Avec l’arrivée des fortes chaleurs, la consommation de menthe à l’eau connaît un pic. Pourtant, cette boisson rafraîchissante cache une réalité moins connue : sa couleur verte emblématique est souvent obtenue grâce à l’ajout de colorants de synthèse, un procédé industriel loin de l’image naturelle associée à la plante. Selon Franceinfo – Santé, la teinte verte, symbole de fraîcheur pour de nombreux consommateurs, repose en effet sur l’utilisation du Bleu brillant FCF (E133), un additif alimentaire dont l’impact sur la santé suscite des interrogations.

Ce qu'il faut retenir

  • La couleur verte de la menthe à l’eau est généralement obtenue par l’ajout du colorant de synthèse Bleu brillant FCF (E133), combiné à du jaune.
  • Une étude américaine suggère un lien entre la consommation de cet additif et des troubles de l’attention ou une hyperactivité chez des sujets prédisposés.
  • Le professeur Bruno Megarbane, toxicologue à l’hôpital Lariboisière (AP-HP), estime que les risques restent « extrêmement faibles » aux doses habituelles de consommation.
  • Les Français achètent en moyenne 6 litres de sirop par an, selon les données disponibles.
  • Des associations de consommateurs réclament des alternatives sans colorants à des prix accessibles.

Une couleur qui trompe l’œil

Pour de nombreux consommateurs, la couleur verte de la menthe à l’eau évoque immédiatement la fraîcheur et l’arôme de la plante. Pourtant, comme le rapporte Franceinfo – Santé, cette teinte n’a que peu de rapport avec la réalité botanique. « C’est les couleurs que les enfants connaissent, le sirop pour les enfants : vert pour la menthe, rose pour la framboise, jaune pour le citron », confie une passante interrogée par les journalistes. Un autre consommateur ajoute : « Ça rappelle quelque chose, oui, la plante. Après, c’est plus du marketing. » Une troisième personne exprime une préférence claire : « J’aime la couleur verte. Mais naturelle. Ça, non. Moi, je veux de la menthe transparente. »

En réalité, la couleur verte est le résultat d’un processus industriel. Les producteurs ajoutent le Bleu brillant FCF (E133) à leur préparation, puis lui associent un colorant jaune pour obtenir la teinte caractéristique. Ce colorant, autorisé en Europe, est également utilisé dans d’autres produits alimentaires et boissons.

Des alertes sanitaires qui persistent

Si les autorités sanitaires européennes considèrent le Bleu brillant FCF comme sûr aux doses habituelles, certaines applications comme Yuka n’hésitent pas à alerter sur ses potentiels effets indésirables. D’après une étude américaine, la consommation de ce colorant pourrait, dans certains cas, favoriser des troubles de l’attention ou une hyperactivité chez des sujets prédisposés. Ces résultats, bien que controversés, alimentent le débat sur l’innocuité des additifs alimentaires.

Le professeur Bruno Megarbane, médecin toxicologue à l’hôpital Lariboisière (AP-HP), nuance ces craintes. « Les risques toxiques dépendent toujours de la quantité de la dose journalière prise », explique-t-il. « Donc, si on consomme beaucoup de produits contenant ce colorant, on ne peut pas exclure la possibilité de risque. Mais ce risque est extrêmement faible, voire inexistant. » Selon lui, il faudrait ingérer plusieurs litres de sirop par jour pour dépasser la dose maximale tolérée.

Un marché du sirop en pleine mutation ?

Avec une consommation annuelle moyenne de 6 litres de sirop par habitant, la France représente un marché important pour les producteurs de boissons aromatisées. Pourtant, les associations de consommateurs poussent pour une transparence accrue. Certaines réclament désormais des sirops transparents, exempts de colorants, proposés à des tarifs comparables aux versions classiques.

Cette demande s’inscrit dans un mouvement plus large de retour vers des produits perçus comme plus naturels. « Les consommateurs sont de plus en plus attentifs à la composition de ce qu’ils achètent », souligne un représentant d’une association de défense des consommateurs. « Pourquoi ne pas leur offrir une alternative simple, sans additif controversé ? »

Quelles perspectives pour l’avenir ?

Pour l’instant, les producteurs de sirops ne semblent pas prêts à abandonner le Bleu brillant FCF. Les coûts de reformulation et les attentes des consommateurs varient selon les marques. Certaines enseignes ont déjà commencé à proposer des gammes sans colorant, mais à des prix souvent supérieurs. La question d’une réglementation plus stricte reste ouverte, notamment face aux études contradictoires sur les effets des additifs alimentaires.

D’ici à la prochaine révision des normes européennes sur les additifs, prévue pour 2027, les débats devraient s’intensifier. Les associations de consommateurs entendent bien faire entendre leur voix, tandis que les autorités sanitaires maintiennent une position prudente, fondée sur les évaluations scientifiques disponibles.

Et maintenant ?

Les prochains mois pourraient voir une montée en puissance des produits « clean label » dans le secteur des sirops, sous la pression des consommateurs et des associations. Une décision de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) sur le Bleu brillant FCF, attendue pour 2027, pourrait également relancer le débat. En attendant, les fabricants semblent divisés entre innovation et maintien des recettes traditionnelles.

En conclusion, si la menthe à l’eau reste une boisson estivale incontournable, sa couleur verte soulève des questions légitimes sur l’usage des additifs alimentaires. Entre précaution et marketing, le consommateur est aujourd’hui face à un choix : privilégier le goût et la couleur, ou opter pour une version plus transparente, quitte à payer un peu plus cher.

Non, le Bleu brillant FCF (E133) est autorisé dans l’Union européenne et aux États-Unis. Cependant, certains pays comme la Norvège ou l’Islande l’ont restreint dans les produits destinés aux enfants, en raison des études liant son consommation à des troubles du comportement.

Oui, certaines marques proposent désormais des versions transparentes ou naturellement colorées (à base de chlorophylle ou d’autres extraits végétaux). Ces produits restent cependant minoritaires sur le marché et sont souvent vendus à un prix plus élevé que les sirops classiques.