Selon Futura Sciences, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM) tirent la sonnette d’alarme dans un rapport conjoint publié ce 4 mai 2026. Intitulé Chaleur extrême et agriculture, ce document met en lumière les conséquences dévastatrices des épisodes de chaleur record sur les systèmes agroalimentaires mondiaux, déjà fragilisés. Les deux organisations soulignent que ces phénomènes, aggravés par le retour attendu d’El Niño cette année, pourraient provoquer une crise alimentaire en cascade d’ici 2027.
Ce qu'il faut retenir
- Les baisses de rendement agricole commencent dès 30 °C pour la plupart des grandes cultures, et à des seuils encore plus bas pour des produits comme le blé, l’orge, les pommes de terre ou les haricots.
- Un épisode de super El Niño est attendu en 2026, avec un réchauffement anormal des eaux du Pacifique, susceptible d’amplifier les vagues de chaleur mondiales.
- En Inde, des pics à 50 °C menacent déjà la production de riz, aliment de base pour des millions de personnes.
- Le bétail et les espèces marines subissent également un stress thermique accru, avec des risques accrus de mortalité et de baisse des stocks.
- Près de 20 % des produits alimentaires consommés en France sont importés, rendant le pays vulnérable aux crises à l’étranger.
- Les solutions proposées incluent une transformation profonde de l’agriculture, une meilleure solidarité internationale et une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre.
Des rendements agricoles en chute libre dès 30 °C
Dans leur rapport, la FAO et l’OMM précisent que la plupart des cultures subissent une baisse de rendement dès que les températures dépassent 30 °C. Ce seuil est encore plus bas pour des plantes comme le blé, l’orge, les pommes de terre ou les haricots, dont la photosynthèse et la reproduction sont perturbées dès 25 °C. Seules quelques espèces, comme le maïs, le soja ou le coton, supportent mieux ces températures, mais leur survie dépend aussi de la disponibilité en eau.
L’évapotranspiration des sols s’accélère avec la chaleur, réduisant l’infiltration de l’eau même en cas de pluies abondantes. À partir de 35 °C, la majorité des plantes ne parviennent plus à réaliser leur photosynthèse et leur reproduction s’arrête. La chaleur extrême favorise aussi la propagation de bactéries et de champignons nuisibles aux cultures, tandis que le comportement des insectes pollinisateurs se modifie, perturbant le cycle de reproduction des plantes.
El Niño 2026 : un phénomène amplificateur
Le retour d’un super El Niño en 2026 est désormais considéré comme quasi certain par les climatologues. Ce phénomène, qui réchauffe les eaux de surface du Pacifique équatorial, devrait aggraver les vagues de chaleur mondiales, déjà exacerbées par le changement climatique. Selon les experts, ce super El Niño pourrait être l’un des plus violents jamais enregistrés, avec des conséquences globales sur les systèmes agricoles et les économies locales.
En Inde, où des températures de 50 °C ont été enregistrées ces dernières années, la production de riz – aliment de base pour près de 1,4 milliard d’habitants – est particulièrement menacée. Le secteur emploie des millions de personnes, et une mauvaise récolte pourrait entraîner un effondrement économique local, avec des répercussions sur les marchés mondiaux.
Bétail et espèces marines en première ligne
Le stress thermique ne touche pas uniquement les cultures. Pour le bétail, les seuils de danger commencent dès 25 °C pour les vaches, et à des températures encore plus basses pour les poulets et les porcs, incapables de réguler leur température corporelle par la transpiration. Quant aux espèces marines, elles subissent une double peine : la hausse des températures océaniques réduit les niveaux d’oxygène dissous dans l’eau, mettant en péril la survie des poissons. En 2025, plus de 90 % de la surface des océans a connu au moins une vague de chaleur marine, rappelle l’OMM.
Les exemples concrets ne manquent pas. En 2018-2019, une vague de chaleur dans la mer de Béring a provoqué la disparition de 90 % des crabes des neiges, soit potentiellement plus de 40 milliards d’individus. En 2016, au Chili, une autre vague de chaleur marine a favorisé la prolifération d’une algue toxique dans les fermes de saumons et de truites, causant la perte de 100 000 tonnes de poissons et un préjudice de 800 millions de dollars.
Un risque systémique pour l’économie mondiale
Les auteurs du rapport soulignent que les épisodes de chaleur extrême ne se limitent pas à leurs impacts locaux. Avec la mondialisation des échanges, une crise agricole dans un pays peut rapidement se répercuter à l’échelle planétaire. En France, par exemple, près de 20 % des produits alimentaires consommés sont importés, dont un légume ou fruit sur deux, la moitié de la viande et plus de 80 % du poisson. Une pénurie à l’étranger se traduirait donc par une hausse des prix et une tension sur les approvisionnements locaux.
Les Nations unies appellent à une solidarité accrue entre les pays pour éviter une crise alimentaire mondiale. À plus long terme, elles préconisent une transformation radicale de l’agriculture : adoption de nouvelles espèces végétales résistantes à la chaleur, développement de systèmes d’irrigation durables, abandon des zones devenues trop arides au profit de terres plus favorables, et décalage des saisons de plantation.
« Il faut une volonté politique collective pour mutualiser les risques et rompre résolument avec un avenir à fortes émissions », ont déclaré les auteurs du rapport. « La chaleur extrême n’est plus une menace lointaine, mais une réalité qui s’installe, avec des conséquences en cascade sur nos économies et nos sociétés. »
En France, le gouvernement a déjà lancé un plan national d’adaptation au changement climatique, incluant des mesures pour protéger les cultures les plus vulnérables et sécuriser les approvisionnements. Cependant, les associations environnementales estiment que ces efforts restent insuffisants au regard de l’urgence.
Selon le rapport de la FAO et de l’OMM, le blé, l’orge, les pommes de terre et les haricots sont particulièrement vulnérables, avec des baisses de rendement dès 25-30 °C. Les cultures comme le maïs, le soja ou le coton résistent mieux, mais leur survie dépend aussi de la disponibilité en eau.
El Niño est un phénomène climatique naturel qui se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial. Ce réchauffement perturbe les courants atmosphériques et entraîne une hausse des températures mondiales, ainsi que des épisodes de sécheresse ou de pluies intenses selon les régions.