Il y a dix ans, le 26 juillet 2016, le père Jacques Hamel était égorgé dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) par deux hommes se réclamant de l’islam radical. Selon Le Figaro, cet attentat, unique par son contexte, a donné lieu à un dialogue théologique immédiat entre les deux djihadistes et les religieuses présentes sur place. Le philosophe Rémi Brague, membre de l’Institut de France et professeur émérite à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, revient sur cet événement dans une tribune publiée par le quotidien.
Le père Jacques Hamel, 85 ans, était en train de célébrer la messe lorsqu’il a été tué par Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean, deux jeunes hommes de 19 et 20 ans, tous deux abattus par les forces de l’ordre peu après. Le Figaro souligne que, contrairement à d’autres attentats comme celui de Samuel Paty en 2020, le meurtre du père Hamel ne reposait sur aucun prétexte lié à une action ou une parole de sa part. « Être tué pour ce que l’on est, et non pour ce que l’on a fait », rappelle Rémi Brague, « rappelle des souvenirs. Au Moyen Âge… ».
Ce qu'il faut retenir
- Le père Jacques Hamel, prêtre de l’Église catholique, a été assassiné le 26 juillet 2016 dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray par deux djihadistes.
- Les deux hommes, Adel Kermiche (19 ans) et Abdel-Malik Petitjean (20 ans), ont été abattus par la police après leur acte.
- Contrairement à d’autres attentats, aucune action ou parole du père Hamel n’a servi de prétexte à son meurtre, selon Le Figaro.
- Un dialogue théologique s’est engagé immédiatement après le drame entre les assaillants et les religieuses présentes sur les lieux.
- Rémi Brague, philosophe et historien, analyse cet événement comme un cas unique où la dimension religieuse de la victime a été directement visée.
Un attentat sans prétexte : la dimension théologique de l’assassinat
D’après Le Figaro, l’assassinat du père Hamel se distingue des autres attentats islamistes récents par son absence totale de justification autre que la fonction même de sa victime. Contrairement à Samuel Paty, dont le meurtre en 2020 avait été déclenché par une caricature qu’il avait montrée à ses élèves, le père Hamel n’avait commis aucun acte ou propos pouvant être interprété comme une provocation. « Celui du P. Hamel, en revanche, ne semble pas avoir eu d’autre raison que ce que celui-ci était, à savoir prêtre de l’Église catholique », écrit Rémi Brague. Autant dire que, pour ses assassins, son statut de représentant du christianisme suffisait à en faire une cible légitime.
Cette dimension théologique, souligne le philosophe, renvoie à des périodes historiques où les conflits religieux étaient directement liés à l’identité des individus. « Être tué pour ce que l’on est, et non pour ce que l’on a fait », rappelle-t-il, « rappelle des souvenirs. Au Moyen Âge… ». Une référence claire aux persécutions et guerres de religion qui ont marqué l’Europe pendant des siècles. Le père Hamel, en tant que prêtre, incarnait une figure religieuse symbolisant une foi que ses meurtriers souhaitaient combattre, voire éradiquer.
Un dialogue théologique post-attentat : un cas unique dans l’histoire récente
Selon Le Figaro, l’un des aspects les plus marquants de cet événement reste le dialogue qui s’est instauré, dans les minutes suivant l’assassinat, entre les deux djihadistes et les religieuses présentes sur les lieux. Ces échanges, bien que tendus, ont révélé une tentative de justification religieuse de leur acte. Les assaillants auraient invoqué la supériorité de l’islam sur le christianisme pour légitimer leur violence. Le Figaro précise que ces discussions, bien que brèves, ont été rapportées par plusieurs témoins et analysées par les autorités judiciaires.
Cette dimension théologique, bien que centrale dans l’analyse de Rémi Brague, n’a pas empêché les deux hommes de revendiquer leur acte au nom de l’État islamique. Leur objectif, comme celui de nombreux autres djihadistes, était de semer la terreur au nom d’une interprétation radicale de l’islam. Pourtant, l’absence de provocation directe de la part de la victime soulève des questions sur la nature même de ces attentats : visent-ils des individus en particulier ou une communauté dans son ensemble ?
Comparaison avec d’autres attentats : la singularité de l’assassinat du père Hamel
Comme le rapporte Le Figaro, l’assassinat du père Hamel se distingue des autres attentats islamistes commis en France ces dernières années. Samuel Paty, par exemple, avait été tué après que des parents d’élèves aient dénoncé une caricature de Mahomet qu’il avait montrée en cours. Son meurtre avait alors été présenté comme une réponse à une insulte envers l’islam. Dans le cas du père Hamel, aucune action de sa part n’avait été signalée comme provocatrice. « Des événements semblables se sont produits avant et après, non plus sur la personne d’un prêtre, mais sur celle de laïcs, chrétiens ou non », écrit Rémi Brague, en référence à d’autres attaques comme celle de Nice en 2016 ou de Trèbes en 2018.
Cette singularité soulève une question plus large : dans quelle mesure les attentats islamistes ciblent-ils des symboles religieux précis plutôt que des individus en particulier ? Pour Rémi Brague, la réponse réside en partie dans la dimension théologique de ces actes. En tuant un prêtre, les assaillants visaient non seulement un représentant de l’Église catholique, mais aussi une figure symbolisant la foi chrétienne dans son ensemble. Un choix qui, selon lui, renvoie à une logique de confrontation religieuse historique.
Cet attentat, bien que unique par son contexte, s’inscrit dans une série d’actes terroristes qui ont marqué la France depuis les années 2010. Il rappelle la nécessité de comprendre les motivations profondes des auteurs de ces violences, au-delà des simples revendications politiques ou religieuses. Pour Rémi Brague, « les raisons théologiques invoquées par les assassins du père Hamel montrent que la guerre des religions n’a jamais vraiment cessé ». Une analyse qui invite à une réflexion plus large sur la place du religieux dans les conflits contemporains.
Selon Le Figaro, le père Hamel a été assassiné en raison de sa fonction de prêtre catholique. Ses assassins, deux djihadistes, ont justifié leur acte par une interprétation radicale de l’islam considérant les chrétiens comme des cibles légitimes. Contrairement à d’autres attentats, aucun prétexte lié à une action ou une parole du père Hamel n’a été invoqué.