Une étude récente révèle que l’augmentation de la somnolence diurne et des siestes, observée chez des femmes âgées, pourrait constituer un marqueur précoce de démence. Selon Futura Sciences, des chercheurs de l’Université de Californie à San Francisco ont mené une étude sur 733 femmes âgées en moyenne de 82 ans, suivies pendant cinq ans. Leurs conclusions, publiées dans la revue Neurology, indiquent que les femmes présentant une somnolence accrue avaient près de deux fois plus de risques de développer une démence.

Ce qu'il faut retenir

  • Une étude californienne a suivi 733 femmes âgées de 82 ans en moyenne pendant cinq ans pour évaluer leur risque de démence en fonction de leurs habitudes de sommeil.
  • Les participantes qui ont vu augmenter leur temps de sieste de 33,1 minutes en moyenne et leur temps total de sommeil de 18,7 minutes présentaient un risque accru de démence.
  • Parmi les volontaires, 22,4 % ont développé un trouble cognitif léger et 12,7 % une démence après cinq ans.
  • L’OMS estime que la démence touchait 57 millions de personnes dans le monde en 2021, avec 10 millions de nouveaux cas chaque année.

Les habitudes de sommeil comme indicateur de risque

L’étude menée par l’équipe de l’Université de Californie à San Francisco s’est concentrée sur l’évolution des habitudes de sommeil des participantes. Au début et à la fin de l’étude, les femmes ont porté un actigraphe, un appareil mesurant leur activité veille-sommeil, ainsi que leur durée de sommeil nocturne, leurs siestes et leurs cycles de repos. Chaque volontaire a également tenu un journal de sommeil.

Les résultats montrent que 44 % des femmes ont conservé des habitudes de sommeil stables, tandis que 21,3 % ont connu une forte augmentation de la durée et de la qualité de leur sommeil diurne et nocturne. En revanche, 33,1 % des participantes ont vu leur temps de sieste augmenter de plus de 30 minutes, et 18,7 % ont enregistré une hausse de leur temps total de sommeil. L’efficacité de leur sommeil a, en revanche, diminué de 6 %.

Un lien entre somnolence diurne et démence

Les scientifiques ont croisé ces données avec des tests neuropsychologiques et des dossiers médicaux. Ils ont constaté que 22,4 % des femmes avaient développé un trouble cognitif léger (TCL) et que 12,7 % avaient été diagnostiquées avec une démence. Parmi ces dernières, celles qui présentaient une somnolence accrue, marquée par des siestes plus longues et plus fréquentes, avaient près de deux fois plus de risques de souffrir de démence que celles dont les habitudes de sommeil étaient restées stables.

Les chercheurs soulignent également que la diminution du temps de sommeil de qualité et l’augmentation des insomnies étaient associées à un risque accru de démence. Ces résultats, publiés dans Neurology, renforcent l’idée que les troubles du sommeil pourraient servir de marqueurs précoces pour évaluer le risque de démence.

Des résultats qui soulèvent des questions

Si cette étude apporte des éléments concrets, elle ne permet pas de trancher une question centrale : les problèmes de sommeil favorisent-ils la démence, ou est-ce la démence qui perturbe le sommeil ? Les chercheurs rappellent que les travaux antérieurs sur le sujet reposaient souvent sur des déclarations des participants plutôt que sur des mesures objectives. Ici, l’utilisation d’actigraphes a permis d’obtenir des données plus fiables.

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La mesure sur 24 heures de l’activité veille-sommeil est un moyen simple d’évaluer le risque de démence d’une personne. Ce critère pourrait aussi servir de marqueur précoce pour une prise en charge de meilleure qualité.
» a déclaré un porte-parole de l’équipe de recherche. Ces résultats pourraient ainsi ouvrir la voie à une meilleure détection et prise en charge des troubles cognitifs liés à l’âge.

Démence : un enjeu majeur de santé publique

La démence, qui regroupe plusieurs maladies affectant la mémoire, la pensée et la capacité à réaliser des tâches quotidiennes, représente un défi croissant pour les systèmes de santé. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 57 millions de personnes en étaient atteintes en 2021, avec 10 millions de nouveaux cas chaque année. La maladie d’Alzheimer, qui représente 60 à 70 % des cas, est la forme la plus fréquente. Les symptômes incluent des oublis, une désorientation, des difficultés à prendre des décisions ou à réaliser des tâches habituelles, et peuvent évoluer vers une perte d’autonomie.

Les facteurs de risque identifiés incluent l’âge, la sédentarité, la surcharge pondérale, la perte d’audition, l’isolement social, le tabac, l’alcool et le diabète mal contrôlé. Si les liens entre sommeil et démence restent partiellement méconnus, les études récentes tendent à montrer que les troubles du sommeil, qu’ils soient liés à un manque ou à un excès de sommeil, pourraient jouer un rôle dans l’apparition de ces troubles cognitifs.

Et maintenant ?

Ces résultats pourraient inciter les médecins à intégrer l’analyse des habitudes de sommeil dans le dépistage précoce de la démence. Une prise en charge précoce, combinant suivi médical et ajustements du mode de vie, pourrait ainsi ralentir la progression des troubles cognitifs. Des études complémentaires, portant sur des échantillons plus larges et diversifiés, devraient être menées pour confirmer ces observations et affiner les recommandations. Les prochaines années seront déterminantes pour valider l’utilité des actigraphes dans le suivi des patients à risque.

Reste à savoir si ces outils pourront être généralisés dans la pratique médicale courante et s’ils permettront de réduire l’impact de la démence sur les individus et les systèmes de santé.

Une augmentation significative et persistante de la somnolence diurne, associée à des siestes plus longues et plus fréquentes, doit alerter. Si ces symptômes s’accompagnent de troubles de la mémoire, de désorientation ou de difficultés à réaliser des tâches quotidiennes, il est conseillé de consulter un médecin pour une évaluation cognitive.

Plusieurs facteurs peuvent être atténués par des changements de mode de vie : la sédentarité, la surcharge pondérale, le tabagisme, la consommation excessive d’alcool, l’isolement social et un diabète non contrôlé. L’adoption d’une alimentation équilibrée, la pratique d’une activité physique régulière et le maintien d’une vie sociale active sont recommandés.