Près de 12 000 patients sont actuellement en attente active d’une greffe en France, un chiffre qui rappelle l’urgence d’une mobilisation collective autour du don d’organes. C’est dans ce contexte que Benoit Averland, directeur de la Direction du prélèvement et de la greffe d’organes à l’Agence de biomédecine, a tiré la sonnette d’alarme sur France Inter ce lundi 22 juin 2026, à l’occasion de la journée nationale du don d’organes. Selon Franceinfo - Santé, il existe une « forme d’opposition ou de réticence chez les plus jeunes couches de la société », ces donneurs de demain dont les craintes doivent être entendues pour éviter des blocages futurs.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 12 000 patients en France sont en attente active d’une greffe, selon l’Agence de biomédecine.
- 966 décès en 2025 étaient imputables à l’absence de greffe disponible, un bilan inquiétant.
- Les jeunes générations expriment deux craintes principales : « se tromper » dans leur choix et « ne pas respecter le corps ».
- La loi française considère chaque personne comme donneuse par défaut, sauf opposition exprimée de son vivant.
- Huit Français sur dix se disent favorables au don d’organes, mais seul l’expression claire de ce choix garantit sa prise en compte.
- L’Agence de biomédecine mise sur les réseaux sociaux pour contrer les fausses informations et promouvoir la solidarité.
Des réticences jeunes qui menacent l’équilibre du système
Benoit Averland a mis en lumière un paradoxe : alors que la majorité des Français — huit sur dix — se déclarent favorables au don d’organes, une frange croissante des jeunes générations freine des quatre fers. Leur première inquiétude ? « Se tromper » dans leur décision, comme s’il existait un choix définitif ou irréversible à faire de son vivant. « Le don d’organes reste perçu comme une décision complexe, presque angoissante, alors qu’il s’agit avant tout d’un acte de solidarité », explique le spécialiste. Autre obstacle identifié : la crainte de « ne pas respecter le corps », une appréhension que les campagnes de sensibilisation peinent à lever.
Pourtant, la législation française est claire : tout individu est considéré comme donneur potentiel après son décès, sauf si un refus a été explicitement enregistré. Dans la pratique, les équipes médicales consultent systématiquement les proches pour s’assurer qu’aucun doute ne subsiste. « Il est essentiel que chacun exprime sa position de son vivant », insiste Benoit Averland. « Sans cette démarche, même les familles les plus bienveillantes peuvent hésiter au moment crucial. »
Un bilan 2025 contrasté : record de greffes, mais des vies perdues faute de donneurs
L’Agence de biomédecine a annoncé en février 2026 un record historique de greffes réalisées en 2025, mais ce bilan positif ne doit pas occulter les lacunes persistantes. Parmi les 966 malades décédés cette année-là faute de greffe disponible, certains auraient pu être sauvés avec une meilleure mobilisation. « Nous avons besoin d’augmenter l’accès à la greffe pour tous les organes », a martelé Benoit Averland, soulignant l’urgence de convaincre les générations futures.
Ce défi s’inscrit dans un contexte où les besoins en organes ne cessent de croître, en partie à cause de l’allongement de l’espérance de vie et de l’augmentation des maladies chroniques. « Chaque année, le nombre de patients en liste d’attente progresse plus vite que celui des greffes réalisées », précise l’Agence. Une situation qui pousse les autorités sanitaires à innover dans leurs stratégies de sensibilisation, notamment en ciblant les jeunes via les plateformes numériques.
Réseaux sociaux et témoignages : les nouvelles armes de la sensibilisation
Face à la désinformation et aux idées reçues, l’Agence de biomédecine a choisi de miser sur les réseaux sociaux. « C’est une affaire de solidarité », souligne Benoit Averland, qui insiste sur l’importance des témoignages individuels. « Quand une personne partage son expérience, son choix ou son hésitation, cela crée un dialogue et brise les silences. » La journée nationale du don d’organes, célébrée chaque 22 juin, sert justement de catalyseur à ces échanges, en relayant des récits concrets et des informations vérifiées.
Les plateformes comme TikTok, Instagram ou Facebook sont désormais des relais incontournables pour toucher les moins de 30 ans. « On investit ces canaux parce qu’ils sont ceux où les jeunes passent leur temps, et où les fausses informations circulent aussi vite que les vraies », explique le directeur. L’objectif ? Transformer une réticence passive en engagement actif, en montrant que le don d’organes est avant tout un acte de vie, pas de mort.
La question n’est plus seulement de savoir si la société française est prête à donner, mais bien de savoir comment elle compte le faire entendre à ceux qui, demain, devront dire « oui » pour sauver des vies. Car comme le rappelle Benoit Averland, « chaque refus évitable aujourd’hui est une vie en moins demain. »
La loi de bioéthique, révisée en 2021, part du principe que le don d’organes est un acte de solidarité nationale. Elle part du postulat que la majorité des citoyens sont favorables au don, mais oublient souvent d’exprimer leur choix. Le système de consentement présumé vise donc à maximiser les chances de greffe, tout en laissant la possibilité à chacun de s’opposer via le registre national des refus ou un document écrit.
Plusieurs options existent : s’inscrire sur le registre national des refus pour s’opposer au prélèvement, ou simplement en informer ses proches. Aucun document officiel n’est obligatoire pour être donneur, mais exprimer clairement sa volonté (via une carte de donneur, un testament, ou une discussion familiale) facilite grandement la tâche des équipes médicales au moment du décès.