Dix ans après la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne, une étude publiée ce dimanche 21 juin par le groupe de réflexion European Council on Foreign Relations (ECFR) révèle un changement d’état d’esprit chez les électeurs britanniques. Selon les données recueillies, une majorité d’entre eux se déclarent désormais prêts à accepter le rétablissement de la liberté de circulation avec l’Europe, une mesure perçue comme un moyen de limiter les « impacts négatifs » du Brexit.

Ce qu'il faut retenir

  • Une enquête de l’ECFR, publiée le 21 juin 2026, montre que les Britanniques sont désormais favorables au rétablissement de la liberté de circulation avec l’UE.
  • Ce revirement intervient après une décennie marquée par les conséquences économiques et sociales du Brexit.
  • Le groupe de réflexion souligne que cette évolution reflète une lassitude face aux « effets négatifs » perçus de la sortie de l’UE.
  • Les résultats de l’étude pourraient relancer le débat sur un éventuel rapprochement entre Londres et Bruxelles.

Comme le rapporte Le Monde, cette enquête de l’ECFR, rendue publique à l’occasion du dixième anniversaire du référendum de 2016, met en lumière une opinion publique en mutation. Les Britanniques, initialement divisés lors du vote sur le Brexit, semblent désormais prêts à envisager des mesures concrètes pour atténuer les effets de la séparation avec l’Union. Parmi les options évoquées, le rétablissement de la liberté de circulation entre le Royaume-Uni et l’Europe figure en tête des priorités pour une partie significative de la population.

L’étude précise que 42 % des sondés seraient favorables à une telle mesure, un chiffre en nette progression par rapport aux années précédentes. Ce basculement s’explique notamment par les difficultés économiques persistantes, telles que les pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs clés comme la santé ou l’hôtellerie. Les participants à l’enquête ont également cité les contraintes administratives accrues pour les entreprises exportatrices vers l’UE, ainsi que les complications liées aux voyages et aux échanges universitaires.

Selon les analystes de l’ECFR, cette évolution reflète une prise de conscience des limites du modèle économique post-Brexit. « Les Britanniques réalisent que les promesses d’une souveraineté retrouvée ne se sont pas traduites par une prospérité accrue », a déclaré Susi Dennison, directrice du programme Europe au sein du groupe de réflexion. « La question n’est plus de savoir si le Brexit a été une erreur, mais comment en limiter les dommages. »

« Les Britanniques réalisent que les promesses d’une souveraineté retrouvée ne se sont pas traduites par une prospérité accrue. La question n’est plus de savoir si le Brexit a été une erreur, mais comment en limiter les dommages. »
Susi Dennison, directrice du programme Europe à l’ECFR

L’enquête de l’ECFR intervient dans un contexte politique particulièrement tendu au Royaume-Uni. Le gouvernement actuel, dirigé par le Premier ministre Keir Starmer, a multiplié les déclarations en faveur d’un « réchauffement » des relations avec l’UE, sans pour autant évoquer une réadhésion. À Bruxelles, la Commission européenne a salué ces signaux positifs, tout en rappelant que toute renégociation des accords commerciaux existants resterait conditionnée à des concessions de part et d’autre.

Pour autant, les obstacles à un retour en arrière restent nombreux. Le Parti conservateur, dans l’opposition, a déjà réagi en dénonçant une « trahison » des résultats du référendum. « Les Britanniques ont voté pour reprendre le contrôle, pas pour se soumettre à nouveau à Bruxelles », a affirmé Robert Buckland, ancien ministre de la Justice et figure du parti. De son côté, le gouvernement Starmer a adopté une position prudente, insistant sur la nécessité d’un « partenariat renforcé » plutôt que d’une réintégration pure et simple.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront en grande partie de la capacité des deux parties à engager des discussions concrètes. Une réunion informelle entre responsables britanniques et européens est prévue pour septembre 2026, afin d’évaluer les possibilités de coopération accrue. Cependant, aucun calendrier précis n’a été annoncé à ce stade, et les observateurs s’attendent à des négociations longues et complexes. D’ici là, l’opinion publique britannique pourrait continuer de faire pression en faveur d’un assouplissement des règles, notamment sur la mobilité des travailleurs.

Cette étude de l’ECFR, publiée à un moment symbolique, rappelle que le Brexit reste un sujet de division dans la société britannique. Si le débat sur la libre circulation pourrait gagner en intensité dans les mois à venir, les décisions finales dépendront avant tout de la volonté politique des deux côtés de la Manche.