Près d’un salarié français sur deux présente des signes de détresse psychologique, selon l’étude annuelle du cabinet Empreinte Humaine, réalisée par Ipsos-BVA et publiée ce mardi 2 juin 2026. Ce taux de **50 %**, en hausse de **3 points** par rapport à novembre 2025, marque un niveau record depuis le lancement du baromètre en mars 2020, comme le rapporte Franceinfo – Santé. La détresse psychologique, qui combine symptômes dépressifs et épuisement, atteint ainsi un seuil comparable à celui observé lors du deuxième confinement en France.

Ce qu'il faut retenir

  • Un salarié sur deux en détresse psychologique en 2026, contre 47 % en novembre 2025.
  • Le taux de détresse élevée atteint **16 %**, soit 2 points de plus qu’à l’automne dernier.
  • Les femmes (**55 %**), les employés (**59 %**) et les moins de 30 ans (**60 %**) sont les plus touchés.
  • Les DRH affichent un taux de détresse de **62 %**, supérieur à la moyenne des cadres (**46 %**).
  • Un tiers des salariés envisage de quitter son entreprise, et 45 % craignent de ne pas tenir jusqu’à la retraite.

Une dégradation continue de la santé mentale au travail

L’enquête, menée auprès de **2 000 salariés** entre le 4 et le 18 mai 2026, révèle que **83 % des salariés** relient leur état à leur activité professionnelle. Parmi les moins de 30 ans, ce chiffre grimpe à **87 %**, tandis que les seniors de 60 ans et plus affichent un taux bien inférieur (**25 %**). Par ailleurs, **32 % des salariés** se trouvent en situation de risque de burn-out, dont **11 %** évoquent un risque sévère — un taux deux fois plus élevé qu’avant la crise sanitaire. « Cette exposition chronique est un facteur de risque majeur pour la santé », souligne Christophe Nguyen, président d’Empreinte Humaine et psychologue du travail et des organisations.

Le manque de reconnaissance et la surcharge de travail aggravent la situation. Seulement **49 % des salariés** estiment être reconnus par leur direction, alors que **84 %** en expriment le besoin. Sans reconnaissance managériale, le taux de détresse psychologique atteint **63 %**, contre **44 %** lorsqu’elle est présente. Parallèlement, **60 % des salariés** ont le sentiment d’être « de simples exécutants », et **51 %** estiment manquer de temps pour accomplir leur travail correctement.

Le « quiet quitting » s’installe, les jeunes particulièrement vulnérables

Face à cette dégradation, un tiers des salariés souhaite quitter leur entreprise, tandis que **45 %** craignent de ne pas tenir psychologiquement jusqu’à leur départ en retraite — une proportion qui monte à **65 %** chez les jeunes en détresse. Le phénomène de « démission silencieuse » ou quiet quitting se confirme : **20 % des salariés** déclarent désormais « faire le strict minimum ». « On observe une accélération des rythmes de travail. Les salariés disent qu’ils n’arrivent plus à bien travailler », explique Christophe Nguyen.

Les jeunes sont particulièrement touchés : **60 % des moins de 30 ans** présentent des signes de détresse psychologique, contre **55 %** pour les femmes et **59 %** pour les employés. Les DRH, souvent en première ligne, ne sont pas épargnés : leur taux de détresse (**62 %**) dépasse celui des autres cadres (**46 %**). « Les entreprises négligent souvent la santé mentale en période de crise économique, justifiant la surcharge par la survie de l’entreprise », regrette le psychologue.

Conditions de travail et facteurs aggravants

Les conditions de travail se dégradent sous l’effet des crises géopolitiques et économiques. Selon l’étude, **52 % des salariés** estiment que ces crises servent de prétexte à la dégradation de leurs conditions d’exercice. Par ailleurs, **53 %** ont traversé une période de stress intense liée à des difficultés personnelles au cours des douze derniers mois, et **41 %** ont fait face à des problèmes financiers, administratifs ou juridiques. Dans ce contexte, **59 %** craignent que l’évoquer n’ait un impact négatif sur leur carrière, et **56 %** se sentent isolés ou sans soutien au travail.

Seuls **11 % des salariés** évoluent dans un environnement offrant un climat de sécurité psychologique élevée. « Les actions de prévention en entreprise restent insuffisantes ou inefficaces », alerte Christophe Nguyen. Sans changement, il anticipe une augmentation des arrêts maladie pour motifs psychologiques dans les mois à venir.

« C’est aussi quand les entreprises mettent les moyens sur ce sujet, en proposant des sensibilisations ou un accompagnement, que les risques diminuent. »
— Christophe Nguyen, président d’Empreinte Humaine

Et maintenant ?

Face à l’ampleur de la crise, les experts appellent à une prise de conscience collective. Des pistes d’action sont évoquées : former les managers, instaurer un dialogue sans tabou sur la santé mentale, et renforcer les dispositifs de prévention en entreprise. Une réunion du Comité social et économique (CSE) dédiée à ce sujet pourrait avoir lieu d’ici la fin de l’année, dans les entreprises concernées.

Des solutions existent, mais leur mise en œuvre reste inégale

Pour Christophe Nguyen, la solution passe par « parler sans tabou des sujets de santé psychologique au travail, avec des psychologues ou des médecins du travail ». Il plaide également pour une meilleure formation des managers, afin qu’ils puissent détecter les signaux de détresse et agir en amont. « Les entreprises qui investissent dans ce domaine voient leurs risques psychosociaux diminuer », assure-t-il. Pourtant, malgré l’urgence, seulement **11 % des salariés** bénéficient d’un environnement de travail favorisant la sécurité psychologique.

L’étude souligne aussi l’importance de reconnaître le travail accompli. Moins de quatre salariés sur dix reçoivent des remerciements spontanés ou un retour constructif de la part de leur hiérarchie. Une reconnaissance régulière pourrait, selon les experts, réduire significativement la détresse psychologique. Enfin, la question des rythmes de travail doit être repensée : **51 % des salariés** estiment manquer de temps pour réaliser un travail de qualité, un facteur clé de stress chronique.

D’après l’étude, les secteurs les plus concernés ne sont pas détaillés dans les résultats publiés. En revanche, les profils les plus exposés sont les femmes, les employés et les moins de 30 ans, avec des taux de détresse dépassant **55 %** dans ces catégories. Les DRH, souvent en première ligne des restructurations, affichent un taux de **62 %**, supérieur à la moyenne.