À deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle colombienne, le candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella, membre du mouvement « Défenseurs de la patrie », s’impose comme l’une des figures les plus controversées de la campagne. Selon Courrier International, ses déclarations misogynes et provocatrices, notamment sur la taille de ses organes génitaux, alimentent les tensions politiques et médiatiques dans un scrutin marqué par une forte polarisation.
Avec une campagne axée sur des discours agressifs contre la gauche et des propos jugés déplacés envers les femmes, de la Espriella, 47 ans, brigue la présidence dans un contexte où il est donné au coude à coude avec sa rivale de droite, Paloma Valencia. Leur duel pourrait opposer la gauche au second tour, selon les dernières projections publiées par El País América.
Ce qu'il faut retenir
- Abelardo de la Espriella, candidat de l’extrême droite colombienne, multiplie les déclarations misogynes en pleine campagne présidentielle.
- Il revendique l’influence de sa virilité sur son électorat féminin et a récemment tenu des propos jugés offensants envers une journaliste.
- Ses outrances verbales surviennent à quinze jours du premier tour, dans un scrutin où il est en compétition serrée avec Paloma Valencia.
- De la Espriella, connu pour ses discours agressifs contre la gauche, a tenté de justifier ses propos par un « contexte humoristique ».
Un meeting électoral marqué par des propos sexistes
Lors d’un meeting à Palmira, près de Cali, le 14 mai 2026, Abelardo de la Espriella a une nouvelle fois alimenté la polémique. Selon Courrier International, il a affirmé publiquement avoir « les cojones pour gouverner », une expression en espagnol aussi vulgaire que provocatrice. Ces déclarations s’inscrivent dans une stratégie de campagne axée sur la provocation et la transgression des normes politiques traditionnelles.
Dans un pays où les débats télévisés entre candidats restent rares, les émissions de radio jouent un rôle clé pour toucher les électeurs. Le 13 mai, de la Espriella était l’invité de l’émission « Piso 8 », où il a tenu des propos encore plus controversés. Il a affirmé que la taille de ses organes génitaux lui avait valu une partie de ses voix féminines, avant de demander à une journaliste présente sur le plateau de zoomer sur une photo le mettant en lumière.
« Non mais ne sois pas timide, mon amour », a-t-il lancé à la jeune femme, selon le compte-rendu publié par El País América.
Face à la gêne visible de la journaliste, il a finalement présenté des excuses, tout en précisant que ses propos relevaient d’un « contexte humoristique […] sur ses parties intimes ». Une justification qui n’a pas suffi à éteindre la polémique.
Un candidat en quête de visibilité par la provocation
Abelardo de la Espriella n’en est pas à sa première sortie médiatique controversée. Le mouvement « Défenseurs de la patrie », qu’il représente, se distingue par son discours ultra-conservateur et ses attaques répétées contre la gauche colombienne. Lors de ses prises de parole, il promet notamment « d’étriper la gauche » et de « mettre au pas » ses opposants, des formules qui reflètent une rhétorique radicale et polarisante.
Selon les analystes politiques cités par Courrier International, cette stratégie de la provocation vise à capter l’attention des médias et des électeurs dans un paysage politique dominé par une droite traditionnelle et une gauche en progression. Les commentaires sexistes de de la Espriella, bien que condamnés par plusieurs associations féministes, semblent répondre à une logique de mobilisation de son électorat, notamment masculin et conservateur.
À quelques jours du scrutin, ses rivaux, dont Paloma Valencia, évitent soigneusement de débattre directement avec lui, préférant se concentrer sur les enjeux économiques et sociaux du pays. Pourtant, ses interventions médiatiques, aussi choquantes soient-elles, contribuent à redéfinir les termes du débat public en Colombie.
Un contexte politique déjà tendu
Cette campagne présidentielle intervient dans un contexte particulièrement tendu en Colombie. Le pays traverse une période de forte polarisation, entre un gouvernement sortant critiqué pour sa gestion des violences sociales et une opposition divisée entre droite modérée et extrême droite. Les sondages indiquent une course serrée pour le second tour, où les candidats de gauche et de droite traditionnelle s’affronteront probablement, à l’exclusion de de la Espriella.
Ses déclarations, bien que marginales dans le paysage politique, illustrent les fractures idéologiques qui traversent la société colombienne. Ses soutiens, minoritaires mais actifs, y voient une forme de « réalisme brut » face à une classe politique jugée corrompue et déconnectée. Ses détracteurs, eux, dénoncent une rhétorique dangereuse qui banalise la misogynie et la violence verbale.
Quoi qu’il arrive, cette campagne aura révélé les limites et les excès d’un populisme qui mise sur la transgression pour exister dans le paysage politique. Reste à voir si cette stratégie paiera électoralement, ou si elle ne fera que creuser davantage les divisions en Colombie.
Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour, prévu le 25 mai 2026, un second tour opposera les deux candidats arrivés en tête. Celui-ci devrait se tenir dans les deux semaines suivant le premier scrutin, selon le calendrier électoral colombien.
Les sondages actuels ne le placent pas en tête, mais il pourrait jouer un rôle d’arbitre en influençant le vote des électeurs déçus par les partis traditionnels. Son score dépendra en grande partie de sa capacité à mobiliser son électorat autour de thèmes comme la sécurité et la lutte contre la corruption.