Selon Euronews FR, le Fonds monétaire international (FMI) alerte les gouvernements de l’Union européenne sur la nécessité de mettre en place des mesures ciblées pour atténuer l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur les ménages et les entreprises les plus fragiles. Cette recommandation intervient alors que les prix du pétrole ont bondi d’environ 70 % depuis le début de la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran, tandis que les tarifs du gaz en Europe restent supérieurs de 45 % à leur niveau d’avant-guerre.

Ce qu'il faut retenir

  • Le FMI souligne que 70 % des mesures prises en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie n’étaient pas ciblées, faussant les prix et gaspillant des ressources budgétaires.
  • Sans ciblage, 33 % des subventions à l’électricité pourraient bénéficier aux 20 % des ménages les plus aisés, contre seulement 11 % aux plus modestes.
  • Les subventions aux carburants pour les transports, si elles ne sont pas encadrées, pourraient profiter à 34 % des ménages les plus riches, contre 9 % aux plus pauvres.
  • Malgré une résilience accrue grâce aux énergies renouvelables, l’Europe reste vulnérable à la fermeture du détroit d’Ormuz et à la guerre en Iran.

Des politiques énergétiques à réorienter d’urgence

Helge Berger, directeur adjoint du FMI, a pointé du doigt, lors d’une intervention à l’émission Europe Today d’Euronews, l’absence de mesures ciblées dans la plupart des pays européens. « La plupart des gouvernements ont joué avec les prix de l’énergie, ce qui n’est pas la voie à suivre », a-t-il déclaré. Selon lui, cette approche risque, à terme, de fausser le signal prix et d’encourager une consommation inefficace, tout en creusant les inégalités sociales.

Le FMI estime que les États membres doivent prioriser les ménages vulnérables dans leurs dispositifs de soutien, afin d’éviter que les aides ne profitent principalement aux plus aisés. « Nous reconnaissons un mélange de bonnes et de mauvaises politiques », a admis Helge Berger, tout en insistant sur le risque que certaines mesures « ne fassent plus de mal que de bien ».

Un coût budgétaire élevé et des distorsions sociales

Lors de la réunion de l’Eurogroupe, tenue lundi soir, le FMI a révélé que 70 % du coût total des mesures énergétiques adoptées en 2022 – dans le sillage de la guerre en Ukraine – n’étaient ni ciblées ni efficaces. Pire : ces dispositifs ont souvent perturbé le marché en maintenant artificiellement les prix bas, sans inciter à des comportements d’économie ou à des alternatives durables.

Les chiffres sont sans appel : si les subventions à l’électricité ne sont pas recentrées, 33 % des aides pourraient aller aux 20 % des ménages les plus riches, contre seulement 11 % aux 20 % les plus modestes. La situation est encore plus inéquitable pour les carburants : 34 % des subventions pourraient bénéficier aux plus aisés, contre 9 % aux ménages les plus pauvres. « Cela montre l’urgence de repenser ces mécanismes », a souligné un responsable du FMI.

Une Europe plus résiliente, mais toujours exposée

Malgré ce constat, le FMI reconnaît que l’Europe a progressé en matière de résilience énergétique. Grâce à l’amélioration de l’efficacité énergétique et à l’intégration croissante des énergies renouvelables, les ménages européens ont enregistré une baisse de 12 % de leurs coûts énergétiques sur les cinq dernières années. « Toute augmentation des prix de l’énergie reste néfaste pour l’économie, mais la situation n’est pas aussi grave qu’auparavant », a tempéré Helge Berger.

Cependant, la dépendance persistante aux combustibles fossiles importés expose le continent à de nouvelles vulnérabilités. Avec la guerre en Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz – une route stratégique pour le transport du pétrole –, les approvisionnements pourraient encore se tendre. Kyriakos Pierrakakis, chef de file de l’Eurogroupe, a confirmé cette analyse lors de la réunion : « Les attentes d’une normalisation rapide de la crise au Moyen-Orient n’ont pas été confirmées. C’est la difficile réalité à laquelle nous devons faire face avec réalisme. »

Des inégalités criantes et des marges de manœuvre limitées

Le dirigeant grec a également rappelé que les effets de la crise énergétique ne frappent pas tous les États membres de la même manière. Les pays importateurs nets d’énergie, ainsi que ceux disposant d’une marge de manœuvre budgétaire réduite, subissent une pression accrue. « Cela nous oblige à agir avec prudence, en concevant des politiques bien ciblées et équilibrées », a-t-il ajouté.

Le FMI note par ailleurs que le marché du travail européen reste robuste, avec un taux de chômage historiquement bas. Pour autant, cette résilience globale masque des disparités fortes entre les économies les plus exposées et celles mieux armées pour absorber le choc. « Les politiques mises en place doivent tenir compte de ces différences », a insisté Kyriakos Pierrakakis.

Et maintenant ?

La situation reste donc sous haute tension, d’autant que les prévisions de croissance pour la zone euro ont été revues à la baisse par le FMI, passant à 1,1 % en raison des tensions au Moyen-Orient. Les prochaines semaines seront cruciales : les ministres des finances de l’UE doivent présenter, lors de la prochaine réunion de l’Eurogroupe prévue début juin, des propositions concrètes pour réorienter les aides énergétiques. L’objectif ? Éviter que les subventions ne profitent aux plus aisés et, au contraire, recentrer les efforts sur les ménages les plus exposés aux hausses de prix.

Pour le FMI, la clé réside dans un ciblage précis et une réduction progressive des distorsions de marché. Reste à savoir si les capitales européennes parviendront à s’accorder sur une stratégie commune, alors que les tensions géopolitiques continuent de peser sur les approvisionnements. Une chose est sûre : l’hiver prochain pourrait révéler, une fois de plus, les failles d’un système encore trop dépendant des énergies fossiles.

Le FMI estime que ces subventions, en maintenant artificiellement les prix bas, faussent le signal prix et n’incitent pas à des comportements d’économie d’énergie. De plus, elles profitent majoritairement aux ménages les plus aisés, qui consomment davantage, ce qui creuse les inégalités sociales et gaspille des ressources budgétaires limitées.