la pression des colons et le risque d’une escalade incontrôlable.
Reste à savoir si la communauté internationale parviendra à imposer une désescalade. Les États-Unis et l’Union européenne, traditionnellement impliqués dans les négociations de paix, n’ont pas encore réagi publiquement avec la fermeté attendue. Leur silence pourrait être interprété comme un signal d’impuissance, alimentant les craintes d’un embrasement généralisé.
La Cisjordanie est un territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967. Son statut reste un point de friction majeur dans le conflit israélo-palestinien, en raison de la colonisation israélienne, des restrictions de mouvement imposées aux Palestiniens et de la division des zones administratives. Les violences y sont récurrentes, mais leur intensité actuelle alerte sur un risque d’embrasement.
Une troisième intifada pourrait entraîner une escalade des violences à grande échelle, avec des répercussions humanitaires majeures, une radicalisation accrue des deux côtés du conflit et une destabilisation régionale. Elle pourrait également compliquer toute reprise des négociations de paix, déjà au point mort depuis des années.