Dans le département du Tarn, une opération de brûlage de plus de 20 000 pommiers, menée sur un verger de 300 hectares, a obtenu l'autorisation préfectorale. Cette pratique, qui vise à éliminer des arbres jugés non rentables, inquiète les habitants des communes voisines, qui craignent pour leur santé en raison des fumées émises. Selon Franceinfo - Santé, cette méthode rappelle un incident similaire survenu il y a cinq ans, lors duquel plusieurs riverains avaient été intoxiqués.
Ce qu'il faut retenir
- 20 000 à 30 000 pommiers doivent être brûlés dans un verger de 300 hectares situé dans le Tarn.
- Les riverains dénoncent une contradiction avec le label Haute Valeur Environnementale (HVE) niveau 3 revendiqué par l’exploitant.
- En 2021, un brûlage similaire avait provoqué l’intoxication de 20 personnes en raison de fumées opaques et chargées en hydrocarbures.
- Le directeur du domaine affirme ne pas avoir trouvé de solution alternative au broyage, en raison de la structure en palissage métallique des arbres.
- Aucune mesure officielle de la qualité de l’air n’a été réalisée par les autorités, bien que des capteurs indépendants aient enregistré une hausse des particules fines et du CO2.
L’exploitation concernée, labellisée Haute Valeur Environnementale (HVE) niveau 3, s’est vue autoriser par la préfecture du Tarn l’incinération de ses pommiers jugés trop âgés pour être rentables. Cette décision a provoqué une vive réaction chez les riverains, qui dénoncent une pratique en totale contradiction avec les engagements environnementaux affichés. « C’est une entreprise qui est labellisée HVE, haute valeur environnementale, qui le clame haut et fort en disant « on est HVE niveau 3, le plus haut niveau de HVE ». Et à côté de ça, on voit ça. Moi, ça me désespère. Mais malheureusement, c’est un peu le pot de terre contre le pot de fer », a réagi Olivier Chollet, membre de l’association Vaurais nature environnement.
Les craintes des habitants portent principalement sur la toxicité des fumées émises lors du brûlage. En 2021, une opération similaire avait déjà donné lieu à un épisode de pollution intense dans la vallée. Florence Millet, riveraine, se souvient d’une scène inquiétante : « Il faut vous imaginer, sur la terrasse, que je ne voyais que jusqu’ici. Et tout ce qui était mon jardin et les maisons voisines, tout ça, c’était dans le brouillard, un brouillard plus qu’épais. On voit bien les hydrocarbures qui étaient sur les carrosseries des voitures. » Vingt personnes avaient alors été intoxiquées. Dans cette affaire, le directeur des vergers concernés devrait être jugé à la fin de l’année 2026.
Pour justifier cette méthode, Lucas Crosnier, directeur du domaine de Fontorbe, a expliqué à France 2 que « aujourd’hui, envoyer des broyeurs, broyer des fils de fer au milieu de pommiers, on ne trouve pas de prestataire, on ne trouve pas de solution technique, et je comprends complètement les interrogations que ça génère. Mais aujourd’hui, ici, c’est un verger de 300 hectares, 300 hectares de vergers, de végétation qui capte du carbone. » Il a également souligné que les arbres brûlés libéreraient du CO2 capté pendant des décennies, mais que cette solution restait, selon lui, la moins pire.
Les riverains, eux, pointent du doigt un autre problème : la hausse des particules fines et du CO2 mesurée par leurs propres capteurs. Ils dénoncent l’absence de suivi officiel de la qualité de l’air par les autorités compétentes. « Pas de seuil d’alerte atteint, mais en constat, aucune autre mesure de l’air n’a été réalisée par les autorités », a-t-on pu constater. Selon eux, le brûlage des arbres, couplé à l’épandage de pesticides, aggraverait la pollution atmosphérique locale.
« On a mesuré une augmentation de CO2 et surtout de particules fines à cause des pesticides pulvérisés sur les pommiers. »
— Olivier Chollet, association Vaurais nature environnement
Face à cette situation, les habitants réclament des mesures immédiates pour protéger leur santé. Certains évoquent même la possibilité de saisir la justice pour contester l’autorisation préfectorale. « Les autorités doivent prendre leurs responsabilités. On ne peut pas continuer à jouer avec notre santé comme ça », a réagi un riverain sous couvert d’anonymat. La préfecture du Tarn n’a pas encore réagi officiellement à ces critiques, mais une enquête administrative pourrait être ouverte pour évaluer la conformité de l’opération avec les normes environnementales.
Cette affaire relance également le débat sur l’efficacité réelle des labels environnementaux comme la HVE. Alors que les agriculteurs sont encouragés à adopter des pratiques durables, certains riverains s’interrogent sur la cohérence entre ces engagements et les méthodes employées. « C’est un peu comme si on nous disait d’un côté de manger bio, et de l’autre de respirer des fumées toxiques », résume un habitant de la vallée.
Selon le directeur du domaine de Fontorbe, Lucas Crosnier, le broyage est techniquement impossible en raison du palissage métallique des arbres. Aucun prestataire n’aurait été trouvé pour broyer les fils de fer présents dans les vergers, qui s’étendent sur 300 hectares. Cette méthode aurait également un coût prohibitif, selon lui.
Lors de l’incident de 2021, 20 personnes avaient été intoxiquées en raison des fumées épaisses et chargées en hydrocarbures. Les riverains avaient signalé des difficultés respiratoires et une visibilité réduite à quelques mètres seulement. Aucune mesure officielle de la qualité de l’air n’avait été réalisée à l’époque, mais les capteurs indépendants avaient enregistré une forte augmentation des particules fines.