Selon BFM Business, les dirigeants européens reconnaissent désormais un diagnostic partagé : l’Union européenne (UE) est confrontée à une dépendance économique croissante vis-à-vis de la Chine, qui menace des secteurs industriels entiers et alimente un déficit commercial record. Malgré cette prise de conscience, les Vingt-Sept peinent à s’accorder sur les mesures concrètes à adopter pour rééquilibrer leurs échanges avec Pékin. Les discussions tenues jeudi à Bruxelles lors d’un dîner de travail ont abouti à une nouvelle temporisation, privilégiant un dialogue constructif plutôt qu’une réponse musclée aux pratiques commerciales chinoises.
Ce qu'il faut retenir
- Le déficit commercial de l’UE avec la Chine a atteint près de 1 milliard d’euros par jour en 2025, selon les dernières estimations disponibles.
- Les Européens dénoncent des subventions massives aux entreprises chinoises, jugées déloyales et responsables de distortions de concurrence.
- La France propose de s’inspirer du modèle américain de surtaxes ciblées (Section 301), une idée qui gagne du terrain en Europe, y compris en Allemagne.
- Bruxelles a demandé à la Commission d’enrichir son arsenal de défense commerciale pour protéger les industries européennes, sans pour autant évoquer une rupture des liens économiques.
- La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a souligné la nécessité de réduire les dépendances, qualifiant la situation d’« urgente et nécessaire ».
Un déficit commercial abyssal et des secteurs industriels menacés
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec un déficit commercial frôlant les 365 milliards d’euros par an, l’UE paie chaque jour le prix de sa dépendance envers la Chine. Selon les données compilées par BFM Business, ce déséquilibre s’explique en grande partie par des capacités de production excédentaires en Chine, soutenues par des subventions publiques massives. Ces aides, estimées entre 3 et 8 fois supérieures à celles accordées aux entreprises des pays de l’OCDE entre 2004 et 2025, faussent la concurrence et risquent d’étouffer des pans entiers de l’industrie européenne.
Les secteurs les plus exposés incluent l’automobile, la chimie et l’acier, où les entreprises chinoises grignotent progressivement des parts de marché. Une étude de l’OCDE, citée par les dirigeants européens, révèle que près de 60 % des gains de parts de marché des groupes chinois sont directement attribuables à ces subventions. « Réduire les dépendances à la Chine ne sera ni facile ni bon marché, mais c’est nécessaire et urgent », a rappelé lundi la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, lors d’une intervention publique.
Un consensus sur le diagnostic, des divergences sur les solutions
Malgré cette unanimité sur les causes du problème, les Vingt-Sept peinent à se mettre d’accord sur la marche à suivre. Lors du sommet de Bruxelles, les dirigeants ont chargé la Commission de poursuivre un dialogue constructif avec ses partenaires économiques, tout en demandant à l’exécutif européen d’élargir ses outils de défense commerciale. L’objectif affiché est de disposer de « tous les instruments nécessaires pour défendre ses intérêts et réduire les risques », sans pour autant cibler explicitement la Chine.
Plusieurs dirigeants ont défendu cette approche prudente. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a ainsi plaidé pour des relations équilibrées et une coopération renforcée avec Pékin, estimant que « nous avons besoin d’amis, nous avons besoin de relations équilibrées ». De son côté, le chancelier allemand Friedrich Merz a salué les discussions au G7 sur les déséquilibres commerciaux, tout en évitant soigneusement de citer la Chine. « Nous sommes fondamentalement ouverts à cette idée, mais il est important que les mesures ne ciblent pas un pays en particulier », a-t-il expliqué.
La France pousse pour des mesures ciblées, l’Allemagne reste prudente
Parmi les solutions envisagées, la proposition française de s’inspirer du régime américain de surtaxes ciblées, appelé « Section 301 », commence à faire son chemin. Ce mécanisme permet aux États-Unis d’imposer des droits de douane supplémentaires sur des produits spécifiques en cas de pratiques commerciales déloyales. « Nous avons absolument besoin d’une plus grande coordination entre Européens dans notre action vis-à-vis de la Chine pour protéger l’économie européenne », a affirmé le Premier ministre néerlandais, Rob Jetten.
Cette idée séduit de plus en plus au sein de l’UE, y compris en Allemagne, traditionnellement réticente à froisser Pékin en raison de ses importantes exportations vers le géant asiatique. « Il y a une convergence avec l’Allemagne », s’est félicité un responsable français, rappelant que Paris et Berlin partagent désormais l’objectif d’une action européenne coordonnée. Pour autant, Berlin reste prudente sur la forme, insistant sur le fait que les mesures ne doivent pas être perçues comme une attaque frontale contre la Chine.
Pékin rejette les accusations, mais les preuves s’accumulent
Face aux critiques européennes, Pékin nie toute pratique déloyale, affirmant que ses entreprises évoluent dans un cadre légal. Pourtant, les preuves s’accumulent en faveur des accusations européennes. L’étude de l’OCDE publiée en juin 2026 révèle que les entreprises chinoises bénéficient d’un soutien public sans commune mesure avec celui accordé ailleurs dans le monde. Entre 2004 et 2025, ces subventions auraient permis aux groupes chinois de conquérir des parts de marché de manière artificielle, au détriment des industriels européens.
La Commission européenne, consciente de la gravité de la situation, a appelé à un rééquilibrage des échanges plutôt qu’à un découplage total. « Découpler nos économies n’est ni souhaitable ni réaliste », a souligné jeudi le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, lors d’une audition à Strasbourg. Pour lui, l’enjeu est de rétablir des règles du jeu équitables, sans rompre les liens économiques essentiels entre les deux blocs.
Pour l’heure, les dirigeants européens restent divisés sur la stratégie à adopter. Certains privilégient la prudence, craignant les représailles chinoises, tandis que d’autres appellent à une action rapide pour protéger les emplois et les industries du continent. Une chose est certaine : le statu quo n’est plus tenable. Comme l’a résumé un responsable européen sous couvert d’anonymat, « le temps des discussions est terminé, celui des actes a sonné ».
Selon les informations rapportées par BFM Business, les secteurs les plus exposés incluent l’automobile, la chimie et l’acier. Ces industries subissent une pression croissante de la part des entreprises chinoises, dont les coûts de production sont artificiellement réduits grâce à des subventions massives.