La chambre criminelle tunisienne spécialisée dans les affaires de corruption a confirmé, mardi 5 mai 2026, la condamnation à six ans de prison ferme de Halima Ben Ali, fille de l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali, pour des infractions financières. Selon RFI, cette décision a été rendue en appel, sans que la principale intéressée, absente du territoire tunisien depuis 2011, n’ait pu contester en personne l’arrêt rendu contre elle.
Exilée depuis le soulèvement populaire qui a renversé son père en 2011, Halima Ben Ali vit depuis plusieurs années à l’étranger. La France, où elle avait été interpellée en septembre 2025 alors qu’elle s’apprêtait à se rendre à Dubaï, a finalement refusé de l’extrader vers la Tunisie, malgré la demande des autorités tunisiennes. Une issue qui prolonge l’impasse judiciaire dans cette affaire.
Ce qu'il faut retenir
- La chambre criminelle tunisienne a confirmé en appel la condamnation à six ans de prison de Halima Ben Ali, fille de l’ex-président Zine el-Abidine Ben Ali.
- Elle est poursuivie pour infractions financières et vit en exil depuis la révolution de 2011.
- Arrêtée en France en septembre 2025, Paris a refusé son extradition vers Tunis.
- La décision a été rendue par la chambre spécialisée dans la corruption, mardi 5 mai 2026.
Une condamnation liée à un dossier de corruption vieux de plus d’une décennie
Halima Ben Ali, dont le père a dirigé la Tunisie pendant 23 ans avant d’être renversé lors de la révolution de 2011, a toujours été une figure controversée du régime déchu. Selon les chefs d’accusation retenus contre elle, elle aurait été impliquée dans des transferts de fonds présumés illicites et des détournements présumés de biens publics. Les autorités tunisiennes avaient lancé des poursuites à son encontre dès 2011, mais son statut d’exilée avait jusqu’ici empêché toute exécution de la peine.
La condamnation de 2025, confirmée en appel ce mois-ci, porte sur des faits remontant à la fin des années 2000 et au début des années 2010, une période durant laquelle la famille Ben Ali était régulièrement accusée par les ONG de corruption et de népotisme. Les avoirs de l’ancien clan présidentiel, estimés à plusieurs centaines de millions de dollars, ont fait l’objet de nombreuses saisies et restitutions partielles à l’État tunisien depuis la chute du régime.
La France refuse l’extradition malgré la demande tunisienne
L’arrestation de Halima Ben Ali en France, en septembre 2025, avait suscité des tensions diplomatiques entre Tunis et Paris. Selon les informations communiquées par le ministère français de la Justice, son interpellation avait eu lieu à l’aéroport de Roissy, alors qu’elle s’apprêtait à embarquer pour Dubaï. Les autorités françaises ont justifié leur refus d’extradition par des considérations juridiques internes, évoquant notamment des risques de non-respect des droits de la défense en Tunisie.
Cette décision, qui s’inscrit dans le cadre des relations bilatérales franco-tunisiennes, a été perçue comme un revers par les autorités tunisiennes. « La France reste attachée à la lutte contre la corruption, mais les garanties procédurales doivent être respectées », a précisé une source judiciaire française, sans entrer dans les détails. À Tunis, le ministère de la Justice a simplement indiqué « prendre acte » de la position française, tout en maintenant sa demande d’extradition.
La question des avoirs de la famille Ben Ali reste un sujet sensible en Tunisie, où la lutte contre l’impunité des anciens dignitaires du régime figure parmi les priorités affichées par les gouvernements successifs. Les associations de la société civile appellent régulièrement à une accélération des procédures pour récupérer les fonds détournés, mais les lenteurs judiciaires et les obstacles politiques freinent encore leur restitution.
Selon les autorités françaises, le refus d’extradition s’appuie sur des considérations juridiques, notamment la crainte que les droits de la défense ne soient pas pleinement garantis en Tunisie. Paris a également évoqué des risques de non-respect des procédures internationales.