Ancienne secrétaire d’État chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique sous le gouvernement Castex, Clara Chappaz a récemment pris les rênes d’une mission ambitieuse : renforcer l’écosystème technologique français dans le domaine de l’intelligence artificielle. Selon Libération, cette figure politique désormais tournée vers le secteur privé incarne une volonté de faire de la France un acteur majeur de l’IA en Europe. Un pari qui s’inscrit dans un contexte où les enjeux technologiques et géopolitiques se mêlent de plus en plus étroitement.

Ce qu'il faut retenir

  • Clara Chappaz, ex-secrétaire d’État à l’IA et au Numérique (2022-2024), occupe désormais un rôle clé dans le développement de l’écosystème français de l’intelligence artificielle
  • Son ambition : positionner la France comme un leader européen en matière d’IA, en s’appuyant sur des initiatives publiques et privées
  • Elle intervient dans un secteur en pleine expansion, où la concurrence internationale, notamment avec les États-Unis et la Chine, reste intense
  • Son parcours illustre la porosité croissante entre sphères politique et technologique en France

Un parcours politique marqué par l’innovation

Clara Chappaz a rejoint le gouvernement en juillet 2022, en pleine relance post-Covid, avec pour mission de structurer une politique publique autour du numérique et de l’intelligence artificielle. Comme le rapporte Libération, elle a notamment œuvré pour le développement de stratégies nationales, comme la feuille de route « France 2030 », qui consacre près de 2,5 milliards d’euros à l’IA et aux technologies émergentes. Son action s’est aussi concentrée sur la formation des talents et l’attractivité des entreprises françaises dans ce domaine.

Son passage au ministère s’est accompagné d’une volonté de rapprocher les acteurs publics et privés, une approche qu’elle poursuit aujourd’hui. « Il ne suffit pas d’investir dans la recherche, il faut aussi créer les conditions pour que ces innovations se transforment en emplois et en entreprises compétitives », a-t-elle déclaré lors d’un colloque en mars 2025. Une vision qui résonne alors que la France cherche à rattraper son retard sur les États-Unis et la Chine, leaders mondiaux du secteur.

L’IA française face à une concurrence mondiale accrue

Avec un marché mondial de l’IA estimé à plus de 500 milliards de dollars en 2026, selon les projections de l’OCDE, la course à l’innovation s’intensifie. D’après Libération, Clara Chappaz mise sur des secteurs clés comme la santé, la finance ou l’industrie 4.0 pour doper la compétitivité française. Son objectif affiché : faire émerger au moins trois « licornes » (start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars) spécialisées dans l’IA d’ici 2027. Pour y parvenir, elle plaide pour un écosystème plus intégré, où les laboratoires de recherche, les incubateurs et les grands groupes collaborent étroitement.

Cette stratégie s’appuie sur des dispositifs existants, comme les « Pôles de compétitivité » ou le fonds « France 2030 », mais aussi sur des partenariats internationaux. « L’enjeu n’est pas seulement technologique, mais aussi géopolitique, souligne-t-elle. Si l’Europe veut peser, elle doit mutualiser ses forces et éviter les divisions entre États membres. » Une prise de position qui intervient alors que l’Union européenne finalise son règlement sur l’IA (AI Act), un texte censé encadrer le développement de ces technologies.

Un positionnement entre public et privé

Depuis son départ du gouvernement en 2024, Clara Chappaz a multiplié les interventions dans des événements dédiés à l’innovation, tout en intégrant des conseils d’administration d’entreprises technologiques. Son profil hybride, à la fois politique et entrepreneuriale, en fait une interlocutrice privilégiée pour les acteurs du secteur. Selon Libération, elle a récemment rejoint le board de « Mistral AI », une start-up française spécialisée dans les grands modèles de langage, considérée comme l’un des espoirs du pays dans l’IA générative.

Ce mélange des genres interroge certains observateurs, pour qui la frontière entre régulation publique et intérêts privés pourrait devenir floue. « Le risque serait de voir l’IA française devenir l’otage d’intérêts particuliers, au détriment de l’intérêt général », analyse un chercheur du CNRS cité par le quotidien. Clara Chappaz balaie ces critiques en insistant sur sa « déontologie irréprochable » et son attachement à des « valeurs d’ouverture et de transparence ».

Et maintenant ?

D’ici la fin 2026, plusieurs échéances pourraient redessiner le paysage de l’IA française. Le gouvernement doit publier un bilan intermédiaire de la stratégie « France 2030 », tandis que l’Union européenne devrait finaliser les premières applications de son AI Act. Par ailleurs, les résultats des premières levées de fonds des start-up soutenues par Clara Chappaz seront scrutés de près. Autant dire que les six prochains mois s’annoncent décisifs pour savoir si la France parviendra à tenir ses promesses dans un domaine où le temps joue contre elle.

À plus long terme, son rôle pourrait aussi évoluer vers une fonction de lobbying international, notamment pour promouvoir le modèle européen de l’IA, souvent présenté comme plus éthique et régulé que celui de ses concurrents américains ou chinois. Pour l’heure, Clara Chappaz reste concentrée sur son objectif immédiat : « Bâtir un écosystème où chaque euro public génère dix euros de valeur privée. » Une équation qui résume à elle seule les défis et les espoirs de l’IA française en 2026.

Selon Libération, Clara Chappaz identifie trois défis majeurs : le financement des start-up, l’attractivité des talents face à la concurrence internationale, et la création d’un cadre réglementaire européen cohérent. Elle insiste aussi sur la nécessité de mieux articuler recherche publique et innovation privée pour éviter de perdre des pépites technologiques au profit d’autres pays.