Un procès qui a marqué l’histoire judiciaire française s’ouvre aujourd’hui devant la cour d’assises de Nice. À partir de ce mercredi 6 mai 2026, Jack Sion, 78 ans, est jugé en appel pour les viols de trois femmes, après avoir séduit ses victimes en se faisant passer pour un trentenaire séduisant sur des plateformes de rencontres. Condamné en première instance à huit ans de prison en 2023, il avait bénéficié d’un non-lieu avant que la Cour de cassation ne redéfinisse la notion de « viol par surprise ». Selon BFM - Faits Divers, cette affaire illustre la perversité d’un modus operandi qui a permis à l’accusé de piéger des dizaines de femmes vulnérables sur près de quinze ans.
Ce qu'il faut retenir
- Jack Sion, 78 ans, jugé en appel à partir du 6 mai 2026 pour les viols de trois femmes commises entre 2009 et 2014 sous une fausse identité.
- L’accusé utilisait le profil d’un mannequin sur des sites de rencontres, se présentant comme un trentenaire de 1,78 m, décorateur d’intérieur à Monaco.
- Il a contacté près de 300 femmes en neuf ans, dont 24 se sont rendues à son domicile niçois, où elles ont subi le même scénario.
- La première condamnation en 2023 a été possible grâce à l’élargissement de la notion de viol par surprise par la Cour de cassation.
- Les victimes, souvent en situation de fragilité émotionnelle, ont été manipulées avant d’être droguées ou contraintes.
Un stratagème élaboré sur plus d’une décennie
Depuis 2009, Jack Sion, retraité niçois aujourd’hui âgé de 78 ans, a exploité la plateforme Title pour contacter des centaines de femmes. Sous le pseudonyme d’Anthony Laroche, il s’est attribué l’apparence d’un mannequin masculin, un profil qui, selon ses victimes, correspondait en tout point à leurs attentes : un homme de 33 ans, grand, blond aux yeux bleus, décorateur d’intérieur résidant à Monaco. Les enquêteurs ont découvert qu’il utilisait des photographies volées d’un mannequin professionnel pour renforcer sa crédibilité.
Parmi les 294 profils féminins contactés, 24 ont accepté de se rendre dans l’appartement de Jack Sion à Nice. Les rencontres suivaient toujours le même scénario : les victimes étaient invitées à se bander les yeux et à se déshabiller, sous prétexte de jeux sexuels inspirés de la littérature érotique. Une fois le bandeau retiré, elles découvraient un homme dégarni et bedonnant, bien éloigné de l’image promise. Dans son carnet, Jack Sion notait scrupuleusement les faiblesses de chacune de ses cibles : rupture douloureuse, mère malade, difficultés conjugales… Autant de détails qu’il exploitait pour gagner leur confiance.
Des victimes fragilisées, un prédateur méthodique
L’une des trois plaignantes, Orianna S., 33 ans en 2014, a raconté aux enquêteurs comment elle avait été séduite par ce profil trop parfait pour être vrai. Après deux mois de conversations quotidiennes, elle a accepté de rencontrer « Anthony Laroche » sur la promenade des Anglais. L’homme l’a conduite dans son appartement plongé dans l’obscurité, où il lui a demandé de se bander les yeux et de se déshabiller. « Je lui ai demandé si c’était vraiment lui sur les photos. Il m’a assuré que oui », a-t-elle déclaré. Ce n’est qu’après l’acte qu’elle a compris la supercherie, en découvrant l’identité réelle de son agresseur.
Les investigations ont révélé que Jack Sion conservait des dizaines de photographies de femmes dénudées dans ses appareils. Si les enquêteurs n’ont pas pu établir avec certitude si ces clichés avaient été pris à l’insu des victimes, cette collection illustre le caractère systématique de ses actes. Me Mohamed Maktouf, avocat d’Orianna S., a souligné devant BFM - Faits Divers : « C’est un prédateur. Les femmes s’exécutent parce qu’elles croyaient avoir affaire à un bel homme de 37 ans qui voulait leur faire vivre quelque chose de différent. »
Une bataille juridique autour de la notion de consentement
En 2018, Jack Sion a obtenu un non-lieu en appel, les magistrats estimant que les victimes s’étaient « volontairement rendues » à son domicile. Cette décision avait suscité une vague d’indignation, poussant l’avocat des victimes à déposer un pourvoi en cassation. En 2021, la Cour de cassation a redéfini la notion de « viol par surprise », élargissant sa portée pour inclure les stratagèmes en ligne. Cette jurisprudence a permis la condamnation de Jack Sion en première instance en 2023, à huit ans de prison ferme.
Pourtant, face aux juges, Jack Sion a maintenu sa version : « Je n’ai rien fait d’illégal. » Il a toujours nié les faits, arguant que les relations avaient été consenties. Son avocat avait plaidé l’« erreur de droit », affirmant que son client ignorait la légalité de ses actes. Cette stratégie, bien que rejetée, avait temporairement permis à Jack Sion d’échapper à la justice.
Une affaire qui a changé le droit français
L’arrêt de la Cour de cassation rendu en 2021 a marqué un tournant dans la jurisprudence française. En reconnaissant que le consentement pouvait être vicié par un stratagème en ligne, les magistrats ont ouvert la voie à des condamnations pour des faits similaires. Ce précédent, souvent comparé à l’affaire Dominique Pélicot, a donné aux victimes de violences sexuelles davantage de moyens pour obtenir justice. « On est fort de l’arrêt de la cour de cassation de Paris qui s’impose à toutes les juridictions françaises. C’est pour l’honneur des femmes qu’on fait ça », a déclaré Me Mohamed Maktouf.
Cette affaire rappelle que les plateformes de rencontres, bien que populaires, peuvent aussi servir de terrain de chasse à des prédateurs. Les enquêteurs ont souligné que Jack Sion avait ciblé des femmes en situation de vulnérabilité, exploitant leurs émotions pour mieux les contrôler. « Il jouait sur les failles psychologiques de ses victimes », a expliqué l’avocat, « comme une araignée tisse sa toile. »
Pour les observateurs, ce procès soulève une question plus large : comment protéger les utilisateurs des sites de rencontres sans tomber dans la surveillance de masse ? Les associations féministes appellent à une régulation plus stricte, tandis que les géants du numérique promettent de mieux encadrer leurs services. Une chose est sûre : l’affaire Jack Sion restera comme un exemple des dérives possibles du numérique, où l’anonymat et la manipulation peuvent mener au pire.
La notion de « viol par surprise » a été élargie par la Cour de cassation en 2021 pour inclure les cas où le consentement est obtenu par un stratagème ou une manipulation. Cette jurisprudence permet de condamner des agresseurs qui utilisent des méthodes déloyales, comme un faux profil en ligne, pour obtenir des relations sexuelles. Avant cet arrêt, de nombreux cas similaires aboutissaient à des non-lieux, faute de preuve de violence physique. Aujourd’hui, la justice reconnaît que la tromperie peut aussi vicié le consentement.
Jack Sion a exploité des images volées d’un mannequin masculin pour créer un profil idéalisé sur les sites de rencontres. Ce stratagème lui permettait de cibler des femmes en quête d’une relation sérieuse, en leur présentant l’image d’un homme jeune, beau et stable professionnellement. En réalité, il s’agissait d’un leurre pour mieux les manipuler et les attirer dans son appartement, où il abusait d’elles sous couvert de jeux sexuels. Les enquêteurs ont retrouvé des centaines de conversations et des notes détaillées où il décrivait ses cibles et leurs faiblesses.