Malgré une croissance économique soutenue, un chômage en net recul et des excédents budgétaires records, un Grec sur quatre reste aujourd’hui menacé par la pauvreté, selon Le Monde. Les chiffres macroéconomiques contrastent avec la réalité vécue par une partie importante de la population, où l’inflation et la hausse des prix alimentaires creusent les inégalités.
Ce qu'il faut retenir
- Un Grec sur quatre est menacé de pauvreté malgré une croissance économique de 3,5 % en 2025.
- Le taux de chômage a reculé à 10,1 % en mars 2026, contre 14,7 % en 2021.
- La Grèce a enregistré un excédent budgétaire de 1,5 % du PIB en 2025, le troisième consécutif.
- L’inflation atteint 4,2 % en glissement annuel, tirée par la hausse des prix de l’alimentation.
- Le salaire moyen a progressé de 2,3 % en termes nominaux, mais son pouvoir d’achat a diminué.
Une croissance économique qui masque des fragilités sociales
Les indicateurs macroéconomiques grecs donnent le tournis. Avec une croissance de 3,5 % en 2025, le pays affiche l’un des rythmes les plus dynamiques de la zone euro, loin devant la moyenne européenne. Le taux de chômage, en baisse constante depuis cinq ans, s’établit à 10,1 % en mars 2026, contre 14,7 % en 2021, selon les données de l’Autorité statistique hellénique. Pour la troisième année consécutive, la Grèce a même dégagé un excédent budgétaire de 1,5 % du PIB, un résultat salué par les institutions européennes.
Pourtant, ces chiffres ne reflètent pas la réalité des ménages. « Les excédents budgétaires sont un soulagement pour l’État, mais ils ne se traduisent pas par une amélioration du quotidien des citoyens », a souligné Yannis Ioannou, économiste à l’Université d’Athènes. « La hausse des prix, notamment de l’alimentation, grignote le pouvoir d’achat, et les salaires n’ont pas suivi cette inflation. » En 2025, l’inflation a atteint 4,2 % en glissement annuel, principalement en raison de la flambée des prix des produits de base, comme le lait ou les légumes.
Un salaire moyen en hausse, mais un pouvoir d’achat en berne
Le salaire moyen en Grèce a progressé de 2,3 % en termes nominaux entre 2024 et 2025, passant de 1 420 euros à 1 452 euros brut par mois. Pourtant, cette hausse ne compense pas la perte de pouvoir d’achat subie par les ménages. « En termes réels, le salaire moyen a diminué de 1,8 % sur la même période », a précisé Maria Papadopoulou, chercheuse à l’Institut du travail. « Les prix de l’alimentation ont augmenté de plus de 6 % en un an, et les loyers ont bondi dans les grandes villes. »
Les inégalités se creusent entre les ménages. Les retraités, dont les pensions ont été gelées pendant des années, sont particulièrement touchés. Selon une étude de l’ONG Caritas Grèce, près de 30 % des retraités vivent sous le seuil de pauvreté, fixé à 850 euros par mois pour une personne seule. « Beaucoup doivent choisir entre se chauffer l’hiver ou manger correctement », a témoigné Nikos Karalis, coordinateur de l’association, lors d’un entretien avec Le Monde.
Les politiques sociales peinent à enrayer la précarité
Le gouvernement grec a mis en place plusieurs mesures pour soutenir les ménages, comme une prime exceptionnelle de 500 euros versée en 2025 aux foyers les plus modestes. Pourtant, ces aides restent insuffisantes face à l’ampleur des besoins. « Les dispositifs actuels sont ciblés, mais ils ne couvrent pas l’ensemble des personnes en situation de vulnérabilité », a expliqué Petros Doukas, ancien ministre des Finances. « Il faudrait une refonte du système de protection sociale pour le rendre plus inclusif. »
Autre paradoxe : la Grèce, souvent présentée comme un modèle de redressement économique, reste le pays de l’Union européenne où la part de la population exposée au risque de pauvreté est la plus élevée après la Roumanie et la Bulgarie. 23,5 % des Grecs vivent sous le seuil de pauvreté, un chiffre en légère hausse depuis 2020, malgré la reprise. « On a l’impression que la croissance économique profite surtout aux entreprises et aux investisseurs étrangers », a commenté Dimitris Tsakalotos, député de la gauche radicale Syriza.
En attendant, la question reste entière : comment concilier performance économique et justice sociale ? Les prochains mois diront si la Grèce parviendra à transformer sa croissance en prospérité partagée.
Le salaire moyen nominal a progressé de 2,3 % entre 2024 et 2025, mais l’inflation, notamment sur les produits alimentaires (+6 %), a érodé ce gain. En termes réels, le pouvoir d’achat a donc diminué de 1,8 %, selon les données de l’Institut du travail.