Pour la première fois en France, un projet de data center a été suspendu en urgence par la justice. La décision, rendue en référé, concerne un investissement de 1,5 milliard d'euros, porté par la start-up Sesterce dans la commune d’Alixan, en Drôme. Le tribunal administratif de Grenoble a donné raison aux associations environnementales et aux riverains qui dénonçaient l’absence d’étude d’impact environnemental. Selon Reporterre, cette suspension provisoire marque un tournant dans les recours contre les mégaprojets numériques en France.
Ce qu'il faut retenir
- Premier cas en France où un data center est suspendu pour défaut d’étude d’impact environnemental.
- Projet porté par la start-up Sesterce, pour un investissement de 1,5 milliard d’euros à Alixan (Drôme).
- Suspension ordonnée par le tribunal administratif de Grenoble en référé, sur requête d’associations et de riverains.
- Les juges ont estimé que l’étude d’impact, exigée par la réglementation, était absente ou insuffisante.
- La décision est provisoire, mais ouvre la voie à un contentieux durable sur l’impact écologique des data centers.
Un projet pharaonique au cœur d’une zone déjà sous tension
Sur place, à Alixan, le paysage reflète les tensions qui entourent ce projet. En cette mi-juillet, les bureaux de la zone d’activité prévue pour accueillir le data center sont vides, le parking à moitié rempli. La végétation, jaunie par les vagues de canicules répétées et le stress hydrique, témoigne des conditions climatiques difficiles de l’été 2026. C’est dans ce décor que Sesterce, une start-up spécialisée dans l’hébergement de données, avait prévu d’implanter son infrastructure.
Le site choisi, en périphérie de la commune drômoise, devait accueillir un complexe de grande envergure, avec des serveurs et des infrastructures de refroidissement énergivores. Or, comme le souligne Reporterre, les ressources en eau de la région sont déjà fortement sollicitées, un point qui n’a pas été pris en compte dans le dossier présenté aux autorités. Les associations locales, regroupées sous la bannière « Drôme en lutte », ont saisi la justice pour dénoncer cette omission.
Une décision judiciaire inédite, mais temporaire
Le 30 juin 2026, le tribunal administratif de Grenoble a ordonné la suspension immédiate des travaux et des autorisations liées au projet, dans le cadre d’un référé. Les juges ont considéré que l’étude d’impact environnemental, obligatoire pour tout projet d’une telle ampleur, était soit inexistante, soit incomplète. « Le dossier ne permet pas d’évaluer correctement les risques environnementaux et les mesures d’atténuation », a indiqué le tribunal dans son ordonnance, sans citer explicitement les manquements.
Cette suspension, bien que provisoire, pourrait s’étendre si le projet ne se conforme pas aux exigences légales. Les plaignants espèrent désormais un rejet définitif, tandis que Sesterce dispose d’un délai pour produire une étude conforme ou contester la décision. « Nous allons analyser la décision et étudier nos recours », a réagi un porte-parole de la start-up, sans préciser si un nouveau dossier serait déposé.
Contexte : les data centers, nouvelles cibles des contentieux écologiques
Ce cas illustre une tendance croissante en France : celle des recours juridiques contre les data centers, dont l’empreinte énergétique et hydrique est de plus en plus contestée. Selon les dernières données de l’ADEME, ces infrastructures consomment plus de 1% de l’électricité française, un chiffre en constante augmentation avec la digitalisation des services. Dans la Drôme, comme ailleurs, les associations dénoncent une logique de « greenwashing » autour de projets présentés comme « écoresponsables » sans preuve tangible.
Plusieurs projets similaires ont déjà été bloqués ou retardés en Europe, notamment en Irlande et aux Pays-Bas, où les régulateurs imposent désormais des critères stricts d’efficacité énergétique et de gestion de l’eau. En France, la loi REEN (Réduction de l’Empreinte Environnementale du Numérique) de 2021 encadre désormais leur développement, mais son application reste inégale.
Cette affaire pourrait faire jurisprudence, tant pour les futurs data centers que pour les autres mégaprojets industriels en France. Le tribunal de Grenoble a rappelé, par cette décision, que les exigences environnementales ne sont pas une option, mais une condition sine qua non pour tout projet d’envergure.