À compter du 16 juin 2026, le dépistage de l’exposition au cadmium, un métal lourd cancérogène, sera remboursé pour les patients considérés comme à risque. Pourtant, cette mesure suscite des réserves de la part des spécialistes, qui jugent les critères d’éligibilité trop étroits. Selon Franceinfo - Santé, le dispositif se limite aux habitants de zones industrielles polluées ou de territoires aux sols naturellement riches en cadmium, excluant de fait une partie de la population potentiellement exposée.

Ce qu'il faut retenir

  • Le dépistage du cadmium, métallique cancérogène, devient remboursé pour les patients à risque à partir du 16 juin 2026.
  • Les critères d’éligibilité ciblent principalement les habitants de zones industrielles ou de sols riches en cadmium, excluant d’autres sources de contamination.
  • Le cadmium, présent dans l’alimentation et les sols, expose les Français à un risque accru, notamment en cas de carences nutritionnelles ou de tabagisme.
  • Le cardiologue Pierre Souvet dénonce des conditions d’accès « opaques » et un dispositif « trop restrictif » pour répondre à la réalité de la contamination.
  • Les médecins craignent des sanctions en cas de prescriptions hors cadre, limitant l’efficacité du dépistage.

Un dépistage enfin remboursé, mais sous conditions

Jusqu’à présent, aucun dépistage systématique de l’exposition au cadmium n’était pris en charge par l’Assurance maladie. À partir de ce mardi, les patients vivant près d’un site industriel à risque ou dans des zones où les sols sont naturellement riches en cadmium pourront bénéficier d’un dosage urinaire, appelé cadmiurie, remboursé par l’Assurance maladie. Ce test permet de mesurer l’accumulation du métal dans les reins, un indicateur clé d’une exposition chronique. Selon les autorités sanitaires, cette mesure vise à identifier les populations surexposées, comme celles présentant des signes d’intoxication ou vivant dans des environnements contaminés.

Cependant, le dispositif reste critiqué pour son manque de couverture. « C’est quand même mieux qu’avant, puisqu’il y avait zéro dépistage », reconnaît Pierre Souvet, cardiologue et fondateur de l’association Santé environnement France. Mais il ajoute, lors d’un entretien accordé à ICI Paris Île-de-France, que « les populations ciblées ne correspondent pas à la réalité des populations à risque ». Pour lui, cette mesure, bien que positive en apparence, ne reflète pas l’étendue réelle de la contamination en France.

Des critères d’accès jugés « opaques » et insuffisants

Les conditions pour bénéficier du dépistage gratuit sont jugées complexes, voire discriminantes. Selon Pierre Souvet, elles exigent notamment d’avoir habité au moins dix ans dans une zone contaminée ou d’avoir été exposé tôt dans l’enfance. « Pour les enfants, par exemple, le dépistage est nécessaire s’ils se rongent les ongles, s’ils sucent leur pouce ou mangent de la terre, mais c’est très compliqué pour la population générale », explique-t-il. Le cardiologue pointe également du doigt l’absence de prise en compte des expositions alimentaires ou liées au tabagisme, deux sources majeures de contamination au cadmium.

Pierre Souvet prend l’exemple d’un Francilien vivant dans le 9e arrondissement de Paris, qui pourrait être fortement exposé au cadmium en consommant régulièrement des céréales, des pommes de terre, du chocolat ou en fumant, sans pour autant pouvoir bénéficier du dépistage. « Lui n’a pas droit d’être dépisté. Donc ça ne correspond pas à la réalité », souligne-t-il. Selon lui, les autorités sanitaires craignent un « déluge de prescriptions » et privilégient des critères économiques plutôt que la santé publique.

Un enjeu de santé publique sous-estimé ?

Le cadmium, classé cancérogène par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), s’accumule dans l’organisme au fil des années, principalement via l’alimentation et le tabagisme. Les sols contaminés, notamment dans les régions industrielles, aggravent encore le risque. Pourtant, selon Pierre Souvet, les 7 000 sites pollués officiellement répertoriés en France ne reflètent pas la contamination réelle du territoire. « Soi-disant il y en a 7 000 en France, ce qui évidemment ne correspond pas à la contamination générale des Français », déclare-t-il.

Le cardiologue appelle à une simplification des critères d’accès au dépistage et à une meilleure prise en compte des expositions, qu’elles soient alimentaires, industrielles ou liées aux habitudes de vie. Il rappelle que les carences en fer, fréquentes chez les femmes, augmentent l’absorption du cadmium, tout comme le tabagisme. « Les Français sont contaminés et il faut se donner tous les moyens pour lutter efficacement contre cette affaire », plaide-t-il. Pour lui, le dispositif actuel relève davantage d’une mesure « symbolique » que d’une réelle avancée sanitaire.

« Les médecins ne sont pas des prescripteurs à gogo. Il aurait fallu leur donner la liberté en fonction des expositions, notamment alimentaires et industrielles, pour pouvoir dépister les gens et rechercher les pathologies. »
Pierre Souvet, cardiologue et fondateur de Santé environnement France

Des médecins réticents à prescrire

La crainte des sanctions administratives pèse également sur les praticiens. Beaucoup redoutent d’être sanctionnés s’ils prescrivent un dépistage en dehors des critères stricts fixés par l’Assurance maladie. « On a la sensation que c’est un problème économique », estime Pierre Souvet. Les médecins, déjà sous pression, hésitent à s’engager dans une procédure de dépistage qui pourrait leur valoir des complications bureaucratiques.

Cette réticence s’ajoute à un manque de sensibilisation des professionnels de santé sur les risques liés au cadmium. Pourtant, des études récentes ont montré une augmentation de la contamination des Français, notamment via l’alimentation. Les céréales, les légumes racines et le tabac sont les principales sources d’exposition. « L’intérêt [du dépistage remboursé] est quand même assez mineur », résume un médecin interrogé par Franceinfo - Santé, sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

La mise en place de ce dépistage remboursé pourrait évoluer dans les mois à venir, en fonction des retours des professionnels de santé et des associations. Une révision des critères d’éligibilité n’est pas exclue, notamment pour élargir le champ des populations concernées. Par ailleurs, Santé environnement France pourrait intensifier ses actions de sensibilisation auprès des autorités sanitaires afin de faire reconnaître l’ampleur réelle de la contamination au cadmium. Reste à voir si ces démarches aboutiront à une réforme du dispositif avant la fin de l’année 2026.

Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour évaluer l’impact réel de cette mesure et, le cas échéant, ajuster son périmètre. En attendant, les associations de santé publique appellent les Français à adopter des comportements réduisant leur exposition au cadmium, comme limiter la consommation de produits céréaliers issus de zones polluées ou arrêter le tabac.

Le cadmium est un métal lourd classé cancérogène par l’OMS. Une exposition chronique peut entraîner des lésions rénales, des troubles osseux (comme l’ostéoporose) et augmenter le risque de cancers (poumon, prostate, sein). Les populations les plus vulnérables incluent les fumeurs, les personnes carencées en fer et celles vivant dans des zones industrielles ou agricoles contaminées.

Plusieurs mesures permettent de limiter son exposition : privilégier une alimentation variée et équilibrée (sans excès de céréales ou de légumes racines issus de sols pollués), arrêter le tabac, et éviter de consommer des aliments cultivés sur des sols fortement contaminés. Un dépistage en laboratoire, prescrit par un médecin, peut également être envisagé en cas de doute.