Selon Franceinfo - Santé, le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM) a rendu public ce 9 juin 2026 un rapport alarmant sur l’évolution des dépassements d’honoraires des médecins en France. D’ici 2040, jusqu’à 90 % des spécialistes pourraient pratiquer des dépassements, contre un peu plus de 50 % actuellement, si aucune mesure corrective n’est prise. Le HCAAM propose notamment de plafonner ces dépassements et de revaloriser les tarifs des spécialités les moins rémunératrices.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2040, 90 % des spécialistes pourraient pratiquer des dépassements d’honoraires, contre plus de 50 % aujourd’hui.
  • Le montant total des dépassements pourrait atteindre 10 milliards d’euros, soit le double des 5 milliards actuels.
  • Le HCAAM recommande de fixer des plafonds de dépassement et de revaloriser les spécialités comme la psychiatrie, la pédiatrie ou la gynécologie médicale.
  • Les syndicats de médecins justifient ces dépassements par un sous-financement chronique du système de santé, citant des tarifs de consultations inchangés depuis 1990 pour certaines prestations.
  • Les mutuelles absorbent une partie de ces surcoûts, mais leur capacité à suivre cette inflation reste limitée.

Une hausse déjà perceptible pour les patients

Les patients ressentent déjà l’impact de cette inflation des dépassements d’honoraires. Une opération de la cataracte peut coûter en moyenne 245 euros supplémentaires, tandis qu’une prothèse de hanche engendre un surcoût de 800 euros. Même un simple rendez-vous chez un dermatologue peut représenter 17 euros de dépassement, une somme qui s’accumule rapidement pour les ménages, comme en témoignent plusieurs d’entre eux auprès de Franceinfo - Santé. « En plus d’être malade, il faut débourser énormément d’argent pour se soigner, donc c’est très compliqué. Surtout quand on est à la retraite et quand on a une petite retraite », confie une patiente. « Pour la gastro que j’ai eue avant-hier, 90 euros, 45 euros de dépassement ! Vous voyez ? », ajoute une autre.

Ces témoignages illustrent un phénomène qui s’est installé dans le quotidien des Français. « Il y a un budget santé aujourd’hui dans le budget de la famille. Il n’était pas existant il y a dix ans et maintenant il existe concrètement. Il est présent tous les mois », souligne un patient. Autant dire que la question de l’accessibilité aux soins devient de plus en plus prégnante, surtout pour les ménages aux revenus modestes.

Les médecins en secteur 2 justifient leurs tarifs par un système sous-financé

Les syndicats de médecins, notamment la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), défendent l’augmentation des dépassements en secteur 2. Selon le docteur Franck Devulder, président de la CSMF, « depuis quelques années, le nombre d’installations en secteur 2 augmente. Et ça, c’est le témoin d’un système de santé en France qui est sous-financé ». Il prend pour exemple la coloscopie, dont le tarif n’a pas été révisé depuis 1990, malgré l’inflation et la hausse des charges.

Cette situation pousse de plus en plus de spécialistes à quitter le secteur 1, où les tarifs sont fixés par la Sécurité sociale, pour s’installer en secteur 2, où ils peuvent pratiquer des dépassements. Or, ce mouvement contribue à creuser les inégalités d’accès aux soins entre les patients, selon les revenus et les zones géographiques. Les zones rurales, déjà moins bien dotées en professionnels de santé, risquent d’être encore plus touchées par cette tendance.

Les propositions du HCAAM pour endiguer la crise

Face à cette escalade, le HCAAM propose plusieurs pistes pour réguler les dépassements d’honoraires. Parmi elles, la fixation de plafonds de dépassement au-delà desquels les médecins ne pourraient plus aller. « On propose de fixer des plafonds de dépassement au-delà duquel on ne pourrait pas aller. Et à côté de cela, de revaloriser les spécialités les moins rémunératrices : psychiatrie, pédiatrie, dermatologues, gynécologues médicaux », explique Yann-Gaël Amghar, président du HCAAM.

Le rapport souligne également la nécessité de revoir à la hausse les tarifs de base pour certaines spécialités, jugées trop peu attractives financièrement. L’objectif est double : inciter les médecins à rester en secteur 1 tout en limitant l’écart entre les tarifs remboursables et les dépassements pratiqués. Ces mesures s’inscrivent dans un ensemble de scénarios présentés par le Haut Commissariat à la stratégie et au plan, qui a rendu public trois pistes pour une réforme des dépassements d’honoraires.

Un coût global qui pèse sur le système de santé

L’impact financier des dépassements d’honoraires dépasse désormais le simple cadre individuel. En 2040, le montant total des dépassements pourrait atteindre 10 milliards d’euros, soit une multiplication par deux par rapport à aujourd’hui. Cette somme représente un poids considérable pour le système de santé, déjà en tension. Les mutuelles, qui prennent en charge une partie de ces coûts, voient leur équilibre financier menacé à long terme, alors que leurs adhérents peinent à suivre cette inflation.

Pour le HCAAM, l’urgence est de trouver un équilibre entre la viabilité économique des pratiques médicales et l’accessibilité des soins pour les patients. « Il est urgent de réguler », insiste Yann-Gaël Amghar. Sans intervention, le risque est une généralisation des dépassements, rendant certains soins inaccessibles à une partie croissante de la population.

Et maintenant ?

Les propositions du HCAAM devront être discutées avec les professionnels de santé, les pouvoirs publics et les mutuelles. Une concertation est attendue dans les mois à venir pour affiner ces pistes, alors que le gouvernement doit rendre des arbitrages sur le financement de l’assurance maladie. D’ici la fin de l’année, un projet de loi pourrait être présenté pour encadrer les dépassements et revaloriser certaines spécialités. En attendant, les patients devraient continuer à subir une hausse progressive de leurs restes à charge, sauf si des mesures immédiates sont prises.

Cette situation pose une question de fond : jusqu’où la société est-elle prête à accepter une médecine à deux vitesses, où l’accès aux soins dépendrait de plus en plus des revenus ? La réponse pourrait façonner l’avenir du système de santé français pour les décennies à venir.