Une vingtaine d’enseignants-chercheurs français issus de disciplines variées – mathématiques, informatique ou encore histoire – ont signé un manifeste refusant d’utiliser l’intelligence artificielle générative. Intitulé « Face à l’IA générative, l’objection de… », ce texte s’inscrit en opposition frontale à une technologie qu’ils jugent imposée « à marche forcée », selon Reporterre, qui révèle leur initiative ce samedi 6 juin 2026.
Ce qu'il faut retenir
- 20 enseignants-chercheurs de disciplines variées (mathématiques, informatique, histoire) ont signé un manifeste contre l’IA générative.
- Leur opposition repose sur des raisons éthiques et écologiques, dénonçant une technologie imposée sans débat démocratique.
- Le manifeste s’intitule « Face à l’IA générative, l’objection de… », mais son titre exact n’a pas été dévoilé par Reporterre.
- Les signataires appartiennent à des institutions publiques françaises, mais s’expriment à titre personnel.
- Leur position s’inscrit dans un mouvement plus large de critique des technologies numériques non régulées.
Un rejet motivé par l’écologie et l’autonomie intellectuelle
Les signataires du manifeste justifient leur refus par plusieurs arguments. D’abord, ils pointent le coût écologique élevé de l’IA générative, dont le fonctionnement nécessite des ressources énergétiques massives. « Nous sommes débordés par l’IA », déclare l’un d’eux à Reporterre, soulignant que leur mouvement s’inscrit dans une volonté de « reprendre la main face à une technologie imposée ».
Ensuite, ils dénoncent une dépendance croissante aux outils automatisés, qui, selon eux, menace l’autonomie intellectuelle des chercheurs et enseignants. Leur manifeste s’adresse aussi bien aux institutions qu’à la société civile, appelant à un débat public sur l’usage de ces technologies. « L’IA générative n’est pas neutre », rappelle un historien signataire. « Elle reproduit et amplifie des biais présents dans les données d’entraînement. »
Une fronde contre les institutions académiques et politiques
Le mouvement prend une dimension politique, car il émane de scientifiques en poste dans des établissements publics. Pourtant, leur position diverge radicalement des orientations officielles, souvent favorables à l’intégration de l’IA dans les processus de recherche et d’enseignement. « On nous demande d’utiliser ces outils sans aucune évaluation des risques », précise une mathématicienne interrogée par Reporterre.
Leur appel s’inscrit dans un contexte où l’IA générative s’impose dans de nombreux secteurs, y compris l’éducation supérieure. Certains établissements ont déjà intégré des outils comme les chatbots dans leurs cursus, malgré les réticences d’une partie de la communauté scientifique. « C’est une course effrénée, et personne ne semble en mesure de la ralentir », déplore un informaticien signataire du manifeste.
Un manifeste qui s’inscrit dans un débat plus large sur l’IA
Ce refus de l’IA générative s’ajoute à d’autres prises de position critiques, comme celles portées par des collectifs tels que Technologos ou Les Désobéissants du Numérique. Ces groupes dénoncent depuis plusieurs années les dérives d’un secteur dominé par quelques géants technologiques, souvent américains ou chinois, sans contre-pouvoirs démocratiques.
Le manifeste des chercheurs français intervient également à quelques semaines de l’examen, au Parlement européen, d’un règlement sur l’intelligence artificielle. Ce texte, en discussion depuis 2021, vise à encadrer l’usage de l’IA en Europe, mais ses détracteurs lui reprochent son manque d’ambition sur les questions éthiques et environnementales.
Quant aux institutions concernées, aucune réaction officielle n’a encore été publiée. Interrogé par Reporterre, le ministère de l’Enseignement supérieur n’a pas répondu dans l’immédiat.
Ils dénoncent avant tout son impact écologique, car les modèles d’IA consomment des quantités massives d’énergie pour leur entraînement et leur utilisation. Ensuite, ils craignent une perte d’autonomie intellectuelle, l’IA générative pouvant reproduire et amplifier des biais présents dans les données. Enfin, ils critiquent le fait que cette technologie soit imposée sans débat démocratique dans les institutions publiques.