Selon Le Figaro, La Havane a accusé Washington de mentir après les propos tenus mardi par le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, affirmant que les États-Unis n’imposaient pas de blocus pétrolier à Cuba. La crise énergétique sur l’île communiste serait, selon lui, liée à une mauvaise gestion économique interne. Une affirmation immédiatement contestée par le chef de la diplomatie cubaine, Bruno Rodriguez.

Ce qu'il faut retenir

  • Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a nié l’existence d’un blocus pétrolier contre Cuba, attribuant la crise énergétique à une « mauvaise gestion économique interne ».
  • Le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, a qualifié ces propos de « mensonges » et dénoncé des sanctions américaines illégales, notamment celles annoncées par Donald Trump le 1er mai.
  • Washington a menacé de représailles tout pays fournissant du pétrole à Cuba, tout en n’autorisant l’arrivée que d’un seul pétrolier russe.
  • Marco Rubio a rappelé que Cuba bénéficiait auparavant de livraisons de pétrole vénézuélien à titre gratuit, avant que Caracas ne mette fin à ces avantages.
  • Le secrétaire d’État américain se rendra au Vatican à partir de jeudi pour évoquer la question cubaine avec le pape Léon XIV, médiateur historique entre les deux pays.

Cuba rejette les propos de Marco Rubio et dénonce des sanctions « criminelles »

Dans un échange sur la plateforme X, le chef de la diplomatie cubaine a vivement réagi aux déclarations de Marco Rubio. « Le secrétaire d’État sait très bien les dégâts et les souffrances qu’il fait endurer au peuple cubain », a-t-il affirmé. Bruno Rodriguez a rappelé que Washington appliquait une politique de « pression maximale » sur l’île, déjà soumise à un embargo américain depuis plus de six décennies. « Marco Rubio a simplement choisi de mentir », a-t-il souligné, en dénonçant les nouvelles sanctions contre le secteur énergétique cubain annoncées par Donald Trump.

Le ministre cubain a également critiqué les pressions exercées sur les fournisseurs de pétrole, affirmant que ceux-ci étaient « intimidés et menacés » en violation des règles du libre-échange et de la liberté de navigation. « Nos fournisseurs sont intimidés, sont menacés en violation des règles du libre-échange et de la liberté de navigation », a-t-il précisé. Ces déclarations interviennent alors que Cuba fait face à une pénurie d’énergie chronique, aggravée par l’effondrement des livraisons de pétrole vénézuélien.

Marco Rubio justifie la politique américaine et critique le modèle économique cubain

De son côté, Marco Rubio a défendu la position américaine en attribuant la crise énergétique cubaine à l’arrêt des livraisons de pétrole gratuit en provenance du Venezuela. « Le Venezuela ne fait plus cadeau de ce pétrole, et encore moins à un régime en faillite », a-t-il déclaré. Selon lui, Cuba était auparavant habitué à recevoir 60 % du pétrole vénézuélien, qu’il revendait pour en tirer des devises. « Le seul blocus qui a lieu, c’est que les Vénézuéliens ont décidé de ne plus faire cadeau de ce pétrole », a-t-il ajouté.

Le secrétaire d’État américain a également critiqué l’incapacité des autorités cubaines à gérer la crise économique. « Le modèle économique de Cuba ne fonctionne pas », a-t-il affirmé. « Les gens qui sont au pouvoir ne peuvent pas résoudre la situation. Pire qu’un communiste, c’est un communiste incompétent », a-t-il lancé, rappelant que sa position anticastriste a structuré sa carrière politique en Floride. Ces propos interviennent alors que Donald Trump a renforcé les sanctions contre Cuba, qualifiant l’île de « menace extraordinaire » pour les États-Unis en janvier dernier.

Washington durcit sa politique et autorise un seul pétrolier russe

Le décret présidentiel signé par Donald Trump fin janvier stipule que Cuba représente une « menace extraordinaire » pour la sécurité nationale américaine. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie de « pression maximale » visant à asphyxier économiquement l’île. Washington a d’ailleurs menacé de représailles tout pays fournissant ou vendant du pétrole à La Havane. À ce jour, seul un pétrolier russe a été autorisé à accoster à Cuba, selon des sources diplomatiques.

Cette politique s’ajoute à un embargo américain en vigueur depuis 1962, renforcé à plusieurs reprises, notamment sous l’administration Trump. Les sanctions récentes ciblent principalement les secteurs de l’énergie, des transports et des finances, aggravant les difficultés économiques d’un pays déjà en proie à une crise structurelle. « Le blocus américain est illégal et doit cesser », a rappelé Bruno Rodriguez, qualifiant ces mesures de « criminelles » et de violation du droit international.

Un dialogue en cours, mais les tensions persistent

Malgré ces divergences, des pourparlers existent entre les deux pays, avec le Vatican comme médiateur historique. Marco Rubio a d’ailleurs annoncé qu’il rencontrerait le pape Léon XIV dès jeudi pour évoquer la question cubaine. « Nous serons enchantés de parler de la question de Cuba », a-t-il déclaré, laissant entrevoir une possible ouverture diplomatique. Cette visite s’inscrit dans un contexte où les relations entre Washington et La Havane restent extrêmement tendues, malgré quelques signaux d’apaisement.

Les tensions se sont encore exacerbées après la chute du président vénézuélien Nicolas Maduro, un allié historique de Cuba, capturé par les forces américaines début janvier. Depuis, Caracas a réduit drastiquement ses livraisons de pétrole à l’île, aggravant une crise énergétique déjà profonde. Cuba, qui dépendait autrefois à plus de 50 % de son approvisionnement énergétique en provenance du Venezuela, doit désormais se tourner vers d’autres sources, comme la Russie, pour tenter de combler ses besoins.

Et maintenant ?

La visite de Marco Rubio au Vatican pourrait relancer les discussions entre les États-Unis et Cuba, mais les désaccords persistent sur la levée des sanctions. Les prochaines semaines seront cruciales, notamment après l’annonce par Washington de nouvelles mesures restrictives le 1er mai. Pour La Havane, la priorité reste la levée du blocus américain, tandis que les États-Unis conditionnent tout assouplissement à des réformes politiques et économiques à Cuba. La question de l’approvisionnement en énergie, au cœur des tensions actuelles, devrait rester un sujet central dans les mois à venir.

Dans un contexte où les relations internationales se tendent, notamment en raison de la guerre en Ukraine et des sanctions contre la Russie, la position de Cuba pourrait évoluer. Cependant, toute avancée dépendra largement de la volonté politique des deux parties, alors que les sanctions américaines continuent de peser sur l’économie insulaire.

Cuba bénéficiait historiquement de livraisons de pétrole à titre gratuit en provenance du Venezuela, sous l’ère Hugo Chávez. Caracas fournissait environ 60 % des besoins énergétiques de l’île, que La Havane revendait partiellement pour obtenir des devises. Cette relation s’est effondrée après la chute de Nicolas Maduro, allié de Fidel Castro, capturé par les forces américaines début janvier 2026.

Cuba tente de diversifier ses sources d’approvisionnement, notamment en se tournant vers la Russie, seul pays autorisé par les États-Unis à livrer du pétrole. L’île mise également sur l’autosuffisance énergétique, avec des investissements dans les énergies renouvelables. Cependant, ces mesures prendront du temps à porter leurs fruits, alors que la population subit des coupures d’électricité fréquentes.