Depuis mardi 19 mai, les tensions entre la Russie et les pays Baltes – Estonie, Lettonie et Lituanie – se sont brusquement intensifiées. Des déclarations menaçantes émanant de Moscou, relayées par plusieurs médias internationaux, laissent craindre une escalade dans une région déjà sous haute surveillance. Selon Courrier International, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a évoqué mardi un « problème réel » lié aux attaques de drones ukrainiens depuis ces territoires, sans pour autant apporter de preuves tangibles. Une rhétorique qui a immédiatement suscité une réaction unanime de l’Union européenne.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 9 mai 2026, Moscou accuse les pays Baltes de servir de base arrière pour des drones ukrainiens frappant le territoire russe.
  • La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, réplique en affirmant que « toute menace contre un État membre de l’UE est une menace contre l’ensemble de l’Union ».
  • En Lituanie, une alerte aux drones a paralysé les transports et conduit à l’évacuation des habitants de Vilnius pour la première fois depuis le début du conflit.
  • L’OTAN confirme avoir abattu un drone ukrainien entré dans l’espace aérien estonien, tout en niant toute complicité avec Kiev.
  • Le Service russe des renseignements extérieurs (SVR) avait déjà menacé la Lettonie la veille, malgré son appartenance à l’OTAN.

Des accusations sans preuves mais une tension palpable

Interrogé par le quotidien russe Izvestia, Dmitri Peskov a admis l’existence d’un « problème » lié aux drones ukrainiens, tout en précisant que « les forces armées russes élaborent une réponse appropriée ». Ces propos, rapportés par Courrier International, interviennent dans un contexte où les frappes de drones ukrainiens en profondeur sur le territoire russe se sont multipliées ces derniers mois. Ces attaques, combinées à d’autres facteurs, auraient même conduit le Kremlin à réduire l’ampleur du traditionnel défilé du 9 mai à Moscou.

Les accusations de Moscou ne sont pas nouvelles, mais elles prennent une dimension plus concrète ces derniers jours. Mardi 19 mai, le SVR a publiquement menacé la Lettonie, membre de l’OTAN, après avoir affirmé que Riga autorisait des drones ukrainiens à décoller depuis son sol. Une déclaration que le ministère letton des Affaires étrangères a qualifiée de « totalement infondée ». « Si nous autorisions les drones, nous ne les abattrions pas », a répondu le SVR, sous-entendant une complicité active avec Kiev.

La Lituanie et l’Estonie en première ligne des tensions

L’alerte la plus spectaculaire est survenue ce mercredi 20 mai en Lituanie. Le ministère lituanien de la Défense a déclenché une alerte aux drones, paralysant les transports dans plusieurs régions et contraignant les habitants de Vilnius à se réfugier dans des abris souterrains. Une mesure exceptionnelle, puisque c’est la première fois depuis le début de la guerre en Ukraine que la population civile est directement impliquée. Selon Courrier International, cette alerte fait suite à des survols non autorisés de drones dans l’espace aérien lituanien, sans que leur origine ne soit officiellement confirmée.

Côté estonien, les autorités ont fait état mardi 19 mai d’un incident impliquant un drone ukrainien entré dans l’espace aérien du pays. L’OTAN, dont l’Estonie est membre, a confirmé avoir abattu l’appareil. Le général américain Alexus Grynkewich, commandant suprême en Europe de l’OTAN, a tenté de désamorcer la polémique en déclarant : « Si nous autorisions les drones à traverser l’espace aérien des pays Baltes pour se rendre en Russie, nous ne les abattrions pas. » Une tentative de clarification qui n’a visiblement pas suffi à calmer Moscou.

L’OTAN et l’UE unis face aux provocations russes

Face à ces menaces répétées, la réaction de l’Union européenne a été immédiate et unanime. Dès ce mercredi 20 mai, Ursula von der Leyen a réagi sur X (ex-Twitter), soulignant dans un message relayé par The Guardian : « Les menaces publiques proférées par la Russie à l’encontre de nos États baltes sont tout à fait inacceptables. Qu’il n’y ait aucun doute : une menace contre un État membre est une menace contre l’ensemble de notre Union. » Une position ferme qui s’accompagne d’un renforcement de la sécurité sur le flanc oriental de l’UE, avec une « défense collective solide » et une « préparation à tous les niveaux », selon les termes de la présidente de la Commission.

Cette unité affichée contraste avec les divisions internes à l’UE sur d’autres sujets, comme l’aide militaire à l’Ukraine. Pour l’instant, les pays Baltes bénéficient d’un soutien sans faille de leurs partenaires européens et de l’OTAN. Bruxelles et Washington ont multiplié les déclarations rassurantes ces dernières heures, tout en appelant Moscou à la retenue. Une position que le Kremlin a jusqu’ici ignorée, préférant marteler ses accusations.

Et maintenant ?

Les prochaines heures seront déterminantes pour évaluer l’ampleur de la crise. Plusieurs scénarios sont envisageables : soit Moscou maintient sa pression rhétorique sans passer à l’action, soit les tensions débouchent sur des mesures concrètes, comme des sanctions ciblées contre les pays Baltes ou des manœuvres militaires près de leurs frontières. Les capitales européennes, de leur côté, devraient multiplier les consultations en urgence pour coordonner une réponse commune. Une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN est d’ailleurs prévue dans les prochains jours, selon des sources diplomatiques citées par The Moscow Times. Quant aux pays Baltes, ils devront probablement renforcer leurs dispositifs de sécurité aérienne et antiterroriste dans les semaines à venir.

Une chose est sûre : en quelques heures, un incident qui aurait pu passer pour une nouvelle rhétorique de guerre froide a pris une dimension concrète, avec des conséquences directes pour des millions de citoyens européens. Les prochains jours diront si Moscou a choisi la provocation ou si, au contraire, ces déclarations visaient à tester la réaction de l’Occident dans une région déjà sous haute tension.

Les pays Baltes – Estonie, Lettonie et Lituanie – sont perçus par Moscou comme des territoires hostiles depuis leur adhésion à l’OTAN et à l’UE. Leur proximité géographique avec la Russie et leur soutien indéfectible à l’Ukraine en font des cibles privilégiées pour les accusations russes. Le Kremlin cherche ainsi à diviser les membres de l’Alliance atlantique et à tester leur cohésion face à ses pressions.