Un tribunal londonien a condamné vendredi 19 juin 2026 un Roumain et un Ukrainien à respectivement deux et sept ans de prison pour leur implication dans des incendies visant des biens liés au premier ministre britannique Keir Starmer en mai 2025, selon Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Les incendies ont visé l’ancienne résidence de Keir Starmer à Londres et une voiture lui ayant appartenu en mai 2025.
  • Les deux hommes, âgés de 27 et 22 ans, ont agi sur ordre d’un contact russophone sur Telegram surnommé «EL Money».
  • L’incendie de la résidence a endommagé l’entrée de la maison, habitée au moment des faits par la belle-sœur et sa famille de Keir Starmer.
  • Le juge Niel Garnham a qualifié l’un des accusés d’« idiot utile » manipulé par un commanditaire dont les motivations restaient floues.
  • Selon une enquête de la BBC, le commanditaire serait un jeune diplomate russe, Evgeny Lyukshin, fils d’un haut fonctionnaire à Moscou.

Des incendies ciblant des propriétés symboliques

Dans la nuit du 11 au 12 mai 2025, un incendie a ravagé l’entrée de l’ancienne résidence de Keir Starmer à Kentish Town, un quartier du nord de Londres. À l’époque, le Premier ministre travailliste n’y habitait plus depuis son installation au 10 Downing Street en juillet 2024, mais sa belle-sœur et sa famille y vivaient toujours. Le sinistre a causé des dégâts matériels, sans faire de blessé.

Un second incendie a visé une voiture ayant précédemment appartenu à Keir Starmer. Ces deux actes ont été revendiqués par un réseau lié à un contact russophone identifié sous le pseudonyme d’«EL Money » dans les téléphones des accusés, selon les éléments du procès. Le juge Niel Garnham a souligné que ces attaques mettaient en danger des vies innocentes, notamment celles des occupants de la résidence incendiée.

Un recrutement via Telegram et des motivations floues

Les deux condamnés, Roman Lavrynovych, 22 ans, et Stanislav Carpiuc, 27 ans, ont été recrutés par l’intermédiaire de messages publiés sur Telegram. Ce réseau social a servi de plateforme pour recruter des candidats, selon des informations rapportées par le Financial Times. Le commanditaire, présenté comme «EL» lors du procès, aurait ciblé des russophones et ukrainophones en quête d’emploi à Londres, leur promettant une rémunération en échange de leurs services.

L’enquête de la BBC a révélé que «EL» serait en réalité Evgeny Lyukshin, un jeune diplomate russe proche des cercles du pouvoir à Moscou et fils d’un haut fonctionnaire. Ce dernier aurait utilisé ces incendies pour servir une cause dont les motivations précises restent inconnues, selon les déclarations du tribunal. «Vous avez servi de pion au service d’une cause inconnue, mettant en danger la vie de personnes qui dormaient paisiblement dans leur lit», a déclaré le juge Niel Garnham lors de son verdict.

Des rôles distincts et des profils contrastés

Roman Lavrynovych, qui travaillait dans le secteur de la construction au Royaume-Uni, a affirmé avoir agi sous la menace d’EL Money. Le juge a cependant remis en cause cette version, le qualifiant d’« idiot utile » et d’« imbécile » facilement manipulable. «Vous n’êtes pas un homme de grands principes et vous vous êtes laissés facilement acheter», a-t-il ajouté lors de l’audience. Son avocat, James Scobie, a souligné la « honte » ressentie par sa famille en Ukraine à la suite de cette affaire.

Stanislav Carpiuc, quant à lui, a joué un rôle plus indirect. Il n’a pas directement participé à l’incendie de la résidence de Keir Starmer, mais a été chargé de récupérer l’argent promis en échange des actes criminels. Le juge a précisé que son implication était principalement financière, sans lien direct avec les dégradations matérielles.

«Vous avez servi de pion au service d’une cause inconnue, mettant en danger la vie de personnes qui dormaient paisiblement dans leur lit.»
— Niel Garnham, juge du tribunal de Londres

Un contexte géopolitique sous-jacent

Si le tribunal n’a pas explicitement évoqué un lien avec la Russie dans sa décision, plusieurs médias britanniques, dont la BBC, ont souligné la piste russe. Ces incendies surviennent dans un contexte de tensions accrues entre le Royaume-Uni et Moscou, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Keir Starmer, qui a succédé à Boris Johnson en juillet 2024, a toujours adopté une ligne ferme envers le Kremlin, ce qui pourrait expliquer ces tentatives d’intimidation.

La Russie a déjà été pointée du doigt pour des cyberattaques et des opérations d’influence visant des responsables politiques européens. Cependant, aucune preuve directe n’a été présentée lors du procès pour établir un lien formel entre ces incendies et le gouvernement russe. Les autorités britanniques ont indiqué qu’elles continuaient d’enquêter sur les motivations et l’étendue du réseau impliqué.

Et maintenant ?

Les condamnations de Roman Lavrynovych et Stanislav Carpiuc marquent une étape dans l’enquête sur ces incendies, mais plusieurs questions restent en suspens. Les autorités britanniques devraient poursuivre leurs investigations pour identifier d’éventuels autres complices ou commanditaires, notamment pour déterminer si Evgeny Lyukshin agit seul ou dans le cadre d’un réseau plus large. Une enquête parallèle pourrait également être ouverte pour évaluer l’étendue des liens entre ces actes et des opérations d’influence étrangères. Enfin, Keir Starmer, dont la résidence a été visée, devrait maintenir une vigilance accrue concernant la sécurité de ses proches et de ses biens.

Keir Starmer a salué vendredi les condamnations, soulignant l’importance de protéger les institutions démocratiques contre les tentatives d’intimidation. Aucune réaction officielle n’a été rapportée concernant une éventuelle enquête sur les motivations politiques de ces attaques. Pour l’heure, les autorités se concentrent sur la traduction en justice des responsables identifiés et sur la prévention de nouveaux actes similaires.

Stanislav Carpiuc n’a pas directement participé à l’incendie de la résidence de Keir Starmer. Selon le tribunal, son rôle se limitait à récupérer l’argent promis en échange des actes criminels. Le juge a précisé qu’il avait été utilisé comme intermédiaire financier, sans implication directe dans les dégradations matérielles.