Un an après le rejet du traité constitutionnel européen par les Français, la gauche radicale caressait l’idée de présenter un candidat unique pour l’élection présidentielle de 2007. Pourtant, cette stratégie, censée porter les espoirs d’une alternative anticapitaliste, s’est soldée par un échec cuisant. Libération revient sur cet épisode méconnu, marqué par des divisions persistantes et une occasion manquée de peser dans la campagne électorale.
Ce qu'il faut retenir
- Un référendum en 2005 qui a vu le « non » l’emporter à 54,68 % des voix, rejetant le traité constitutionnel européen et plongeant la gauche dans une crise stratégique.
- L’ambition affichée en 2006 de rassembler la gauche radicale autour d’une candidature unique pour l’élection présidentielle de 2007.
- L’échec de cette tentative, malgré le soutien de plusieurs figures comme Olivier Besancenot (Ligue communiste révolutionnaire) et Jean-Luc Mélenchon (Parti de gauche).
- La division finale entre Mélenchon, qui finit par se présenter sous l’étiquette « Front de gauche », et Besancenot, qui maintient sa propre candidature.
- Un scénario qui illustre les tensions persistantes entre les différentes composantes de la gauche radicale française.
L’année 2005 avait marqué un tournant pour la gauche française. Le 29 mai, les électeurs rejetaient massivement le traité constitutionnel européen par référendum, avec 54,68 % de « non ». Ce résultat, porté par une alliance inattendue entre une partie de la gauche radicale et l’extrême droite, a profondément ébranlé les certitudes des partis traditionnels. Parmi eux, la gauche radicale, divisée entre trotskistes, communistes et altermondialistes, a tenté de tirer profit de ce contexte pour se structurer autour d’un projet commun.
Dès 2006, les discussions s’intensifient pour former une candidature unique. Les noms de Jean-Luc Mélenchon, alors secrétaire national du Parti communiste français avant de fonder le Parti de gauche, et d’Olivier Besancenot, porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire, circulent comme des figures possibles. L’idée est simple : unir la gauche anticapitaliste pour offrir une alternative crédible à Ségolène Royal (Parti socialiste) et Nicolas Sarkozy (UMP), principaux favoris de la présidentielle à venir. Pourtant, malgré des mois de négociations, l’union ne se concrétisera pas.
Les désaccords portent notamment sur la stratégie à adopter. Mélenchon, qui mise sur une alliance avec le Parti communiste et d’autres forces, privilégie une approche plus institutionnelle. Besancenot, lui, refuse toute alliance avec les « sociaux-libéraux » et insiste sur la nécessité de maintenir une ligne révolutionnaire.
« Nous ne voulions pas d’une candidature qui se contenterait de critiquer le capitalisme sans proposer de rupture radicale », a expliqué Besancenot à Libération. « Mélenchon, lui, cherchait une union à tout prix, même au risque de diluer notre message. »
En décembre 2006, les tensions atteignent leur paroxysme. Mélenchon annonce sa candidature sous la bannière du « Front de gauche », une coalition incluant le Parti communiste et des dissidents du PS. Besancenot, lui, maintient sa propre campagne, refusant de s’allier avec un mouvement qu’il juge trop modéré. Résultat : deux candidatures distinctes à gauche radicale, qui se neutralisent mutuellement. Mélenchon obtient 1,93 % des voix au premier tour, tandis que Besancenot en recueille 4,08 %. Ensemble, elles ne dépassent pas le score du candidat trotskiste, mais leur division a privé la gauche d’une voix unifiée face aux autres candidats.
Cet échec illustre les difficultés structurelles de la gauche radicale française, minée par ses divisions historiques. Entre courants trotskistes, communistes et altermondialistes, les désaccords idéologiques et stratégiques ont souvent empêché toute alliance durable. Pourtant, l’épisode de 2006-2007 laisse entrevoir une tendance qui se confirmera plus tard : la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon, dont la candidature en 2012 et 2017 bénéficiera d’un socle plus large, incluant une partie de la gauche radicale et écologiste.
Cet épisode de 2006 rappelle que les victoires électorales ne se décrètent pas par des alliances de circonstance. Elles exigent une vision commune et une discipline collective, deux éléments qui ont cruellement fait défaut à la gauche radicale il y a vingt ans. Aujourd’hui, alors que les enjeux climatiques et sociaux redessinent le paysage politique, la question d’une union durable reste plus que jamais d’actualité.
Les divergences idéologiques entre les différents courants (trotskistes, communistes, altermondialistes) ont été trop fortes. Olivier Besancenot refusait toute alliance avec des mouvements qu’il jugeait trop modérés, tandis que Jean-Luc Mélenchon privilégiait une stratégie plus large, incluant des forces comme le Parti communiste. Ces tensions ont empêché la formation d’un front commun.