D’après BMF - International, le vice-président américain JD Vance a estimé ce jeudi 3 septembre 2026 que le conflit opposant Washington à Téhéran ne constituait pas « une guerre », tout en affirmant que la situation dans le détroit d’Ormuz, artère stratégique pour le transport d’hydrocarbures, était « presque » revenue à la normale. Une prise de position qui intervient alors que les tensions entre les deux pays restent vives, malgré un accord de paix signé mi-juin et des frappes américaines récentes ayant fait plusieurs victimes.
Ce qu'il faut retenir
- JD Vance a qualifié le conflit de « non-guerre », bien que des échanges de tirs aient eu lieu ces derniers jours.
- Le passage dans le détroit d’Ormuz, verrouillé par l’Iran en mars, affiche une reprise partielle du trafic, selon les autorités américaines.
- Les États-Unis revendiquent désormais 30 à 40 navires transitant chaque nuit, contre moins de 10 en moyenne après le blocage iranien.
- Un accord de paix signé mi-juin a permis un rebond temporaire à 36 transits par jour, avant une rechute à 15 depuis le 8 juillet.
- Les données de Kpler révèlent que les deux tiers des navires sont désormais « fantômes » ou non identifiés, contre moins de 1 % avant le conflit.
Une rhétorique américaine qui cherche à désamorcer les tensions
Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, JD Vance, 42 ans, a tenté de minimiser l’ampleur des hostilités entre les deux pays. « Je n’appellerais pas ça une guerre. En ce moment, il n’y a pas d’échange de tirs », a-t-il déclaré, alors que Washington a mené deux frappes contre des cibles iraniennes ces derniers jours. La première de ces attaques, qualifiée de « disproportionnée » par Téhéran, a fait quatre morts lors d’un mariage, un bilan que JD Vance a qualifié de « peu fiable » en raison, selon lui, de la « désinformation » des médias d’État iraniens. Les États-Unis ont toutefois indiqué mener « une enquête approfondie » sur cet incident.
Cette posture s’inscrit dans un contexte électoral tendu aux États-Unis, où les législatives approchent. Le président Donald Trump, dont les propos sur une possible fin du conflit avaient été relayés par le Wall Street Journal, n’a pas encore tranché, mais la Maison Blanche insiste sur la reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz comme preuve d’une désescalade. Un argument qui contraste avec les données de Kpler, une plateforme spécialisée dans le suivi des flux maritimes, qui montrent une situation encore fragile.
Un détroit d’Ormuz partiellement rouvert, mais toujours sous haute tension
Si JD Vance et Donald Trump mettent en avant une amélioration significative du trafic dans le détroit d’Ormuz, les chiffres bruts racontent une autre histoire. Selon le ministère américain de l’Énergie, 17 millions de barils de pétrole auraient transité par le détroit le lundi 1er septembre, un volume que Donald Trump a jugé « proche » des 20 millions enregistrés avant le début du conflit. Sur Truth Social, le président a partagé un graphique indiquant même 18 millions de barils quotidiens, un chiffre contesté par certains experts.
Les données de Kpler, analysées par l’AFP, révèlent en revanche une réalité plus contrastée. Après le blocage iranien du 1er mars, le trafic est tombé à une moyenne de 10 transits par jour en mars, contre 95 en février. Un rebond temporaire à 36 transits a été observé après l’accord de paix de mi-juin, avant une nouvelle chute à 15 entre le 8 juillet et le 22 août. Depuis, les deux tiers des navires sont désormais considérés comme « fantômes » – c’est-à-dire sans itinéraire confirmé – contre moins de 1 % avant le conflit. « Il s’agit de navires repérés de part et d’autre du détroit, mais dont l’itinéraire exact ne peut être confirmé en raison de transpondeurs désactivés, de signaux brouillés ou d’images satellites manquantes », explique Kpler.
Des déclarations américaines qui contrastent avec les tensions persistantes
Malgré les efforts de Washington pour présenter une image de normalisation, les risques de reprise des hostilités restent élevés. Téhéran a maintes fois menacé de « représailles » après les frappes américaines, et l’Iran continue de revendiquer sa souveraineté sur le détroit d’Ormuz, une zone qu’il considère comme un « corridor national ». Les États-Unis, de leur côté, affirment exercer un « grand contrôle » sur ce passage, comme l’a souligné Donald Trump dans un entretien accordé à la chaîne conservatrice britannique GB News : « Nous avons un grand contrôle sur le détroit d’Ormuz. Nous faisons passer 30, 40 navires par nuit. »
Cette rhétorique américaine intervient alors que le conflit entre dans sa sixième mois, loin des quelques semaines initialement évoquées par Donald Trump en mars. JD Vance a d’ailleurs refusé de se prononcer sur une date de fin des hostilités, rappelant que la situation restait « extrêmement volatile ». Les observateurs soulignent que les déclarations des responsables américains pourraient aussi servir à rassurer les marchés, alors que le prix du baril de pétrole reste sensible aux tensions géopolitiques dans la région.
Quant à l’évolution politique interne aux États-Unis, les propos de JD Vance pourraient être interprétés comme une tentative de rassurer l’électorat avant les législatives. Reste à savoir si cette stratégie parviendra à apaiser les craintes d’une escalade, ou si elle sera perçue comme une minimisation excessive des risques par les observateurs internationaux.
Le détroit d’Ormuz est le principal point de passage pour l’exportation du pétrole du Golfe, avec environ un tiers du pétrole mondial transitant par cette zone. Son blocage, comme celui opéré par l’Iran en mars 2026, aurait des répercussions majeures sur les prix de l’énergie et l’économie mondiale. Pour les États-Unis, contrôler ce passage signifie aussi limiter l’influence iranienne dans la région.