Dans un entretien accordé au Parisien, l’ancien Premier ministre et candidat à l’élection présidentielle pour le parti Horizons, Édouard Philippe, a détaillé ce week-end les mesures qu’il entend mettre en œuvre, s’il était élu, pour lutter contre les violences faites aux enfants. Parmi ses propositions, le député de la 7e circonscription de Seine-Maritime défend également la politique menée par Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur, une position qui devrait alimenter les débats au sein de la majorité présidentielle.

Ce qu'il faut retenir

  • Édouard Philippe, candidat Horizons à la présidentielle, annonce vouloir réformer l’indépendance des procureurs dans un entretien au Parisien.
  • Il défend publiquement la politique de Gérald Darmanin au ministère de l’Intérieur.
  • Parmi ses propositions figure la lutte renforcée contre les violences faites aux enfants.
  • Cette prise de position intervient alors que le débat sur l’indépendance de la justice et son rôle dans la protection des mineurs reste vif en France.

Une réforme judiciaire pour mieux protéger les mineurs

Lors de cet entretien, Édouard Philippe a indiqué vouloir revenir sur une loi portée par Christiane Taubira en 2013, qui a renforcé l’indépendance des procureurs en France. « Je souhaite rétablir un équilibre entre l’autorité judiciaire et le pouvoir exécutif », a-t-il déclaré. Selon lui, cette réforme permettrait de mieux lutter contre les violences faites aux enfants, un sujet qu’il présente comme une priorité de sa campagne. « Il faut que la justice puisse agir plus rapidement et plus efficacement », a-t-il ajouté, sans préciser les modalités exactes de cette réforme.

Cette proposition s’inscrit dans un contexte où les associations de protection de l’enfance et plusieurs magistrats alertent régulièrement sur les lacunes du système judiciaire face aux violences intrafamiliales et aux agressions sexuelles sur mineurs. En 2025, selon les derniers chiffres de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), près de 160 000 mineurs étaient victimes de violences en France, toutes formes confondues.

Le soutien à Gérald Darmanin, un positionnement politique marqué

Alors que la politique sécuritaire de Gérald Darmanin reste controversée, notamment sur la question des violences policières ou de la lutte contre le séparatisme, Édouard Philippe en fait un allié politique. « Gérald Darmanin a mené une politique de fermeté indispensable », a-t-il souligné, ajoutant que son ministère avait « renforcé les moyens alloués à la protection des mineurs ». Une prise de position qui pourrait surprendre au sein de son propre camp, où certains élus critiquent ouvertement les méthodes du ministre de l’Intérieur.

Ce soutien s’explique en partie par les liens historiques entre les deux hommes. Édouard Philippe, Premier ministre sous la présidence d’Emmanuel Macron entre 2017 et 2020, avait déjà affiché une proximité politique avec Darmanin, notamment lors de la crise des Gilets jaunes. Aujourd’hui, alors que les tensions au sein de la majorité présidentielle s’accentuent, cette alliance pourrait servir de levier pour mobiliser l’électorat de droite et du centre.

Un débat récurrent sur l’indépendance de la justice

La question de l’indépendance des procureurs en France est un sujet récurrent, qui oppose régulièrement le pouvoir politique et les magistrats. La loi de 2013, portée par Christiane Taubira alors garde des Sceaux, avait pour objectif de renforcer l’autonomie des procureurs en les soustrayant à l’influence hiérarchique du ministère de la Justice. Pour ses détracteurs, cette loi a affaibli la capacité de l’État à lutter contre certaines formes de criminalité, notamment les violences sur mineurs. Édouard Philippe rejoint ici une critique portée par une partie de la droite et de l’extrême droite, qui estime que la justice manque de moyens et de réactivité face à l’urgence sécuritaire.

Côté magistrats, la réforme de 2013 est perçue comme un progrès démocratique. « L’indépendance des procureurs est un pilier de l’État de droit », rappelle le Syndicat de la magistrature, qui craint qu’un retour en arrière ne fragilise encore davantage les victimes. Entre ces deux visions, le débat reste ouvert, et la proposition d’Édouard Philippe devrait relancer les discussions dans les mois à venir.

Et maintenant ?

Si Édouard Philippe était élu à la présidence de la République en 2027, la réforme de l’indépendance des procureurs ferait vraisemblablement partie de ses premières priorités législatives. Une telle mesure nécessiterait une révision de la Constitution, ce qui suppose un accord large au Parlement. D’ici là, les prochaines élections législatives et la campagne présidentielle seront l’occasion pour les différents candidats de préciser leur programme sur la justice et la protection des mineurs. Reste à voir si cette proposition trouvera un écho suffisant auprès des électeurs et des élus.

En attendant, le débat sur la lutte contre les violences faites aux enfants devrait s’intensifier, notamment avec la publication des rapports annuels des associations et des institutions publiques. Une chose est sûre : la question de l’équilibre entre efficacité judiciaire et indépendance des magistrats ne sera pas résolue en un jour.