Depuis 1995, le Comité du 9 mai (C9M), interdit par la Préfecture de police de Paris, organise chaque année un rassemblement de militants néonazis dans la capitale. Emmanuel Casajus, sociologue spécialiste des mouvements d’extrême droite, revient dans une tribune publiée par Le Monde - Politique sur l’évolution de la pensée nationaliste révolutionnaire, marquée ces dernières années par un resserrement des rangs après la mort de Quentin Deranque.
Ce qu'il faut retenir
- Le C9M, interdit depuis 1995, organise chaque année un rassemblement de militants néonazis à Paris
- Emmanuel Casajus analyse dans Le Monde - Politique l’évolution du nationalisme révolutionnaire
- La mort de Quentin Deranque a contribué à un resserrement des rangs au sein du mouvement
- Les derniers défilés du C9M illustrent un « décloisonnement » entre les différentes chapelles néofascistes
Le nationalisme révolutionnaire : une doctrine en mutation
Le nationalisme révolutionnaire, courant idéologique dont se revendiquent certains groupes d’extrême droite, s’est structuré autour d’une synthèse entre nationalisme radical et révolution sociale. Selon Emmanuel Casajus, ce mouvement a connu une transformation majeure ces dernières années, notamment sous l’effet de divisions internes et de la disparition de figures charismatiques. « Ce décloisonnement entre les différentes chapelles néofascistes s’est particulièrement manifesté lors des derniers défilés du C9M », explique-t-il.
Quentin Deranque : un tournant dans l’histoire du C9M
La mort de Quentin Deranque, militant d’extrême droite décédé en 2024, a marqué un tournant pour le mouvement. Casajus souligne que sa disparition a « resserré les rangs » parmi les militants, accélérant peut-être une recomposition idéologique. Le C9M, bien que toujours interdit, continue de rassembler des membres de divers groupes néofascistes, malgré les interdictions répétées des autorités. « Les derniers rassemblements ont montré une capacité à fédérer au-delà des clivages traditionnels », précise le sociologue.
Un mouvement sous surveillance policière
Depuis sa création, le C9M est sous le coup d’une interdiction préfectorale, ce qui n’a pas empêché son maintien sous différentes formes. Les autorités surveillent de près ses initiatives, notamment les défilés annuels organisés en mai. Ces événements, bien que souvent limités en nombre de participants, servent de vitrine à un mouvement qui cherche à se structurer. Casajus note que « ces rassemblements traduisent une volonté de normalisation, même si leur caractère clandestin reste marqué ».
Un phénomène à surveiller au-delà des défilés
Au-delà des rassemblements du C9M, le nationalisme révolutionnaire continue de se recomposer à l’échelle européenne. Les liens entre groupes français et étrangers, bien que souvent discrets, se renforcent, comme en témoignent les échanges idéologiques et les participations croisées à des événements. « Ce n’est pas seulement une question française, rappelle Casajus. Les dynamiques transnationales jouent un rôle croissant ». Une vigilance accrue des services de renseignement et des chercheurs s’impose donc pour suivre ces évolutions.
Les prochaines élections, notamment locales, pourraient offrir une nouvelle visibilité à ces groupes, même marginaux. Leur capacité à s’organiser en réseau et à attirer de nouveaux sympathisants constituera un enjeu majeur pour les années à venir.