Selon Le Monde, deux ouvrages récents explorent la manière dont les enfants intègrent les normes de genre dès le plus jeune âge. Le psychiatre Serge Hefez et la chercheuse Catherine Monnot-Berranger y analysent, chacun à leur manière, les mécanismes qui façonnent l’identité masculine chez les garçons, une thématique au cœur des débats sur l’éducation aujourd’hui.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux experts publient des analyses complémentaires sur la construction du genre chez les enfants.
  • Serge Hefez, psychiatre, interroge les stéréotypes dans son nouvel ouvrage, tandis que Catherine Monnot-Berranger, chercheuse, apporte un éclairage sociologique sur le sujet.
  • La question de la « douceur » chez les petits garçons est au cœur de leurs réflexions, un thème souvent opposé à la virilité traditionnelle.
  • Les deux auteurs ont été lus et commentés par Clara Georges dans sa newsletter « Darons daronnes ».

Des approches complémentaires pour comprendre l’éducation des garçons

Dans ses travaux, Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste reconnu, s’intéresse aux mécanismes psychologiques qui influencent la construction de l’identité masculine chez les enfants. Son dernier livre, comme l’a souligné Le Monde, met en lumière les tensions entre les attentes sociales et les aspirations individuelles des petits garçons. « Les garçons sont souvent cantonnés à des rôles rigides, ce qui peut limiter leur épanouissement », a-t-il expliqué dans une interview accordée à la newsletter « Darons daronnes ».

De son côté, Catherine Monnot-Berranger, sociologue spécialisée dans les questions de genre, aborde le sujet sous un angle différent. Ses recherches s’appuient sur des observations de terrain pour analyser comment les normes sociales se transmettent dès l’enfance. Dans son ouvrage, elle montre que les stéréotypes de genre s’enracinent très tôt, souvent de manière implicite, à travers les interactions quotidiennes. « Les garçons sont encouragés à adopter des comportements perçus comme « masculins », tandis que la douceur est parfois perçue comme une faiblesse », a-t-elle précisé.

La douceur, un attribut souvent malmené dans l’éducation masculine

Les deux experts s’accordent sur un point : la douceur, chez les petits garçons, est un attribut souvent dévalorisé au profit de traits associés à la force ou à la compétition. Selon Catherine Monnot-Berranger, cette hiérarchisation des traits de caractère participe à la construction de rôles genrés rigides. « On apprend aux garçons à refouler certaines émotions, comme la tristesse ou la peur, pour privilégier l’affirmation de soi », a-t-elle indiqué. Cette dynamique, selon elle, peut avoir des conséquences sur leur développement émotionnel et social.

Serge Hefez va plus loin en évoquant les risques liés à cette éducation différenciée. Pour lui, les garçons qui ne correspondent pas aux stéréotypes traditionnels peuvent se sentir exclus ou incompris. « La société attend des garçons qu’ils soient forts, indépendants et peu expressifs. Ceux qui ne rentrent pas dans ce cadre peuvent être stigmatisés », a-t-il rappelé. Cette pression sociale, selon lui, peut mener à des comportements à risque ou à des difficultés relationnelles à l’âge adulte.

Une réflexion nourrie par des exemples concrets

Les deux auteurs s’appuient sur des exemples tirés de leur pratique ou de leurs recherches pour illustrer leurs propos. Catherine Monnot-Berranger cite notamment des études montrant que les petits garçons sont moins encouragés à exprimer leurs émotions que les filles, dès la crèche. « Les adultes ont tendance à minimiser les pleurs d’un garçon en disant « Arrête de pleurer, sois un grand ! », alors qu’ils vont davantage consoler une fille », a-t-elle observé.

De son côté, Serge Hefez évoque des cas cliniques où des hommes adultes expriment une difficulté à nouer des relations intimes, faute d’avoir appris à gérer leurs émotions dans l’enfance. « Beaucoup de mes patients décrivent une sensation de vide ou de colère refoulée, liée à une éducation qui ne leur a pas permis d’accueillir leurs émotions », a-t-il confié. Pour lui, repenser l’éducation des garçons passe par une remise en question de ces normes.

Et maintenant ?

Les travaux de Serge Hefez et Catherine Monnot-Berranger pourraient alimenter les débats sur l’éducation non genrée, un sujet qui gagne en visibilité dans les milieux éducatifs et associatifs. Plusieurs associations militent déjà pour une éducation plus inclusive, mais les résistances culturelles restent fortes. Une conférence organisée en septembre 2026 à Paris, réunissant chercheurs et professionnels de l’enfance, devrait approfondir ces questions.

Ces réflexions s’inscrivent dans un contexte où les attentes envers les hommes évoluent, notamment sous l’influence des mouvements féministes et des avancées en psychologie. Reste à voir si ces changements se traduiront par des pratiques éducatives plus flexibles dans les années à venir.

Selon Catherine Monnot-Berranger, cette perception s’enracine dans des stéréotypes de genre profondément ancrés dans la société. « Dès l’enfance, les garçons sont incités à adopter des comportements associés à la force et à la domination, tandis que la douceur est associée aux filles. Ces normes sont transmises par les parents, les enseignants et les pairs », explique-t-elle. Ces attentes sociales créent une hiérarchie implicite entre les traits de caractère, limitant l’épanouissement des garçons qui ne correspondent pas à ce modèle.